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Gandahar Hors-série I
Une publication de l’association Gandahar
Revue, Hors-série 1, SF – fantasy - fantastique, nouvelles-entretien, septembre 2015, 120 pages, 7€

« Que nous réserve l’équipe de « Gandahar » pour le prochain numéro ? Mystère... » Voilà comment s’achevait ma chronique de « Gandahar n°4 ».
Pour cette nouvelle livraison périodique, la surprise est double. Le numéro est consacré à Pierre Gévart, l’écrivain et rédacteur en chef de « Galaxies », et il ne s’agit pas du numéro 5, ce qui serait logique, mais du premier hors-série ! J’avoue ne pas trop saisir l’astuce. Pour moi, un hors-série sort en plus de la publication normale et ne remplace pas un numéro normal.
Vu la variété des précédents opus, un « Gandahar » numéro 5 spécial Pierre Gévart aurait été parfaitement dans la lignée éditoriale de la revue.



Première remarque : la couverture est splendide, elle est signée Mandy, ce qui place déjà ce hors série sur de bonnes bases. L’écrivain voyageur y est mis en scène dans un cadre SF aussi bien que merveilleux. D’ailleurs, au vu du contenu, ce terme d’écrivain voyageur n’est pas galvaudé ; de nombreuses photos, souvent en pleine page, l’illustrent. Cela relève de la très bonne idée et, après l’entretien initial bien mené, car il nous apprend beaucoup sur Pierre Gévart et nous révèle, du moins pour moi, une face cachée que j’ignorais, il prend une dimension plus humaine, nous présente sa famille et nous invite presque à en faire partie, car le monsieur est des plus sympathiques et ouvert. C’est déjà là que le choix de la rédaction apparaît excellent.

Même si dans la bibliographie, “La fleur de feu” figure au rang des romans, il s’agit en réalité d’une longue nouvelle. Joseph commande la première mission de colonisation de la planète Serlyne. Quand sa compagne repart pour la Terre, son moral en prend un bon coup et il essaie d’échapper à ses responsabilités. Lorsqu’une espèce locale s’annonce aux colons, il retrouve un intérêt à la vie. Le comportement des Krolls se révèle déconcertant, ils apprennent des humains et font montre d’une patience à toute épreuve, mais leurs motivations demeurent mystérieuses. Joseph vit avec eux, il partage leur existence, pourtant ils lui restent en partie inaccessibles. La suite ne le prendra que plus au dépourvu...
Au premier abord, “La fleur de feu” semble assez classique, même si l’expédition repose entre les mains d’une personne fragile psychologiquement. La nouveauté surgit de la logique des Krolls, ce que Joseph va hélas découvrir top tard. Ce dernier évolue, craignant de revoir ce qu’il pensait être ses nouveaux amis. Le récit prend une tournure au départ inattendue et qui lui donne tout son intérêt, jusqu’à une conclusion imparable, illustrant la logique tout aussi implacable de la race humaine dans sa vaste expansion.

“Une bibliothèque qui crashe” et “Cours de lecture” se répondent en quelque sorte. Les deux sont complémentaires et montrent le devenir de la lecture tombée en désuétude dans les deux cas. Si dans un, des irréductibles s’accrochent et sont attachés aux bibliothèques, dans l’autre, certains ont encore la volonté d’apprendre, encore faut-il qu’ils en aient le droit !
Mettre ses deux textes à la suite prouve qu’une idée peut être traitée de manière différente et qu’il ne faut pas hésiter à creuser le sujet pour en exprimer les diverses possibilités. Très bien vu !

“Code-barre” surprend à plus d’un titre. Vincent est persuadé d’être le seul véritable humain sur la planète de Lindsey récemment terraformée. Il ne comprend pas pourquoi le reste de l’équipage n’a pas également été réveillé, aussi il se retrouve seul au milieu d’androïdes et de gynoïdes qui ont rendu Lindsey viable pour l’homme. Il va de surprise en surprise : finalement il n’est peut-être pas le seul représentant de son espèce... Pierre Gévart se plaît ici à brouiller les pistes, avant que la réalité ne s’avère différente. Il joue avec les lecteurs, souvent obligés de réviser leur jugement, de devoir percer les apparences. L’interrogation est sous-jacente et cette nouvelle plus profonde que de prime abord, avec des pointes d’humour qui font mouche.

“Algarade” se base sur une partie d’échecs qui se déroula en 1858 dans une loge de l’Opéra de Paris. Chaque mouvement de pièces est illustré par un dessin, mais aussi par un texte enlevé ! Toutefois, l’abondance de notes de bas de page entache un peu l’ensemble, car souvent elles prennent plus de la moitié de la page ! Si le lecteur suit chaque renvoi, il est vite éjecté et navigue entre deux eaux sans rien comprendre du propos général. De plus, certaines notes ne sont pas sérieuses et traduisent l’humour de l’auteur. À ce stade, est-il alors pertinent de les lire si c’est pour trouver un trait d’humour ? “Algarade” relève surtout de l’exercice, de la recherche sur la mise en forme. Assez déstabilisant !

“Comment les choses se sont vraiment passées”, sûrement la nouvelle la plus connue de Pierre Gévart, a remporté le Prix Infini en 2001, ce qui n’est guère étonnant. Dans une Europe parallèle, Otto-Abram n’apprécie pas la tournure des événements, notamment l’accession au pouvoir d’Hitler en Autriche. Les Juifs et les Slaves sont mis au ban de la société. Une invention de son ami Albert Einstein lui fait entrevoir une porte de sortie.
L’Europe présentée diffère de la nôtre par l’absence de la première guerre mondiale. La politique d’Hitler fait craindre la guerre, ce que beaucoup ne souhaitent pas. Ah, s’ils pouvaient changer le passé !
Le déroulement de la nouvelle s’avère imparable et très bien maîtrisé. Le lecteur est placé dans une autre réalité et il connaît donc une alternative bien plus sanglante que celle dans laquelle il est plongé. C’est en ce sens qu’elle est diabolique. Au rang des histoires temporelles ou des uchronies, “Comment les choses se sont vraiment passées” est vraiment une réussite avec un point de divergence finement choisi. Magnifique !

“Divergences” fait justement référence au texte ci-dessus, mais s’attache à des petits riens de la vie, à des détails que l’on imagine insignifiants. Mais si l’on change une routine, qu’en découlera-t-il ? Le cours du destin en sera-t-il définitivement changé ? D’ailleurs, l’auteur semble se mettre en scène, vouloir agir sur le cours de son existence et voir si les changements sont perceptibles. Subtil et intrigant.

Quatre autres courts textes figurent aussi au sommaire : “Un dîner pour les Morgenstern” où un simple dîner prend une drôle de tournure, “Flottement” où un homme s’interroge sur sa condition, “Seul” où un travailleur se demande comment il a pu être oublié sur une planète et “Bonne année” qui couvre une page. Les textes les moins marquants mais qui remettent à chaque fois les personnages en question : Suis-je humain ou une machine ? Pourquoi moi ? …

Ce « Gandahar » spécial Pierre Gévart s’avère séduisant. Il nous invite à découvrir l’écrivain voyageur en tant que personne, au même titre que son œuvre. Il apparaît sympathique et attachant, ce que les personnes le connaissant ne démentiront pas. De plus, les écrits présents nous montrent bien l’étendue de sa palette.
Si l’on peut ergoter sur la numérotation de ce « Gandahar », le contenu ne souffre pas d’objections, car il nous offre de beaux voyages en compagnie de Pierre Gévart.


Titre : Gandahar
Numéro : Hors série I
Directeur de publication : Jean-Pierre Fontana
Couverture : Mandy
Type : revue
Genre : Science-fiction, fantasy, fantastique
Site Internet : le site ; la page facebook
Période : septembre 2015
Périodicité : trimestriel
ISSN : 2418-2052
Dimensions (en cm) : 16 x 24
Pages : 120
Prix : 7 €



Pour écrire à l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
18 novembre 2015






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