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Gandahar n°3
Une publication de l’association Gandahar
Revue, n°3, SF – fantasy - fantastique, nouvelles, avril 2015, 154 pages, 7€

Ce troisième numéro de « Gandahar » nous présente les meilleurs textes des éditions 2013 et 2014 des 24 Heures de la nouvelle.
Chaque année, une contrainte parmi celles proposées par les inscrits est tirée au sort. Charge aux candidats d’écrire une nouvelle y répondant en moins de 24 heures.
C’est ainsi qu’en 2013, 39 auteurs ont dû se résoudre à glisser au moins 5 titres de chansons d’un même chanteur ou groupe dans leur texte. En 2014, 57 participants ont planché sur le sujet : « Un animal, sous quelque forme que ce soit, doit jouer un rôle au moins mineur dans la nouvelle. »
Pour ce numéro, 17 nouvelles ont été retenues. Toutefois, ce ne sont pas les versions écrites en moins de 24 heures qui nous sont présentées, mais des versions remaniées pour l’occasion.
On peut se faire une idée des modifications en allant sur le site du défi. Parfois, les retouches sont légères, alors qu’à d’autres occasions, l’ensemble a été retravaillé.



Même si pour des besoins éditoriaux, on peut le comprendre, d’un autre côté, c’est un peu regrettable, car l’intérêt de ce challenge est justement d’écrire une nouvelle en 24 heures maximum. Si elle est réécrite en profondeur, on ne parle plus de la même chose, il ne s’agit plus d’une nouvelle produite en une journée. Le résultat présenté est donc biaisé et peut donc donner une fausse impression finale.
Autre constat : sur 17 nouvelles, seules 4 appartiennent à la cuvée 2013 ! Autant dire que les animaux ont bien plus inspiré les auteurs...

Dans les textes 2013, trois auteurs ont choisi des chansons aux titres anglais. Dans “Away” de Romain Jolly et “La fête de l’homme mort” de Manon Bousquet, on pourra longtemps chercher les titres, qui ont du être francisés pour l’occasion. Quid de la contrainte ! François Delmoor s’en est mieux sorti avec “Musique non stop”, insérant allègrement des passages entiers de morceaux de Kraftwerk, mais ce qu’on lit est totalement différent de la version originale. Des trois, Manon Bousquet a retenu mon attention avec cette fête originale dans un cimetière et une conversation avec la mort légèrement déprimée. Plutôt savoureux.
De cette contrainte, celle qui s’en tire le mieux est Luce Basseterre avec “Il suffit de passer le pont”. Pas besoin d’être un grand connaisseur de l’œuvre de Georges Brassens pour détecter bon nombre de titres. La fantasy présentée est attrayante et comporte un brin de folie bienvenu.

L’essentiel des textes s’attachent donc aux animaux de manière plus ou moins directe. Les personnages mis en scène par Jérôme Cigut dans “Pandatown” sont tous des animaux. Son histoire de privé (un bouledogue) qui se fait manipuler par une cliente (une belle chatte siamoise) est très bien ficelée et dans la veine des polars noirs, avec une belle touche d’humour due au contexte animalier.
703” de Miah Jullion est aussi particulièrement prenante. Quand on frôle la mort, puis que l’on voit le numéro 703, le compte à rebours démarre pour une lente et inéluctable descente aux enfers. L’ensemble est très bien vu et maîtrisé.
Câline” est une chihuahua qui n’en a que pour sa maîtresse. Le mari n’a droit qu’à sa hargne et quand il trompe sa femme, Câline agit pour que cet acte ne reste pas impuni. Machiavélique dans son déroulement et Nicolas Gaube a bien cerné le caractère de cette race de chien. Premier texte de ce numéro, il s’agit là d’une belle entrée en matière.
Dominique Lémuri s’avère aussi inspirée avec “La biche” où pour trouver une compagne, il faut réussir à la blesser sous sa forme animale. Niklas revient toujours bredouille de sa chasse ; pourtant sa proie n’est pas insensible à ses charmes. Idée intéressante et donnant lieu à une histoire touchante, car l’amour est ici à double tranchant.
Dans “On y sera demain”, Chloé Bertrand brouille à merveille les pistes. Au fil du récit, dans notre esprit, le groupe de potes se transforme en animaux, car les prénoms sont remplacés par les espèces de chacun et leurs actions apparaissent moins humaines. C’est très bien manœuvré et on ne peut s’empêcher de penser à certains contes pour enfants. Belle performance !
Xavier Portebois contourne un peu la contrainte avec un être imaginaire que pourchasse le lieutenant Lena Tiensky dans “Les fleurs oubliées”. Technologie d’un côté, forces de la nature de l’autre. Plaisant !
Court bouillon” ou la recette d’un gastéropode à la sauce Lilie Bagage. Limace ou escargot, il faut choisir, ce n’est pas la même chose (il aurait été préférable d’utiliser le terme limaçon), ce qui gâche un peu l’ensemble court, mais tournant en dérision bon nombre de contes de chevalier sauvant une princesse.
Le Ramazan Bey original” pose les bases d’un intéressant débat. À force de réparer un objet, de changer les pièces défectueuses, garde-t-il son authenticité ? Peut-on toujours parler d’un original ? Si la même chose se rapporte à une personne, a-t-on encore affaire à la même personne ? Philippe Pinel présente le problème d’une manière ludique qui donne une belle histoire.

François Delmoor est le seul auteur présent deux fois, une pour chaque édition du défi. “In rust we trust” ne dépasse pas deux pages et nous présente les eunobies, grands amateurs de rouille ! Le suspense sur cette espèce est longtemps conservé, car le contexte n’est pas dévoilé de suite. Un court récit de SF bien mené.
Shan Theli” nous prouve une fois de plus la dangerosité en fantasy de révéler son vrai nom. Pourtant, en preuve d’amour à Todora, le magicien Orlan n’hésite pas. Heureusement qu’il a un familier ! Cette nouvelle de Tesha Garisaki s’avère prenante et d’inspiration différente par rapport aux autres œuvres.
Chiron est un centaure célèbre dans la mythologie, fils d’une Océanide et du Titan Cronos. Dans “Destinée cruelle”, Karèle Dahyat raconte comment il a été conçu. J’avoue n’avoir pas accroché. Même si j’ai compris que le produit de cette union était un centaure, le nom de la chute ne me disait rien et il m’a fallu faire une recherche pour le comprendre.
Le long du fleuve Onyx, le sable ne cesse de se raréfier. La famille Dragon vit de son exploitation et aimerait extraire du sable marin, mais une autre proposition lui est faite. Anaïs La Porte séduit par son imaginaire, elle inscrit “La marchande de sable” dans un univers bien vu. Le récit se situe un peu à la frontière des genres, conservant une certaine part de mystère tout du long. Texte attachant et surprenant.
Francis Ash tape fort et bien. “Ce démon de chat” (titré “Ce diable de chat” dans le sommaire) n’est en réalité que Ramsès, le chat d’Alban, un garçon d’une douzaine d’année qui ne se voit pas suivre les traces de son père et son aîné dans la finance. Dans le manoir familial, il vit reclus dans sa chambre et écrit des histoires justement sur son chat faisant des misères à ses proches. Quand, à la grande colère de son père, Ramsès dérobe une tranche de rosbif, les événements dérapent. Et pas qu’un peu ! C’est alors l’escalade dans l’étrange... J’ai eu peur que l’auteur s’en tire par une pirouette. Et non, il nous livre une nouvelle très forte, impeccable du début à la fin et à la conclusion terrible. Peut-être bien ma préférée !

Il est intéressant de lire à la fin de chaque texte l’auteur nous parler de sa genèse, comment cela s’est passé pour lui... L’exercice recueille une belle unanimité et chacun désire s’y recoller.
Une fois, l’ensemble lu, la différence entre les deux années est flagrante, aussi bien en terme de textes retenus que de leurs mérites. La cuvée 2014 avec les animaux est bien supérieure à l’autre. Après ce constat, j’aurais bien vu un numéro faisant l’impasse sur 2013, le numéro aurait ainsi été moins gros, ce qui n’aurait pas généré de hausse exceptionnelle de tarif. Les 24 Heures de la nouvelle aurait tout de même été à l’honneur.

Il n’en reste pas moins que ce troisième « Gandahar » nous offre une belle brochette de nouvelles et surprend agréablement une fois de plus par le fil directeur choisi. Les curieux pourront comparer les versions publiées par rapport à celle initialement écrites, ainsi que lire les autres textes sur le site des 24 Heures de la nouvelle.


Titre : Gandahar
Numéro : 3
Directeur de publication : Jean-Pierre Fontana
Couverture : Franck Jammes, dit Zaïtchick
Type : revue
Genre : Science-fiction, fantasy, fantastique
Site Internet : le blog de l’association Gandahar ; le site de l’association Gandahar ; Sa page facebook
Période : avril 2015
Périodicité : trimestriel
ISSN : 2418-2052
Dimensions (en cm) : 16 x 24
Pages : 154
Prix : 9 €



Pour écrire à l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
22 juin 2015






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