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Bifrost n°80
Rédacteur en Chef : Olivier Girard
Revue, n°80, science-fiction, nouvelles - articles - entretien - critiques, octobre 2015, 192 pages, 11€

Ces dernières années, la revue « Bifrost » nous a habitués à du lourd pour ces dossiers. C’est ainsi qu’elle s’est intéressée à des auteurs majeurs tels que J.R.R. Tolkien, Lovecraft... Là, elle consacre ce numéro à, excusez du peu, Stephen King !
Quand je l’ai appris, deux sentiments se sont imposés dans mon esprit : inquiétude et curiosité. En effet, comment oublier le « Ténèbres » spécial King qui dépassait les 400 pages et dirigé par deux grands connaisseurs de fantastique et d’horreur, à savoir Benoît Domis et Daniel Conrad. Sans oublier Jean-Daniel Brèque qui était aussi de la partie.
En introduction de la première nouvelle de King, Olivier Girard fait justement référence à cette somme et donne des raison légitimes à ce dossier : le « Ténèbres » date de 2001 et une revue telle que « Bifrost » ne peut faire l’impasse sur ce monument.
Comparer ce « Bifrost 80 » au numéro double de « Ténèbres » n’a pas vraiment de sens, il faut plus le prendre comme un complément, une mise à jour du corpus King.



Deux nouvelles de Stephen King, une inédite et l’autre publiée dans « Fiction n°291 » en 1978, autant dire quasiment introuvable et retraduite pour l’occasion.
“Mauvaise herbe” (1976) est intéressante à plus d’un titre, notamment parce qu’elle a été adaptée à l’écran par George Romero dans « Creepshow » et que Stephen King lui-même incarnait Jordy Verrill, le benêt qui trouve un météore qui s’est écrasé dans sa propriété et dont le contact va lui jouer un mauvais tour.
“La nuit du tigre” se déroule dans un cirque dont le dompteur est à prendre avec des pincettes, tellement il inspire la crainte. Mais il semble avoir un rival...
Même s’il nous a habitués à des romans fleuves, à des recueils de nouvelles qui pour la plupart sont des romans, les qualités du king se dégagent ici nettement. Son écriture nous transporte, elle s’avère d’une redoutable efficacité, d’une belle justesse, faisant très couleur locale à chaque fois. Commencer un texte de King revient en gros à faire le forcing pour finir, quel que soit le nombre de signes.

Le dossier s’articule autour de nombreux articles qui apportent un éclairage sur différentes facettes de l’auteur comme de son œuvre. Pierre-Paul Durastanti nous présente Stephen King, comment il est devenu écrivain à succès... Particulièrement instructif. Puis Gregory Drake livre un papier remettant King à la place qu’il mérite et non rejeté par la critique lui reprochant d’être trop populaire. Figures incontournables dans son corpus, celle de l’enfant, mais également celle de l’écrivain dont nous parle Mélanie Fazi qui, par la suite, décrypte « Carrie », le début d’une formidable success story.
Robert Charles Wilson partage une rencontre avec le maître de Bangor dans un papier vraiment sympathique. Xavier Mauméjean nous fournit le guide touristique de Castle Rock dans le Maine. Il s’agit là d’un important travail de compilation. Tout a l’air authentique, on s’y croirait, mais cette ville n’existe pas, elle est le fruit de l’imagination de King, ce qui n’est pas sans rappeler Lovecraft.
Tous les ouvrages de King ne sont pas chroniqués, mais le cycle de « La tour sombre » a droit à un article spécial et tous les recueils sont présentés par l’œil aiguisé et sans complaisance de Thomas Day, soit Gilles Dumay pour ceux qui l’ignoreraient encore. Malgré tout, les romans essentiels, sauf ceux déjà chroniqués dans d’anciens « Bifrost », trouvent leur place dans ce numéro.
Un dossier impressionnant, aux sujets ciblés et apportant des éclairages intéressants sur ce monument de la littérature. Un sujet ambitieux et énorme très bien traité.

Dans la partie nouvelles, avec “Chaussures de course”, Ken Liu déçoit. Il débute très bien avec la description des conditions de travail innommables dans une fabrique de baskets au Vietnam, avant un retournement de situation trop énorme pour être crédible et qui gâche tout. Décidément, faire trop court ne lui réussit pas. Pourtant, il sait toucher le lecteur avec son histoire.
Alyssa Wong, voilà un nom à retenir, car “La reine pêcheuse” nous emporte dans son flot. Lily accompagne son père lors des campagnes de pêche. Le type de prises recherchées entraîne soudain un glissement de la réalité et remet en perspective la première phrase du texte. Dans un monde d’hommes, Lily est la seule à saisir la monstruosité de cette pêche, comment la plupart des membres d’équipage laissent leurs plus bas instincts les dominer et profitent de la situation. D’une sombre beauté, “La reine pêcheuse” marque le lecteur, aussi bien par le sujet que le déroulement semblable aux flots paresseux d’un fleuve tranquille. Très belle trouvaille.

Pour une fois, le professeur Lehoucq est absent du sommaire, mais pour cette livraison de “Scientifiction”, son collaborateur régulier Jean-Sébastien Steyer évoque « Demain les animaux du futur », ouvrage réalisé avec Marc Boulay, sculpteur anatomiste. Imaginer les animaux dans un lointain avenir dont l’homme serait absent a de quoi intriguer le public.
Bien sûr, le volet critique est fourni et diverses informations sur le milieu de la SF nous sont données.

S’atteler à Stephen King relevait de la gageure, du défi fou, mais l’équipe de « Bifrost » a su le relever. Les lecteurs ne peuvent que s’en féliciter. Et mention également à la nouvelle très forte d’Alissa Wong, sans oublier la couverture très réussie d’Éric Scala.

Et pour les abonnés, c’est le moment de voter pour le Prix des lecteurs de « Bifrost ».


Titre : Bifrost
Numéro : 80
Rédacteur en chef : Olivier Girard
Couverture : Éric Scala
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, nouvelles, entretien, etc.
Sites Internet : le numéro 80, la revue (Bifrost) et l’éditeur (Le Bélial’)
Dépôt légal : octobre 2015
ISBN : 978-2-913039-77-3
Dimensions (en cm) : 14,9 x 21
Pages : 192
Prix : 11€



Pour contacter l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
24 novembre 2015






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