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Gandahar n°2
Une publication de l’association Gandahar
Revue, n°2, SF – fantasy - fantastique, nouvelles, février 2015, 122 pages, 7€

Le premier numéro de « Gandahar » sur les volcans nous présentait des nouvelles récentes écrites par de jeunes auteurs, alors que le second nous ramène dans le passé de deux façons distinctes : d’abord, par son thème À rebrousse-temps, puis par son sommaire composé d’un court roman et de deux nouvelles d’auteurs disparus.
Mise à part Robert F. Young et encore, qui connaît aujourd’hui Fernand Mysor ou Renée Dunan ? Peu d’éléments disponibles pour la biographie du premier et la seconde a tout d’une énigme.
La couverture de Krystal Camprubi pose bien le décor, les lecteurs seront plongés dans un très lointain passé.



Le court roman « Les semeurs d’épouvante » de Fernand Mysor date de 1923 et n’a jamais été republié depuis. En vacances dans le Rouergue, quatre amis découvrent une grotte avec des témoignages des hommes de la préhistoire. L’écrivain Hubert Monteux en est bouleversé, le passé le fascine. Le Mage, versé dans la science, affirme connaître le passé pour y être allé au moyen d’expériences sous hypnose. Le compositeur Dermoz corrobore ses dires, car le secondant dans ses recherches. Ces affirmations troublent Hubert qui n’ose y croire, mais aimerait remonter le temps pour découvrir par lui-même comment cela s’est déroulé. Sa compagne Lucienne l’accompagne dans sa tentative. Le paysage commence à changer autour d’eux, la course à rebrousse-temps s’affole et les voilà seuls parmi les dinosaures.
À la lecture, l’ancienneté de 90 ans se ressent surtout au niveau des connaissances de l’époque sur la période servant de toile de fond. Très bonne idée que de mettre en regard des illustrations d’alors pour étayer le récit dans lequel Fernand Mysor fait bien sûr la part belle aux dinosaures, Lucienne et Hubert croiseront nombre d’espèces. Il est amusant de voir les différences avec les représentations actuelles.
Ce voyage dans le mésozoïque a effacé leurs souvenirs, leurs connaissances qui auraient pu les aider. D’abord, leur instinct domine, puis quand des bribes du futur reviennent, ils évoluent, accélèrent le cours de l’évolution naturelle mais ils prennent surtout conscience du danger omniprésent. Régulièrement, ils repartent de zéro, vivant toujours davantage dans la peur.
L’auteur n’a pas voulu d’une conclusion convenue, sûrement attendue par les lecteurs. Elle ressemble surtout à une alerte sur les dangers de la science, sur le fait que l’on ne s’affranchit pas impunément des lois de la nature.
Ce témoignage du passé sur les connaissances, qui ont évolué depuis, sur l’ère secondaire en surprendra plus d’un et agréablement. Fernand Mysor a su trouver un angle intéressant pour nous plonger aux côtés de Lucienne et Hubert au milieu des grands reptiles. Belle découverte !

Robert F. Young nous envoie aussi dans le mésozoïque, mais au moyen d’une machine à remonter le temps, partie de 2156 et qui ressemble à un tricératops pour passer inaperçue. Quelle n’est pas la surprise de Carpenter de rencontrer deux enfants ! Il les sauve d’un prédateur et apprend qu’ils viennent de la planète Mars, alors habitée, et qu’ils ont été enlevés. Commence alors la fuite pour échapper aux ravisseurs...
Ici, l’ère secondaire et les dinosaures servent surtout de cadre à une improbable rencontre. La fille et le garçon sont des génies qui décrivent la société martienne qui cherche à éradiquer les émotions pour que les décisions prises soient les plus rationnelles possibles. Au contact de Carpenter, ils découvrent une vie aux joies simples.
Dans ces récits de l’âge d’or, il est toujours étonnant et amusant de voir comment de très grandes avancées scientifiques étaient envisagées comme point de départ (le voyage dans le temps), alors que le moindre calcul se faisait encore au moyen de cartes perforées insérées dans l’ordinateur de bord. Aujourd’hui, cela fait sourire de voir cette disparité dans l’imagination, que la réflexion n’était pas poussée plus loin sur certain point, mais “Aux premiers âges” possède plus d’un atout. D’abord, cette relation entre adulte et enfants, chargée d’émotions, puis le choc culturel civilisation martienne / terrienne du futur, sans oublier le voyage temporel qui nous réserve plus d’une surprise. La lecture est très agréable, voilà le genre de texte que j’aimerais lire plus souvent et que hélas, on ne trouve plus que dans les anthologies ou les anciennes revues. Très bon choix de réédition !

Un certain flou persiste autour de la romancière Renée Dunan, surtout connue pour ses romans érotiques, mais elle s’est aussi tournée vers le fantastique, le policier, la science-fiction... Avec “Le métal – Histoire d’il y a vingt mille ans”, elle nous présente la lutte entre des hommes ayant connu des évolutions différentes. D’un côté, la pierre domine toujours, leur servant d’outils, alors que de l’autre, ils détiennent des armes en fer, ce qui traduit un plus haut niveau de connaissance. Le combat pourrait sembler inégal, mais les hommes plus frustes possèdent de meilleurs réflexes, un instinct de survie plus fort. Toutefois, théorie de l’évolution oblige, le progrès l’emporte.
Le titre ne semble pas innocent avec ce nombre de 20 000 (rappel au roman de Jules Verne ?) comme pour mieux inscrire son histoire dans l’anticipation. Son texte s’appuie aussi sur la théorie de l’évolution de Darwin. Renée Dunan se plaît également à inviter les Atlantes, un peu pour expliquer l’arrivée du fer et donner du corps à son récit.
Le métal – Histoire d’il y a vingt mille ans” a bien sûr vieilli. Par certains thèmes utilisés, il accuse bien son âge, mais s’appuie sur le savoir d’alors pour lui donner un cachet scientifique.

Ce second numéro de « Gandahar » prend le contre-pied du premier, il s’inscrit dans une volonté de revenir dans le passé, aussi bien au niveau du thème que par le choix des œuvres traduisant les connaissances de l’époque et donnant une touche un brin désuète à l’ensemble. Il montre aussi une réelle volonté de ne pas oublier des écrits intéressants sur les rayonnages poussiéreux et de leur offrir une nouvelle tribune, élargissant au passage l’horizon du lectorat.
Une très bonne idée que l’on ne peut que cautionner, en espérant que l’expérience sera de temps à autre renouvelée


Titre : Gandahar
Numéro : 2
Directeur de publication : Jean-Pierre Fontana
Couverture : Krystal Camprubi
Type : revue
Genre : Science-fiction, fantasy, fantastique
Site Internet : le blog de l’association Gandahar ; Sa page facebook
Période : février 2015
Périodicité : trimestriel
ISSN : 2418-2052
Dimensions (en cm) : 16 x 24
Pages : 122
Prix : 7 €



Pour contacter l’auteur de cet article :
fr[email protected]


François Schnebelen
13 mars 2015


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