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Julie Wood (T1)
Jean Graton
Dupuis

Orphelins, les Wood sont élevés par leur oncle Chris, propriétaire d’un garage à Acton, petite ville de Californie. Les deux plus âgés de la fratrie de trois, Indy et Julie, sont tous deux férus de mécanique. Le premier rêve de participer à des courses auto, s’est promis de gagner les 500 miles d’Indianapolis, d’où son surnom d’Indy, alors que Julie est une passionnée de moto. Toutefois, à 16 ans, elle a besoin de l’accord de son oncle pour participer à des compétitions de deux roues.
Dans ce milieu, elle va se heurter au machisme des autres concurrents qui voient d’un œil moqueur et égrillard cette jeune et belle blonde les affronter...



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Julie Wood, voilà une héroïne qui a fait rêver une génération de lecteurs et qui ne s’oublie pas ! La première création de Jean Graton à nous venir à l’esprit est “Michel Vaillant” du fait de sa longévité (plus de 70 albums), mais la série “Julie Wood” possède une indéniable aura.

Alors que Michel Vaillant est un homme costaud aux cheveux noirs, pilote automobile et fils du propriétaire de la célèbre marque Vaillante, Julie Wood est une adolescente blonde, orpheline de surcroît, amatrice de motos et tout ne lui tombe pas du ciel. En gros, elle est tout l’inverse de Michel Vaillant ! Les différences ne s’arrêtent pas là, car Jean Graton nous transporte de l’autre côté de l’Atlantique, aux States et plus précisément pas loin de Los Angeles.
Le contexte a son importance et dans le dossier en début de ce premier volume de l’intégrale, il est très bien exposé. “Julie Wood” s’inscrit dans les seventies, une période d’insouciance, de liberté, d’expérimentations... bien loin des préoccupations modernes. Il suffit pour s’en convaincre de feuilleter cet album : Julie Wood fait de la moto en simple t-shirt, sans casque ou autres protections, la sécurité est secondaire dans les compétitions, le comportement des hommes par rapport à cette mineure serait aujourd’hui sanctionné... Ce décalage apporte justement du charme à cette bande dessinée.

En entame de cette intégrale, on peut découvrir que Julie Wood avait un modèle. Le hasard lui a permis de croiser le fils de Jean Graton qui s’en est inspiré, lui faisant notamment prendre la pose sur des motos. C’est ainsi que l’on peut voir des exemples de photos transposées en dessins. La présentation du grand champion motocycliste Giacomo Agostini et des principales motos de l’époque nous permettent également de nous familiariser avec ce milieu et l’époque.
L’éditeur nous met donc dans les meilleures dispositions pour savourer ces retrouvailles avec la belle blonde qui n’a pas froid aux yeux.

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Alors que cette série peut aussi bien s’apprécier que l’on soit un homme ou une femme, la couverture au fond orange fluo, mais surtout la tranche d’un rose très flashy, semble plus s’adresser à un public féminin, ce qui est un peu étonnant. Le côté fille du personnage principal est ici renforcé.
“Julie Wood” compte 8 albums et un mini album publicitaire, mais l’héroïne est aussi apparue dans des albums de “Michel Vaillant”. D’ailleurs, on peut se demander si “Steve et Julie” figurera dans cette série d’intégrales.

Un parfum de nostalgie plane sur cette intégrale. Une quarantaine d’années nous sépare de ces seventies aux antipodes d’aujourd’hui. Tout semblait alors possible, l’avenir appartenait à ces jeunes gens en pleine prospérité économique, sans carcan pour les brider sans cesse, leur dire quoi faire et comment.
Il suffit de voir Julie se lancer dans la compétition moto aux côtés d’hommes la déshabillant des yeux, appréciant avant tout sa plastique et rejetant tout éventuel talent de pilote. Du haut de ses 16 piges, celle que beaucoup voient comme une gamine, mais qui n’en a pas du tout l’attitude, doit démontrer ses capacités à exister dans ce milieu masculin. S’imposer à tous ces machos pour qui la place d’une femme est derrière les fourneaux la motive, la pousse à toujours aller de l’avant, à se battre pour franchir cet objectif. Le rêve est à ce prix et la belle s’en donne les moyens. Elle possède du caractère, sachant ce qu’elle veut.

Les lecteurs vivent cette grande aventure et ne peuvent que prendre fait et cause pour elle et son frère, aussi obligé de se frayer un chemin vers la reconnaissance.

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Et les épreuves sont nombreuses à se dresser sur leur route. Les cadors de la discipline n’aiment pas voir Julie arriver et leur faire de l’ombre, mais à force de courage, elle leur impose le respect et se fait accepter. “500 fous au départ...” est symptomatique de ce constat.
Ce premier tome assoit la réputation de Julie Wood et nous plonge dans les States des seventies. Jean Graton nous présente en quelque sorte le rêve américain, le pays de la démesure où tout est possible. Les récits sont passionnants et nous ramènent à une période faste et d’insouciance.

“Julie Wood” n’a pas fini de faire rêver les lecteurs et, même quarante années après sa création, l’évasion est toujours garantie.
Que l’on soit un homme, une femme, qu’importe, “Julie Wood” nous ravira autant et le temps d’une lecture, la démonstration est probante, elle est une personnage à part entière et non une simple version féminine de Michel Vaillant.

Vivement les prochains tomes de cette intégrale bienvenue, on en redemande !


Julie Wood (int 1)
- Album comprenant : tome 1. Une fille nommée Julie Wood, tome 2. Défends-toi Julie et tome 3. 500 fous au départ
- Scénario et dessins : Jean Graton
- Éditeur : Dupuis
- Collection : Patrimoine
- Dépôt légal : 3 juillet 2015
- Pagination : 180 pages
- Format (en cm) : 29,4 x 22,5
- ISBN : 978-2-8001-6285-0
- Prix public : 24 €



Illustrations © Jean Graton et Dupuis


François Schnebelen
28 octobre 2015






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