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Noctivores (Les) T2
Stéphane Beauverger
La Volte, roman (France), volume 2, SF, 275 pages, octobre 2005, 18€

Second volet d’une trilogie entamée avec le brillant et détonnant « Chromozone » et qui se finira avec « La Cité Nymphale », voici donc venu le temps des « Noctivores ».
Huit ans ont passé et inutile de préciser que les choses ne se sont pas améliorées des masses. Évidemment, l’humanité tente de se redresser après les ravages causés par le virus technologique mutant qui avait remis les compteurs planétaires à zéro, mais le virus du Chromozone a de la ressource.

L’appât du gain et le stupre lui ont ouvert les portes de la contamination de l’espèce humaine et le Chromozone n’est plus seulement un virus informatique aux effets ravageurs.




Si nous retrouvons certains des personnages (Lucie, Claire, Justine, Gemini, Peter, Khaleel, etc.) croisés dans le premier volet, si nous partons de nouveau vers des territoires connus (Enez Eussa -l’île d’Ouessant- et Marseille principalement), si l’ambiance post-apocalyptique est bien toujours présente, Stéphane Beauverger a tenu à élargir nos horizons. Il a également fait basculer « Les Noctivores » vers une intrigue centrée sur les femmes. Et les rares hommes présents ne sont pas des archétypes de masculinité, c’est le moins que l’on puisse dire. Gemini a perdu depuis longtemps les attributs physiques de son état civil, Peter semble bien être devenu autre chose qu’un homme (un apprenti sorcier ?), Kahleel est de plus en plus réduit à un état végétatif et le jeune Cendre serait tout simplement une espèce de nouveau messie -convenablement sexué, néanmoins. On le constate, les guerriers sérieusement burnés du premier opus ne sont plus ce qu’ils étaient...

Autre changement radical, les thématiques métaphysiques prennent le pas sur un développement classique de l’intrigue travaillée jusqu’à l’os dans « Chromozone ». C’est donc à Lourdes, cité frappée d’une incontestable empreinte religieuse, que nous allons à la rencontre de Cendre, un enfant doté d’un étrange pouvoir lui permettant d’éliminer tous les humains contaminés par le Chromozone. Basiquement, Dieu a déjà reconnu les siens et tuons tous les autres...
Cependant, Cendre, redoutable et angélique chérubin, est-il bien l’envoyé de Dieu ou une création génétique des laboratoires de Peter ? Sert-il un dessein divin ou n’est-il pas tout simplement l’enjeu de forces bien terrestres ? Et puis ce cher Peter (coïncidence étonnante si l’on pense à Pierre, le principal apôtre de Jésus, mais n’est-ce pas qu’un hasard ?) n’a-t-il pas un peu pété les plombs en créant les fameux Noctivores, ces entités humaines à la conscience globale ?
Et Khaleel dans tout ça ? Voilà bien un individu qui nous rappelle aussi un personnage tout à la fois historique et légendaire. Mais au contraire du Vieux sur la montagne qui envoyait ses assassins convenablement drogués vers de futures victimes, Khaleel utilise ses tueurs d’Orage comme les pièces d’un échiquier sur lequel il joue une partie dont personne ne connaît la fin (et même pas l’adversaire). Et puis, Khaleel survit dans les profondeurs, immergé dans un liquide quasi amiotique, communicant grâce à l’appoint des technologies Zentech de ce bon vieux Peter...

Bref, vous l’aurez compris, l’épanouissement de l’intrigue ne signifie pas la simplification du roman. Est-ce à dire que l’on s’y perd ? Absolument pas !
Et la vraie réussite de Stéphane Beauverger est là. Tisser une toile de plus en plus dense et nous rapprocher d’un centre que l’on espère bien atteindre avec « La Cité Nymphale ». Et même si l’on peut reprocher à sa vision un brin d’illogisme -on a du mal à imaginer un virus capable d’entraîner une telle déliquescence de nos sociétés- il ne s’agit là que de petits détails dont le lecteur se fichera au bout de trois pages. Car si la SF s’établit autant sur l’imaginaire que sur des fondations scientifiques, à l’impossible nul n’est tenu. Or, l’univers improbable (mais pas incroyable, nuance) créé par Stéphane Beauverger est rendu crédible par le style de l’écrivain et par l’intrigue qu’il développe. Dans ces conditions, savoir si aujourd’hui, en l’état actuel de nos connaissances, son hypothèse est fondée ou pas, on s’en secoue franchement les neurones ! Seul compte le plaisir pris à lire sa trilogie naissante.

Oui, ce qui importe vraiment c’est la capacité d’un roman à nous entraîner vers un ailleurs que nous pouvons palper, caresser ou humer. Et de la froide grisaille lourdaise, aux embruns atlantiques (de Biarritz à Brest) en passant par les senteurs orientales marseillaises où même le foot reprend ses droits (si, si !), on voyage et on rêve beaucoup. On s’attache aussi énormément à de nombreux personnages dont on perçoit l’imbrication inévitable et future des destinés.

Parfaitement édité par La Volte (beau papier, belle typographie, graphisme adéquat de Corinne Billon illustrant parfaitement la complexité quasi organique du récit), « Les Noctivores » confirment le talent d’un bien jeune écrivain. Après la déflagration provoquée par la publication de « La Horde du Contrevent » d’Alain Damasio dont nous avions salué, dès sa sortie, le caractère détonnant -confirmé cette année par l’attribution du Grand Prix de l’Imaginaire, catégorie roman francophone, annoncé aux Utopiales 2005- La Volte frappe encore très fort.
De la science-fiction française de haut niveau et un univers inédit à ne pas rater.


Titre : Les Noctivores, T2
Premier volume : Chromozone (même éditeur)
Auteur : Stéphane Beauverger
Illustration, couverture et cabochon : Corinne Billon
Conception graphique : Stéphane Aparicio
Éditeur : La Volte
Site Internet : http://www.lavolte.fr
Site Internet livre : Les Noctivores, images et textes complémentaires.
Pages : 275
Format (en cm) : 17 x 2 x 23 (broché)
Dépôt légal : octobre 2005
Diffusion : Seuil
ISBN : 2-9522217-3-1
EAN : 9 782952 221733
Prix : 18€


LIRE ÉGALEMENT SUR LA YOZONE
Critique de « La Horde du Contrevent »
Le dossier Utopiales 2005 (et ses nombreux liens).

Stéphane Beauverger sur la Yozone

Critiques
Alors là pardon, moi j’dis chapeau ! Ça c’est champion ! (La Volte - Délices et Daubes n°151 (Henri Bademoude)

Chromozone (La Volte)
Chromozone (Folio SF)
Les Noctivores (La Volte)
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La Cité Nymphale (La Volte)

Infos
Stéphane Beauverger (vidéo 2006)
Avis de Publication Trilogie chez Folio SF
Interview Yo-Utopiales de Stéphane Beauverger
Stéphane Beauverger sur France Culture-“Mauvais Genre”
Le Déchronologue de Stéphane Beauverger


Stéphane Pons
9 janvier 2006






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