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Galaxies n°36 (Nouvelle Série)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Revue, n°36, SF - nouvelles - articles – critiques, juillet 2015, 192 pages, 11€

Deux dossiers figurent dans ce « Galaxies » : le premier sur Laurent Whale et le second sur Jacques Sternberg. J’avoue que ce ne sont pas ces deux parties-là que je retiens de ce numéro.
L’entretien avec Laurent Whale est instructif, il nous présente les différentes facettes de l’auteur, son parcours, mais ses dernières productions ne sont pas de la SF. Sa nouvelle “Le voyage sans fin” aurait pu être écrite il y a bien des décennies, tellement elle flirte avec la space opera de l’âge d’or. On passe tout de même un bon moment de lecture, sans prise de tête.
Quant à Jacques Sternberg (1923-2006), c’est un des grands noms de la SF francophone, mais sa production n’est pas forcément connue de nos jours, car elle date comme on peut le remarquer à la lecture des textes présentés . Par exemple, “Petit précis de l’histoire du futur” s’avère pénible à lire et l’on n’y croit jamais. Par contre, “Mr Smith de New-York...” recèle un certain intérêt, car elle brosse le portrait du genre au début des années 50, parlant notamment de la librairie La Balance, lieu de rencontre incontournable des acteurs de la SF de l’époque.
Dans le portrait qui en est dressé, il est étonnant de lire que l’auteur critiquait à tour de bras le milieu. Si ce dossier permet de découvrir Jacques Sternberg, j’ai de sérieux doutes qu’il donne envie d’ouvrir un de ses ouvrages.



Sylvie Denis nous présente un texte assez surprenant : “Chute libre”. À l’intérieur d’une bulle, une femme tombe dans un puits sans fin, d’où le titre. D’autres infortunés l’accompagnent, eux-aussi ne comprenant pas ce qui se passe. C’est ainsi que, suivant leur bon vouloir, ils traversent des univers .
L’auteure n’explique rien sur l’origine de ces puits et de ces bulles, servant juste de prétextes à l’histoire dont j’attendais d’autres développements. Décevant en regard de ce que Sylvie Denis est capable.

Ken Liu nous plonge dans une terre uchronique où la catastrophe du Hindenburg n’a jamais eu lieu et, par voie de conséquence, les dirigeables sont toujours les rois des cieux. Une journaliste prend place à bord de l’un deux et partage le quotidien d’un couple se relayant au poste de pilotage. Lors d’un vol, les deux se croisent juste quelques minutes par jour. Elle rentre dans leur intimité, leur histoire...
“Long-courrier” ne fait pas dans la surenchère, cette nouvelle possède un côté intimiste vraiment sympathique et elle illustre parfaitement la double culture américano-chinoise de Ken Liu. Une fois de plus, il nous ravit par une imagination dont on ne se lasse pas.

Un couple vit sa relation par robots interposés. Par cet artifice, ils abolissent le vide qui les sépare, elle sur Mirim, un lointain poste avancé, et lui resté sur Terre. Ils ont été prévenus, il peut y avoir un “Léger décalage”. Toutefois, les choses se compliquent.
Fabien Clavel fait preuve d’originalité et d’un certain humour. Donnant la parole alternativement aux deux, il nous fait vivre une relation compliquée, rendue possible par une technologie qui montre ses limites. Belle distraction.

Ariane Gélinas est une auteure québécoise connue, entre autres, des lecteurs de « Solaris » ou encore de « Brins d’Éternité ». Elle a également publié quelques romans bien notés par la critique. Aussi, c’est une belle surprise de la découvrir au sommaire du présent « Galaxies ». “La maison dérobée” nous amène sur l’île de Saint-Pierre où une espèce végétale pensante prospère selon un étonnant cycle de vie. Un homme y recherche sa compagne et y rencontre Ava qui n’attend que son arrachement au sol.
Ariane Gélinas alterne les points de vue entre les deux protagonistes, les deux ne répondant pas du tout à la même logique, celle d’Ava nous apparaissant forcément étrangère, loin de notre portée immédiate. Il règne sur l’ensemble un sentiment d’étrangeté collant bien à l’Autre. Indiscutablement une auteure à découvrir !

Gudule ou Anne Duguël... est décédée le 21 mai 2015. En hommage, « Galaxies » reprend la nouvelle “Jeu virtuel”, déjà publiée dans le numéro 17, bien dans la manière de l’auteure qui va droit à l’essentiel. Bref, efficace et à l’humour grinçant, comme je l’écrivais alors.

Dans la partie rédactionnelle apparaît une nouvelle série d’articles intitulés “Musique et SF”. Pour cette première livraison “Future Pop, musique de l’avenir ?” c’est Thomas Bauduret qui s’y consacre. Et sinon, on y trouve les habituels papiers : “Le coin du bouquineur” de Philippe Ethuin, consacré à « Nounlegos » (1919) de Raoul Bigot et Denis Labbé revient sur Robert Louis Stevenson à qui l’on doit des œuvres intemporelles. Deux rubriques que l’on apprécie de retrouver pour leur qualité et leur ouverture sur le passé.

Après lecture, ce « Galaxies » nous reste surtout en mémoire pour la nouvelle de Ken Liu, et dans une moindre mesure celles de Fabien Clavel et Ariane Gélinas, et la couverture signée Jérôme Zonder. Cette dernière s’avère dérangeante, elle attire d’emblée le regard et fait tourner à plein notre imagination.


Titre : Galaxies Nouvelle Série
Numéro : 36 (78 dans l’ancienne numérotation)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Couverture : Jérôme Zonder
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, entretiens...
Site Internet : Galaxies
Dépôt légal : juillet 2015
ISSN : 1270-2382
Dimensions (en cm) : 13,8 x 20,9
Pages : 192
Prix : 11€



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[email protected]


François Schnebelen
22 septembre 2015






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