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AOC n°38
Une publication du Club Présences d’Esprits
Fanzine, n°38, SF – fantasy - fantastique, nouvelles, automne 2015, 92 pages, 3,50€

Trois thèmes étaient proposés aux amateurs, nombreux, puisque 81 textes ont été soumis au jury. Celui de la perversion, plus généraliste a recueilli à lui seul la moitié des suffrages tandis que les deux autres, plus alambiqués (une citation de Napoléon et un dialogue de Star Trek) ont néanmoins réussi à inspirer 38 auteurs.
« AOC », émanation du club Présences d’Esprits dont l’objet est la promotion des mondes de l’imaginaire, remplit parfaitement sa mission en ouvrant ses pages à des auteurs méconnus ou peu connus, dont les créations sont en devenir ou déjà solides. Ce numéro répond donc à cette définition en offrant, par le biais des 5 nouvelles arrivées en tête, un panorama assez complet de ce qui se pense et s’écrit aujourd’hui dans notre genre de prédilection.



Premier texte proposé, “Le Fil” d’une dénommée K.T. a recueilli un accessit sans doute parce qu’elle traitait pas trop mal du sujet découlant de la citation de Bonaparte. Correctement écrit, il se laisse lire sans effort, mais la chute est décevante et sape l’équilibre de cette courte nouvelle. C’est d’ailleurs souvent là que le bât blesse, la conclusion réussie ou ratée d’une nouvelle la rendant bonne ou mauvaise.

Troisième prix, “Naya” de Pauline Ceaucescu, plus ambitieux, nous transporte dans un monde où cohabitent des humains et des indigènes qui ont ceci de particulier, qu’ils possèdent les cornes d’un taureau – voire même plus – et la férocité des aficionados de la corrida. Tuer relève pour eux du plaisir. L’histoire conte les tourments d’une de ces créatures poussée par son épouse jalouse à exercer sa folie sanguinaire à l’encontre d’une jeune humaine. Il y a beaucoup de sensibilité dans ce texte ; les personnages ont une véritable épaisseur. Un seul regret, la fin encore et le flou qui entoure les relations entre Aayu l’humaine et l’Imeni dont on comprend qu’elles sont le moteur de la vengeance exercée par Naya sans savoir pourquoi.

“Le Rouge est mis” de Christophe Kauffman, partage ce troisième prix. La petite notice biographique m’apprend que celui-ci est un auteur confirmé ayant déjà publié deux romans au Fleuve Noir. On sent effectivement qu’un certain métier transparait à travers la restitution d’une ambiance glauque, malsaine, proche de celle des Bulles de Julia Verlanger. L’histoire est prenante et le caractère de la fillette, ses réactions, ses peurs, sont bien rendus. Il est par contre dommage que la pirouette finale ne soit pas tout à fait à la hauteur des ambitions affichées par ce texte. Qui est le sauveur de la petite ? Son père ? L’homme dans la voiture est-il le chef évoqué passagèrement par un des voyous qui agresse l’enfant ? Il n’est pas forcément désagréable qu’un récit suscite des interrogations sur la fin, mais c’est un art difficile et ici le compte n’y est pas.

Le second prix est attribué à “Fiorentina” de Yohan Vasse, sans conteste de mon point de vue le meilleur texte de cette sélection. Emporté par une belle écriture, le lecteur descend dans un monde qui se partage entre l’enfer de Dante et les cauchemars d’un Jérôme Bosch. Les évocations infernales sont particulièrement bien trouvées (les bouchers équarisseurs de carcasses humaines sur le pont de cette Florence des ténèbres) et toute l’histoire se lit d’un trait. Yohan Vasse n’en est manifestement pas à son coup d’essai puisqu’il a déjà livré une évocation crépusculaire de Venise dans un précédent numéro d’« AOC ». Une belle réussite !

Enfin, premier prix de ce concours, “Pavillon noir” de Dean Venetza. Cette nouvelle a-t-elle emporté les suffrages du jury parce que l’uchronie serait à la mode ? En tout cas, de mon point de vue personnel, je l’ai trouvée un peu en dessous de ce que l’on pourrait espérer pour un texte primé, surtout après la lecture de “Fiorentina”. Quelques belles visions s’en dégagent néanmoins, l’Italie atomisée et livrée à l’anarchie (juste une question, comment fait un train pour rouler en Toscane quand tout autour de lui semble vitrifié ?) la France sous le joug d’une dictature… Tous les ingrédients du soufflé sont là et j’ai l’impression que celui-ci n’a pas pris, dommage.

Je ne puis dire, par méconnaissance, comment se comporte cette cuvée 2015 au regard de celles des années précédentes. Pour ma part je conclurai, après lecture de ces nouvelles, que la variété est au rendez-vous et que de vrais potentialités y sont révélées, Pauline Ceaucescu et Yohan Vasse en particulier.
Pour finir, le concours 2016 est lancé avec une sélection de thèmes pas piquée des hannetons. Bon courage !


Titre : AOC
Numéro : 38
Rédacteur en chef : Olivier Bourdy
Couverture : Sand Kerion
Type : fanzine
Genre : Science-fiction, fantasy, fantastique
Site Internet : le club Présences d’Esprits ; le numéro 38
Période : automne 2015
Périodicité : trimestriel
ISSN : 1772-3442
Dimensions (en cm) : 12,9 x 19,7
Pages : 92
Prix : 3,50 €



Didier Reboussin
10 novembre 2015






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