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Les Régulateurs
Richard Bachman
J’ai Lu, n°5011, traduit de telle l’anglais (États-Unis), fantastique, 446 pages, octobre 1998, 7,10€

Un roman de Stephen King publié sous le pseudonyme de Richard Bachman, déjà connu pour « Rage », « Running man », « La Peau sur les os », « Chantier », « Marche ou crève », et qui, après être passé pour mort, reviendra près de deux décennies plus tard pour « Blaze ».



On n’a pas pour habitude de commencer la critique d’un ouvrage en en disant du mal, mais ce récit souffre défauts si rapidement évidents, malgré toute la bienveillance que l’on peut accorder à l’auteur, qu’il n’est en toute honnêteté pas possible de les passer sous silence. Tout d’abord, ce roman est désespérément facile à récapituler, ressassant une de ces intrigues dont les mauvaises langues disent qu’elles tiennent sur un timbre-poste. Résumons. De mystérieux vans arrivent dans un paisible quartier résidentiel et se mettent à en mitrailler les habitants au hasard : cent pages. Une habitante du quartier a adopté un enfant autiste dont on comprend qu’il est hanté par une entité maléfique et que les vans et leurs propriétaires sont les projections dans le monde réel, par ladite entité, des éléments de la série télévisée favorite de cet enfant : cent pages de plus. Les vans reviennent et remitraillent : cent pages supplémentaires. La réalité des lieux se transforme selon la vision de l’enfant, quelques habitants essaient de trouver secours hors du quartier mais sont si stressés qu’ils s’entretuent, les survivants s’enfuient devant des créatures résultant elles aussi de la vision d’un enfant : cent pages. Puis, une scène finale effrayante, mais convenue.

Inlassablement, donc (mais si l’auteur ne s’en lasse pas, ce n’est pas le cas du lecteur) pendant quatre cent-cinquante pages, King / Bachman répète et ressasse la même chose, explique, encore et encore, y compris au moyen de lettres et de dé mémoires, que l’enfant autiste est hanté par une entité maléfique. Hélas, le lecteur se trouve rapidement rapidement en proie à l’ennui. Nulle autre terreur dans ce roman d’épouvante que celle que Bachman / King semble éprouver à l’idée que les lecteurs ne saisissent pas son propos, comme s’il les considérait comme des équivalents de son personnage autiste. Cerise sur le gâteau, il pousse en fin d’ouvrage son entrain didactique jusqu’à tout faire réexpliquer, une fois de plus, par la mère adoptive aux autres protagonistes. Et, inlassablement – au cas où l’on n’aurait toujours pas compris – il répète et fait répéter par ses personnages que ces monstres qui les assaillent sont des monstres vus par un enfant.

Pour ce qui est des personnages, l’auteur parvient à les faire exister, même s’il est en ce domaine en deçà de ses réussites habituelles. Même si les dialogues fonctionnent, même si les individus sont crédibles, ils s’apparentent pour la plupart trop à des stéréotypes pour vraiment convaincre, et l’on peine d’autant plus à s’y attacher que l’on réalise assez rapidement que la plupart d’entre eux vont rester sur le carreau. La description avec force détails d’un petit quartier résidentiel pourrait être efficace si elle ne se heurtait à un flou perpétuel : la topographie, l’absence de contiguité avec d’autres rues, avec la ville, n’est jamais parfaitement expliquée, et rend d’autant moins convaincants les passages où quelques habitants tentent d’aller chercher des secours.

On est donc loin, très loin des réussites de King / Bachman, et ces « Régulateurs » sont sans doute à réserver aux inconditionnels du maître de Bangor. Inconditionnels qui seront peut-être ravis d’une très référentielle apparition du « Shining  » de Stephen King dans les toutes dernières pages. D’autres, sans doute, ne verront pas dans le fait de faire ouvertement référence à soi-même une démonstration exemplaire de finesse.

Un bilan plus que mitigé, donc, pour ces « Régulateurs  » qui peinent à convaincre. La longueur, la lourdeur et l’aspect répétitif de ce récit témoignent beaucoup plus des défauts de l’auteur que de ses qualités. On reste donc assez perplexe devant cet épais roman qui eût sans doute pu faire une bonne novella, et qui laisse au final l’impression d’avoir regardé un téléfilm. Fort heureusement, la publication simultanée de « Désolation », sous le nom de Stephen King, permettra au lecteur de découvrir sur la même thématique, et quasiment avec les mêmes personnages, un roman plus dense, mieux construit, et d’un tout autre niveau. S’il fallait ne choisir qu’un de ces deux romans, nous ne pourrions que trop conseiller ce dernier. C’est un fait : le lecteur qui aborderait « Les Régulateurs » après avoir lu « Désolation » ne pourrait qu’être fortement déçu.

Titre : Les Régulateurs (The Regulators, 1996)
Auteur : Richard Bachman (Stephen King)
Traduction de l’anglais (États-Unis) : William Olivier Desmond
Couverture : Mezzo
Éditeur : J’ai Lu (1998) Livre de Poche (2004) (édition originale : Albin Michel, 1996)
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 5011
Pages : 446
Format (en cm) :11 x 17,5
Dépôt légal : Octobre 1998
ISBN : 978-2-290-050118
Prix : 7,10 €



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Hilaire Alrune
19 octobre 2016






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