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Je t’aime ma chatte
Joann Sfar
Delcourt, collection Shampoing

A côté d’innombrables albums profondément ancrés dans la fiction, Joann Sfar est si prolixe, tellement obnubilé par la passion de croquer la vie en temps réel, que depuis 2008 (“Croisette”), il multiplie aussi des carnets dessinés et souvent déjantés dont “Je t’aime ma chatte” constitue le cinquième épisode, et qui, mis bout à bout, composent une façon de chronique de lui-même....


D’emblée, un distinguo s’impose, pour faire la part des choses entre, d’une part, l’exercice du journal intime auquel se livrent tant d’auteurs littéraires, y alignant leurs états d’âme et comme qui dirait leur météorologie, et, d’autre part,la manière dont Sfar restitue sa vie. C’est que notre homme, même dans l’existence qu’on dit ordinaire, trouve toujours matière à transposition, à une autofiction dont il serait le héros - ou du moins le protagoniste -, au point de se rêver en même temps qu’il se livre. Une option semi-fictionnelle démontrant par l’absurde que Sfar est tout, sauf qui il voudrait être ! Dût-il y mettre tout son coeur...

Car nous voici entraînés dans un jeu narratif d’autant plus sensible, qu’après des carnets où il s’aventurait dans les sphères des idées et de la politique, l’intention déclarée de Sfar est ici de tout dire, de tout montrer de soi en état de vacance amoureuse, se surprenant dans le désarroi où le laisse la rupture avec une certaine Sandrina. Et décrivant sans autre concession que de piteuses tentatives d’humour à froid ses rencontres avec celles qu’il s’agit de côtoyer ou même de draguer pour en faire des amies passagères, rien que des amies, sans jamais sauter le pas.

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D’où une superbe galerie de femmes affriolantes et souvent aussi désorientées que lui : Adèle et Farida, Priscilla qu’il considère comme son modèle quand il se voudrait peintre, Natty qui comprend tout mais n’a réponse à rien, et même une Japonaise à l’accent ch’ti... Autant de présences momentanées, qui lui donnent l’illusion de n’être pas tout à fait seul et lui insufflent, dans ce jeu de séduction sans but, la force de poursuivre à son terme - soit nulle part - la comédie romantique de celui qui s’attend à rencontrer sous peu une tout autre femme, en qui reconnaître l’amour de sa vie...

Encore cette quête d’une femme idéale s’accompagne-t-elle d’une rétrospective esthétique allant s’accélérant, le dessinateur Sfar s’ingéniant à caviarder de plus en plus souvent les émois de Johan avec les reproductions jetées sur le papier de toiles chères à son coeur. Ce qui nous vaut de voir passer, dans la visite guidée de son panthéon personnel, des toiles de maîtres tels que Braque, Dubuffet, Otto Dix, Edward Hopper et Emil Nolde... Mais aussi Picasso, Picasso et Dali puis Bacon, dont on sent que Sfar les place très haut en tant que démantibulateurs de tout. Sans oublier Pascin, celui qui réussit à se peindre tout en se tailladant les veines, Pascin dont il a revisité la vie dans un album majeur... En recensant aussi pas mal de créateurs que seul un Johan Sfar, ou peu s’en faut, connaîtrait jusqu’ici : Kishin Shinoyama, George Platt Lynes, Herbert Bayer, Frédéric Lord Lytton, John William Waterhouse, ...

Une façon de chassé-croisé, en somme, entre le sublime de toiles intemporelles et la banalité de saynètes suggérant que l’idéal n’est pas de ce monde. Jusqu’à ce que l’actualité, le terrorisme et la Judéité face à l’Islam, et tant de peurs collectives surgissent pour occuper le devant de la scène. Et faire écran, en fin de parcours, aux plaies non refermées de celui qui nous parle et tentait, vaille que vaille, de ne rien cacher de lui.


Je t’aime ma chatte
- Série : Les carnets de Joann Sfar
- Scénario et dessins : Joann Sfar
- Éditeur : Delcourt
- Collection : Shampoing
- Format : 14,5 x 21 cm
- Pagination : 286 pages N/B
- Dépôt légal : 16 septembre 2015
- Numéro ISBN : 978-2-7560-7421-4
- Prix public : 19,99 €


Illustrations © Delcourt et l’auteur



Alain Dartevelle
7 novembre 2015







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