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A Silent Voice (T1)
Yoshitoki Oima
Ki-oon Shonen

Shoya n’était pas vraiment l’élève modèle, c’était le roi pour inventer des défis plus dingues les uns des autres, qu’il appelait les tests de courage. Il embarquait avec lui ses deux meilleurs amis, Kazuki et Kensuke. En fait, Shoya était un enfant hyperactif, qui tombait rapidement dans l’ennui s’il ne trouvait pas quelque chose d’inédit à faire. Et il n’était pas un lâche, il était le premier à réaliser les tests de courage. Mais peu à peu, c’est amis s’éloignèrent de lui, le plongeant dans un nouvel ennui que seule son imagination débordante pouvait l’en extraire. Toutefois, un événement allait radicalement changer sa vie. Une nouvelle élève venait d’arriver à l’école, mais cette dernière avait une particularité : la jeune Shoko était malentendante et ne communiquait que par le cahier qu’elle ne quittait jamais. De quoi intriguer Shoya qui se mit alors à réaliser de nouveaux tests sur elle, tout d’abord des tests d’audition plutôt radicaux. Seulement, la jeune fille étant presque sourde, elle ne réagissait pas à ses provocations, tentant bien au contraire de participer aux activités de la classe.



Shoko vient de changer d’école suite aux brimades qu’elle recevait dans la précédente. Et avec une mère qui cherche à la durcir mais qui a aussi tendance à se montrer un peu trop pédante devant les autres parents, la jeune fille doit prendre beaucoup sur elle pour s’intégrer. Seulement, très vite, dans sa nouvelle école, Shoko est considérée comme un boulet. Les filles de sa classe la méprisent ouvertement depuis qu’elle a souhaité chanter avec ses camarades dans la chorale car Shoko chante faux à cause de son handicap et elle leur enlève alors toute chance de remporter le concours de l’école. Tous considèrent qu’elle retarde les autres élèves de la classe, mais le seul à tenter de lui faire comprendre les choses est Shoya. Seulement, le jeune garçon vit dans son monde, où Shoko est une extra-terrestre et sa maladresse apparaît alors plus comme des brimades. Et comme ses camarades de classe s’en amusent, cela tourne rapidement au harcèlement, jusqu’au jour où après avoir encore une fois son appareil auditif détruit, Shoko ne revient pas en classe.

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C’est avec ce titre, « A Silent Voice », que la jeune mangaka Yoshitoki Oima reporta en 2008 à l’age de 19 ans le premier prix d’un concours de jeunes auteurs organisé par Kodansha. Mais il faudra attendre trois ans pour qu’un éditeur décide de revenir sur ce travail et lui offrir une chance d’en faire une série. Le titre devient alors rapidement un véritable phénomène au Japon. Yoshitoki Oima y aborde deux thèmes très forts dont le premier, le handicap dû à la surdité est très original pour un manga. De plus, à travers son héroïne malentendante et son jeune héros, Shoya, Yoshitoki Oima aborde également le thème du ijime : le harcèlement et les brimades subis par un élève et réalisés par ses camarades de classe. Ce phénomène n’est pas nouveau dans le monde du manga et je ne saurai trop vous recommander de lire une autre série liée à ce problème pris sous un autre angle, celui des tentatives de suicides des jeunes nippons : « Life » de Keiko Suenobu.

Mais revenons à « A Silent Voice », nous suivons en fait le jeune Shoya, un garçon entre hyper-actif et un peu simplet, dont la vie est rongée par l’ennui et qui ne trouve de l’intérêt que dans des activités risquées ou parfaitement stupides. Dans un premier temps, il apparaît comme le trublion de la classe, qui amuse ses petits camarades plus qu’autre chose, mais avec l’arrivée de la jeune Shoko dans la classe, sa vie va être totalement bouleversée. Dans un premier temps, Shoko devient une source de curiosité pour le garçon. Le handicap de la jeune fille l’intrigue comme s’il n’avait jamais vu de sourd avant elle, il la considère d’ailleurs comme une extra-terrestre et va la tester comme un cobaye. Seulement, attisé par ses camarades, son petit jeu tourne au harcèlement et aux brimades. Et ce qui l’énerve d’autant plus est l’inaction de Shoko qui non seulement ne réagit pas mais ne fait que s’excuser comme si tout était de sa faute. Et c’est bien ainsi que le ressent le reste de la classe, un groupe de parfaits petits hypocrites qui ont trouvé en réalité deux boucs-émissaires : Shoko comme défouloir et Shoya comme petite main qui lui dit et lui fait subir ce qu’ils aimeraient bien lui faire.

Et quand la situation dégénère et qu’il faut trouver un coupable, non seulement la classe se défausse sur Shoya mais ce dernier devient à son tour la source de brimades. Mais comme le garçon est considéré comme un petit salaud qui terrorisait une sourde, qu’il soit sujet d’un harcèlement à son tour parait comme tout à fait normal. Au point que même le corps enseignant l’enfonce. Yoshitoki Oima avoue ne pas avoir aimé l’école. C’est pire que cela, la jeune mangaka nous dépeint le monde scolaire comme celui des pires salauds que la terre puisse porter : hypocrisie des élèves qui cherchent toujours à paraître propres sur eux avec parfois des excuses hallucinantes comme la déléguée de classe qui explique qu’elle ne peut être coupable de brimades par la fait même qu’elle est déléguée de classe, mais le pire sera évidement l’instituteur qui non seulement se satisfera des brimades réalisées sur Shoko, estimant lui-même qu’elle est un boulet, mais qui refusera de nouveau de voir les actes de violence sur Shoya car cela l’arrange d’avoir un bouc-émissaire autres que lui.

Si jusqu’à présent le chroniqueur parlait, cette fois c’est le père qui va donner son avis. Et j’avoue que ce premier tome de « A Silent Voice » me laisse extrêmement dubitatif, même si je vais certainement être en total désaccord avec toutes les autres critiques. Mais mon instinct de père ne peut pas se taire par principe. Oui, ce manga est une formidable opportunité pour parler du handicap et ici de la surdité, mais je trouve le discours de Yoshitoki Oima sur le ijime limite malsain, trop ambivalent et trop emprunt d’une forme de haine viscérale pour l’école, un côté malsain que l’on retrouvait d’ailleurs dans « Life » sauf que la série de Keiko Suenobu parlait de jeunes adultes à des jeunes adultes alors que les personnages de Yoshitoki Oima sont en primaire. Oui, il faut savoir condamner, même de façon crue et sans gant, les brimades et les harcèlements au sein de l’école, oui, il faut condamner les élèves à l’origine de ces actes, mais il est dérangeant de montrer la justice réalisée par des élèves d’une dizaine d’années sans la moindre objectivité comme étant normale, car c’est malheureusement l’impression que ce premier tome donne. Shoya voit son enfance détruite par ses actes répréhensibles, mais surtout par l’utilisation par ses camarades de ces actes pour le brimer à son tour. Non, il n’est pas normal ni juste d’estimer que Shoya se doit d’expier ses fautes d’une telle façon car la mangaka nous dépeint ses agissements non pas comme volontairement méchants mais surtout stupides et incompris par le garçon, une incompréhension qui le poursuit sans la moindre aide des adultes aveugles et tout aussi stupides que des gamins de 10 ans, jusqu’au lycée, moment où s’arrête le premier tome. Certes, la mangaka va certainement trouver un moyen d’inverser la tendance mais si un jeune garçon ou fille lit uniquement ce premier tome, il faut impérativement derrière un discours expliquant que rien n’est juste dans ce qui arrive aussi bien à Shoko qu’à Shoya, car c’est tout de même un miracle et certainement grâce à son côté simplet que Shoya n’est pas tombé dans les tentatives de suicides ou pire, dans la pure violence gratuite.

Bon, c’était mon petit coup de grisou de la semaine. Je conclurai donc en disant que oui, « A Silent Voice » est un très bon manga qui mérite d’être lu, mais à condition, si le lecteur est trop jeune (le manga est présenté comme un shonen non pas un seinen), qu’un adulte puisse aussi parler avec lui de ce qu’il vient de lire.


A Silent Voice (T1)
- Auteur : Yoshitoki Oima
- Traducteur : Géraldine Oudin
- Éditeur français : Ki-oon
- Collection : Shonen
- Format : 115 x 175, noir et blanc - sens de lecture original
- Pagination : 192 pages
- Date de parution : 22 janvier 2014
- Numéro ISBN  : 9782355927713
- Prix : 6,60 €


KOE NO KATACHI © Yoshitoki Oima / Kodansha Ltd.
© Edition Ki-oon - Tous droits réservés


Frédéric Leray
21 février 2015






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