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YozoneLittérature Critiques

Entre Ciel et Enfer
Christopher Buehlman
Fleuve, traduit de l’anglais (États-Unis), gothique médiéval, 536 pages, septembre 2015, 22 euros

De Christopher Buehlman, nous avions précédemment chroniqué « Ceux de l’autre rive », bel exemple du Southern gothic sur le mode lycanthropique, un roman sombre, effrayant et poignant. Avec « Entre ciel et enfer », c’est à une autre forme de roman gothique, se déroulant celui-ci à l’époque médiévale, que s’essaye l’auteur. Un roman tout aussi sombre, qui réserve à la fois émerveillement et frissons.


« Parce que la force des anges des dieux était de la force reflétée, et que sa source s’amenuisait ; tandis que les déchus étaient restés longtemps assis sur leur charbon en exil, et ils s’y étaient endurcis, leur force croissant avec leur cruauté. »

Nous sommes en 1348. Les anges déchus, voyant le Seigneur se retirer des affaires des hommes, profitent de cette ouverture pour semer le chaos. La peste s’est abattue sur la France, qui n’est plus qu’un gigantesque charnier en proie à l’anarchie. Quelques villes et bourgades, en proie à une mortalité effroyable, subsistent avec un semblant d’organisation. Des bandes armées, errantes, terrorisent la population.

C’est dans ce contexte que Thomas de Givras, chevalier grièvement blessé à la bataille de Crécy, dépouillé de ses terres par d’infâmes perfidies, erre à travers la Normandie. Il y sauve d’un petit groupe de soudards une jeune fille dont le père vient de mourir. Celle-ci, à qui un ange se serait adressé, demande à Thomas de l’emmener à Avignon. En compagnie de Matthieu Hanicotte, un prêtre hanté par la chair, ils se mettent en route pour gagner le sud de la France. « Entre ciel et enfer » est le récit de cette extraordinaire aventure.

« Ils portaient des couronnes en or que le cuisinier, un individu aux yeux étroits et aux très longs doigts, inclina fièrement en arrière afin de laisser la vapeur s’échapper de leurs crânes ouverts, à l’intérieur desquels il plaça trois élégantes cuillers. »

Paris, Auxerre, Vezelay, la Saône puis le Rhône, Orange, et enfin Avignon : la route est longue, difficile, dangereuse, et semée d’embûches. Des embûches qui ne sont pas seulement dues aux hommes ou à la peste qui partout frappe et décime, mais également aux tentations répétées, des aventures dans un univers qui a un peu plus que la texture des rêves, épisodes propres à susciter l’épouvante des personnages, mais aussi des lecteurs. Mais le réel n’est pas en reste et plus d’une fois les cieux sont le théâtre de combats entre les dernières légions du Seigneur et les forces croissantes des anges déchus – quand ces derniers ne s’intéressent pas à Delphine, Matthieu, et Thomas de Givras eux-mêmes.

« Dieu devrait être votre réconfort, mais vous avez fait du réconfort votre dieu. »

Des affrontements titanesques, donc, et des fêtes lucifériennes à la frontière du réel et du rêve, des rencontres de passage qui vous emmènent dans cet étrange entre-deux, mais aussi des monstruosités bien réelles, et qui laissent plus d’une cicatrice : monstres reptiliens hantant les fleuves, créatures hideuses organisées autour de corps de noyés se lançant à l’assaut des barques, entités indescriptibles rôdant dans la nuit, épouvantables statues assassines, fresques perfides, légions de morts vendangeant à Châteauneuf et l’on en passe. Le moyen-âge décrit dans « Entre ciel et enfer » apparaît beaucoup plus comme la vision cauchemardesque d’un Jérôme Bosch que comme un élégant livre d’heures.

«  Maintenant, Nemours est remplie d’épouvantails et de cannibales. »

Nos trois personnages, cependant, parviennent à garder un brin d’humour. Que l’on ne s’y trompe pas : il s’agit de l’humour désespéré, désabusé de ceux dont la foi n’en finit pas de vaciller. Pourtant, ils le réalisent peu à peu, la quête dans laquelle les a entraînés Delphine n’a rien d’anodin. L’enfant est capable de faire des miracles qui au début du roman passent inaperçus – l’arbuste auquel elle s’adosse devient arbre en quelques heures – puis ses capacités divines se font de plus en plus flagrantes. Nous n’en dirons guère plus, de peur d’en trop révéler au lecteur, jusqu’à un dénouement spectaculaire à Avignon, entre le pape Clément VII et un usurpateur diabolique. Il est sûr en tout cas que le diable, d’un bout à l’autre de cette odyssée, aura pris bien des visages.

« Un chevalier avec un visage d’homme et de lion s’avançait sur le parvis. Son armure et la hache qu’il portait renversée dans la main gauche étaient ensanglantées. Il chevauchait un destrier gris avec des bouches humaines à la place des yeux et des mains en guise de sabots. »

Entre bonnes gens et crapules, fermiers et bateliers, marchands et apothicaires, entre faux prophètes et démons véritables, « Entre ciel et enfer », qui mérite parfaitement son titre, apparaît comme une extraordinaire sarabande d’images médiévales. Fantaisie noire, fantasy gothique traversée de moments de grâce et de visions cauchemardesques, « Entre ciel et enfer » n’en apparaît pas moins homogène, cohérent, séduisant. Une force qui tient sans doute à une documentation solide, à une immersion dans ce passé trouble où les superstitions conduisaient aux pires excès et où les épidémies apparaissaient comme l’œuvre de Dieu ou du diable. Le lecteur attentif et peu au fait de l’histoire du moyen-âge y glanera au passage bien de ces petits détails qui sonnent vrai, par exemple au sujet du culte des reliques et de l’ironie qui, déjà, s’y attachait, mais aussi sur ce que furent l’épouvantable Gigot de Nemours ou ces lieux que l’histoire a retenus sous le nom de Vallée des Clercs. Par devant toutes ces qualités, si « Entre ciel et enfer » parvient à séduire, c’est aussi parce qu’il compose, avec ses personnages attachants, une très belle aventure humaine. Après « Ceux de l’autre rive », « Entre ciel et enfer  » apparaît donc comme un roman digne d’estime et Christopher Buehlman comme un auteur à suivre.


Titre : Entre ciel et enfer (Between two fir, 2012)
Auteur : Christopher Buehlman
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Alexandra Maillard
Couverture : Axel Mahe / Michael Wolgemuth / W. Peyendenwurff / Charmet / Bridgeman images
Éditeur : Fleuve
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 536
Format (en cm) :14 x 21 x 3,4
Dépôt légal : septembre 2015
ISBN : 978-2265098305
Prix : 22 €



Christopher Buehlman sur la Yozone :

- « Ceux de l’autre rive »



Hilaire Alrune
7 septembre 2015







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