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Séquence
Fredrik T. Olsson
Fleuve Noir, Thriller Policier, roman traduit du suédois, thriller, 624 pages, mai 2015, 20,90€

William Sandberg n’a plus de but dans la vie. Plus rien ne l’intéresse, Christina sa femme est partie, sa fille est morte, alors pourquoi poursuivre une existence sans intérêt ? Il décide d’en finir, mais son ex femme qui n’a jamais perdu le contact lance l’alerte et William est sauvé à temps.
Contre toute attente, il est enlevé sur son lit d’hôpital. Une organisation s’intéresse à ses talents de mathématicien spécialisé dans le décryptage. Il n’a pas le temps de se remettre qu’un mystérieux code lui est présenté, mais il sent que bien des choses lui sont cachées. Quand il pense avoir une chance de s’échapper, il rencontre Janine Charlotta Haynes également kidnappée et travaillant aussi sur le code, mais dans une autre spécialité. Avant d’être repris, les deux arrivent dans une pièce où une femme est en train de mourir dans un cercueil de verre...



À la lecture de « Séquence », premier roman de Fredrik T. Olsson, personne ne s’étonnera qu’il soit aussi auteur, scénariste et réalisateur, car il se dégage une forte impression visuelle. Certaines scènes semblent taillées pour le cinéma et l’on retrouve des classiques des films à grand spectacle : poursuite de voitures, collisions brutales, crash d’avion, explosions, destructions massives, scènes sanguinolentes à souhait...
William et Janine ne sont pas séquestrés dans une simple demeure, mais dans un énorme château quasi désert, abritant depuis près d’un demi-siècle une équipe dédiée rien de moins qu’au sauvetage de l’espèce humaine. Ses successions de couloirs s’apparentent à un vaste labyrinthe, permettant de rendre les poursuites plus haletantes. L’organisation possède un énorme pouvoir, elle agit dans l’ombre et sous la protection de nombreux gouvernements.
Une fois que l’on a compris la menace, du moins ce qui a justifié la mise en place d’une telle structure, on peut s’étonner de croiser surtout des hommes de main plutôt que des scientifiques. William n’a été enlevé que pour remplacer la personne qui le précédait. Alors qu’ils sont persuadés qu’il faut casser un code pour offrir un avenir à l’humanité, un seul mathématicien, de surcroît mal dans sa peau et dont la carrière est derrière lui, en est chargé ! Cela semble dérisoire, le secret est mieux gardé que pris à bras-le-corps. Bien sûr, pour les besoins du récit, cela permet de restreindre le nombre de personnages.
Bien des détails semblent ainsi peu plausibles, mais pour que cela fonctionne, il fallait que ce soit « gros » pour offrir du grand spectacle et en mettre plein la vue pour intéresser le lecteur.

Il n’est pas toujours aisé de comprendre le raisonnement de l’auteur, de saisir vraiment ce que William doit faire. Les explications s’emmêlent un peu, mais l’essentiel réside ailleurs et il serait dommage de révéler ici la bonne trouvaille d’Olsson, tirée par les cheveux, mais donnant un très bon moteur à l’ensemble.
En effet, la menace a été identifiée par le plus grand des hasards et la dernière page lue, les lecteurs, tout comme les protagonistes, s’interrogent sur la causalité des faits. Si ce message codé n’avait pas été trouvé et donc qu’il n’y avait pas eu de recherches dessus, l’humanité aurait-elle aussi été menacée ? Question insoluble qu’il vaut mieux ignorer.
Fredrik T. Olsson relance justement le débat sur l’inéluctabilité de notre destin. Est-il déjà écrit et suit-on des voies toutes tracées ? Ou est-il encore à écrire et nous disposons finalement du libre arbitre ? Et surtout, connaître notre futur est-ce une bonne chose ? A-t-on seulement la possibilité de le changer ? William et d’autres y penseront plus d’une fois.

Certains partis pris de l’auteur ne se justifient pas forcément, tels les brefs passages du journal de William présentés en début de chaque parties. Souvent un nouvel intervenant surgit sans qu’il soit vraiment décrit, et ce n’est qu’après quelques pages qu’il l’est. Dans la seconde moitié du livre, il lui arrive aussi de revenir sur le passé de la femme mourante que William et Janine ont aperçu dans leur fuite, un peu comme s’il n’avait pas anticipé certains événements et que pour les besoins du récit, ces retours s’avéraient soudain nécessaires.
Quelques maladresses se dégagent ainsi de ce premier roman, aussi bien dans son déroulement que dans l’écriture. Pourtant, une fois qu’on l’entame, il est difficile de le reposer. C’est ainsi que les 200 premières pages sont avalées sans qu’il se soit passé grand-chose. Olsson sait donner du rythme à son histoire, insuffler l’envie de poursuivre pour connaître le fin mot. Il faut dire qu’il a trouvé un enjeu de taille : rien de moins que la survie de l’espèce humaine et qu’elle semble longtemps dépendre des capacités d’un homme usé par son passé. Un combat dérisoire mais non moins palpitant.

Grâce à un traitement très cinématographique, donc très spectaculaire de son intrigue et une idée originale sur laquelle s’appuyer, « Séquence » de Fredrik T. Olsson s’avère un premier roman passionnant qui parvient sans peine à nous faire oublier ses quelques menus défauts.


Titre : Séquence (Slutet på kedjan, 2014)
Auteur : Fredrik T. Olsson
Couverture : Laurent Besson
Photo : © Istockphotos
Traduction du suédois : Carine Bruy
Éditeur : Fleuve Noir
Collection : Thriller Policier
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 624
Format (en cm) : 14 x 22,5
Dépôt légal : mai 2015
ISBN : 978-2-265-09832-9
Prix : 20,90 €


Chronique réalisée d’après les épreuves non corrigées.

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François Schnebelen
31 mai 2015






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