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YozoneLittérature Critiques Jeunesse

Young World (The)
Chris Weitz
Le Masque, Msk, roman (USA), post-apocalyptique, 378 pages, janvier 2015, 17€

Futur très très proche. Suite à l’Événement, une épidémie de fièvre ravageuse, adultes et enfants ont disparu. Ne restent que les ados. A New York, des bandes plus ou moins importantes se sont organisées pour survivre aux pillages et à l’Après, quand plus rien ne marche ou si peu : plus d’eau courante, d’électricité... Retour à un Moyen-Age halluciné.
Deux frères dirigent les Washington Square. Lorsque Wash, l’aîné, atteint 18 ans, il sait que la maladie l’emportera sous peu : on ne survit pas au passage à l’âge adulte. Il confie le groupe à son cadet Jefferson. C’est la mort de trop pour l’ado, qui accepte le plan de Brainbox, le savant du groupe, de traverser la ville jusqu’à la bibliothèque où il pense trouver des articles sur le virus et, qui sait, un moyen d’en guérir. Avec Donna, une fille dont il est amoureux depuis le jardin d’enfants que quelques autres, ils quittent leur refuge pour affronter l’inconnu au-dehors.


Et ils se doutent que les choses ont sûrement empiré. Et évolué. Récemment, quelques Résidentiels, des ados des (anciens) beaux quartiers du centre-ville, sont venus négocier avec eux un cochon contre des filles. Les choses se sont envenimées, les armes ont parlé. Les Résidentiels n’oublieront pas.

En voiture blindée, toutes armes aux rares munitions brandies, l’odyssée commence : excursion au milieu d’une ville morte, aux magasins dévastés, vestiges d’Avant, quand la mode et la communication instantanée dominaient toute la vie des ados. Là, plus rien, que des souvenirs, avec ceux de la perte de leur proches, dont le petit frère de Donna, qui économise la batterie de son smartphone pour revoir inlassablement les photos et vidéos de son Charlie. Pour ne pas oublier.
Partout des voitures abandonnées, siphonnées, parfois brûlées, des barricades, des pièges. Des communautés qui vivent selon différents codes, des joueurs de tambours à tendance retour à la terre dont les percussions résonnent à plusieurs pâtés de maisons, battement cardiaque de la ville, preuve de sa vie qui perdure. Une société qui se reconstruit sans vision à long terme, et où, forcément, les forts dominent, écrasent les faibles pour le temps qu’il leur reste à vivre. De passage chez les Résidentiels, le groupe de Jeff trouve un marché, une économie bancaire, des trafics. Le capitalisme est de retour, violent mais cadré. Et je ne vous parle pas de la place des femmes, vous vous en doutez...
Ayant trouvé ce qu’ils cherchaient à la bibliothèque (et aussi autre chose, d’une horreur désormais ordinaire mais qui les terrifie sur le moment, comme tout tabou brisé), le voyage se poursuit, mené par Brainbox, vers une île côtière et le labo militaire dont se serait échappé le virus. Et d’autres rencontres, d’autres sociétés organisées, d’autres buts : Harlem prépare la revanche des Afro-Américains, et vu l’attitude des Blancs, il semble effectivement temps que l’ère de l’Homme Noir commence, même si pour cela les victimes se feront à leur tour bourreaux.

La fin, après un épisode plutôt effrayant et quelques révélations sur le double jeu de quelques-uns, s’avère hélas un brin rapide et brutale. L’auteur préfère une pirouette et nous laisse en plan, ce qui est un peu dommage et casse le bon sentiment que j’en avais jusque-là.

Chris Weitz est avant tout un scénariste et un réalisateur. S’il reste pour moi l’artisan de l’affreusement édulcorée transposition à l’écran d’« A la Croisée des mondes » de Philip Pullman (dont l’absence de fin me reste encore en travers de la gorge, entre autres), il faut se souvenir que la majorité de son œuvre concerne les ados : « Twilight », « American Pie »...
Mais quoi qu’on puisse penser de ces films, c’est qu’ils lui ont donné une excellente connaissance des mécanismes psychologiques et sociaux des adolescents, et que « The Young World » est à ce titre une réussite.

Donnant alternativement la parole à Jeff et Donna, le ton varie légèrement : Jefferson, métis japonais, est très posé ; Donna a tous les tics de langage des ados, met des « genre » un peu partout (certes le procédé littéraire est un peu facile, mais il est employé avec justesse et naturel). La parade amoureuse entre les deux est bien gérée, et là encore parfaitement représentatives des paradoxes adolescents : ils s’aiment mutuellement mais n’osent pas se le dire, et quand Jeff se lance, pas forcément au bon moment et de la bonne manière (quoique), Donna le rejette, de surprise. Et va s’en mordre les doigts lorsqu’une autre fille, canon, rejoindra le groupe, sans hésiter à mettre le grappin sur Jeff. Les deux filles s’affrontent de manière inégale, Donna étant sur l’affectif et les sentiments lorsque l’autre ne pense, virus oblige, qu’à un plaisir, notamment physique, immédiat.

La presse américaine n’a pas manqué d’évoquer « Sa Majesté des Mouches », de William Golding, qui est le classique adolescent sur l’opposition ordre/sauvagerie. Certes, il en est question ici, mais il est heureux que 60 ans plus tard Chris Weitz nuance le propos, surtout au cœur d’une intrigue et d’un décor beaucoup plus denses, loin de l’île déserte de Ralph et Jack. Les Washington Square sont bien évidemment les « gentils », protecteurs des faibles, organisés de manière à peu près démocratique même si l’élection du chef est discutable. Le clan de la bibliothèque, replié sur lui-même, violent et cannibale (vous vous en doutiez), est probablement le sauvage absolu du livre, par ce bris de l’interdit alimentaire.
Les Résidentiels incarnent une nouvelle forme de sauvagerie, paradoxalement surprenante sous la plume d’un Américain : en reproduisant le système d’autrefois, en rétablissant le capitalisme, le commerce et les banques, ils auraient pu représenter une renaissance glorieuse de l’Amérique. Mais c’est celle des puissants et des nantis, des requins prêts à tout pour rester en haut de l’échelle, conscients de l’utilité des faibles pour les basses œuvres, et ne connaissant qu’un moyen de régner : peur et violence. Au temps pour le rêve américain.
A l’opposé, les Noirs de Harlem donnent l’image inverse : la sauvagerie de l’homme à la peau foncée demeure, dans leur volonté de revanche sur les Blancs oppresseurs, mais ils apparaissent comme les plus pondérés, les plus décidés à rebâtir une nouvelle société qu’en tant qu’anciens opprimés ils veulent plus juste. Après avoir fait le ménage...

Très bon mélange d’aventures, de frisson et de réflexion sur la société américaine, « The Young World » pâtit seulement de sa fin facile et un peu bâclée, mais malgré cela s’avère un très bon moment de lecture, grâce à une écriture très travaillée qui nous fait coller au plus près de la psychologie adolescente. Merci à Sébastien Guillot dont la traduction une fois de plus excellente n’est pas pour rien là-dedans.


Titre : The Young World (The Young World, 2014)
Auteur : Chris Weitz
Traduction de l’anglais (USA) : Sébastien Guillot
Couverture : Evelaine Guibert
Éditeur : Le Masque
Collection : MsK
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 378
Format (en cm) : 21 x 15 x 3
Dépôt légal : janvier 2015
ISBN : 9782702440117
Prix : 17 €




Nicolas Soffray
16 mai 2015







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