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Moisson d’épouvante
Yves-Daniel Crouzet présente :
Dreampress.com, anthologie (France), épouvante, 242 pages, décembre 2014, 15€

Début 2014, Yves-Daniel Crouzet nous livrait chez le même éditeur le fort recommandable recueil « La plus grande ruse du Diable & autres récits fantastiques ». Fin d’année, il récidive mais dans le rôle d’anthologiste.
Pas si facile quand on est habitué à écrire et, forcément, on est lié aux textes que l’on reçoit, il faut faire des choix, prendre des décisions, bref, trancher pour obtenir une anthologie homogène.
De plus, il n’est pas si aisé de suggérer l’épouvante, alors la moisson promise est-elle d’actualité ?



Vingt récits pour 19 auteurs. C’est Eva Aernout qui a réussi l’exploit de placer deux nouvelles, triplant pour le coup le nombre de textes qu’elle a publié ! Belle performance, d’autant que “Sous le lit” et “Vacances en famille” figurent dans les meilleures réalisations. La première revisite subtilement le thème du monstre sous le lit, alors que la seconde plonge une mère et ses enfants dans une course poursuite avec des zombies. Les deux sont maîtrisées avec un côté poignant pour la première et la détresse d’une mère pour la seconde. Un nom à retenir.
Une chose qui frappe à la lecture du sommaire, c’est le peu d’auteurs connus. Seuls deux noms sortent du lot : François Fierobe qui assure un peu le minimum avec une liste de dangers identifiés ( “Typologie des ténèbres”) et Guillaume Suzanne mettant en scène “Gus”, un attardé qui, pour ses 30 ans, désire un cadeau qu’il va devoir s’offrir lui-même. Court mais percutant.

Le début de l’anthologie est assez poussif, même si “Ballons de chair” de Frédéric Livyns ne manque pas d’idées. “Nettoyage de printemps” d’Élodie Beaussart manque de piquant, pas de surprise à attendre, ni de poussée d’épouvante. En plus, c’est l’un des textes les plus longs. Olivia Billington illustre un jeu de mots dans “Démangeaisons”. Hélas, ça tombe à plat.

Sébastien Eres surprend agréablement. “La mémoire des cactus” ne s’oublie pas. Lorsque Johan se pique à l’un des quatre cactus disposés en pot et alignés, il n’imagine pas que c’est loin d’être anodin. Déroulement surprenant, progression dans l’horreur. Ma nouvelle préférée de « Moisson d’épouvante » !

Il” de Franck Labat joue habilement de la terreur : disparition, mise à mort cruelle... pour finir par une pirouette du meilleur effet et changeant tout le contexte. Remise en question qui n’est pas sans nous interpeller.
Les pompiers arrivent chez une vieille femme qui les a appelés juste pour chercher “Minou” qui n’a pas apprécié la lecture du matin. Ils sont loin d’appréhender ce qu’ils vont trouver au sommet de l’arbre. Neil Jomunsi part d’un fait anodin jusqu’à en tirer le maximum. Bien vu !
Bois Sec” de Jason Martin donne froid dans le dos. Cette tradition se transmettant de père en fils a de quoi faire dresser les cheveux. Texte marquant, bien dans le thème de cette anthologie.

Under the bridge” de Philippe Goaz relève du grand n’importe quoi avec son histoire de dentiste rendant visite à un vampire mauvais payeur. L’humour m’a échappé. À oublier !
Fraternité” de Julien Ancet n’est pas sans évoquer le roman « Artahe » de Philippe Ward. Un village reculé en montagne dont les habitants vouent un culte à une divinité, un retour aux sources... Le lecteur peut donc se retrouver en terrain connu, ce qui affaiblit l’intérêt de l’ensemble. Avis mitigé, car me semblant trop influencé, même si ce n’est peut-être qu’un hasard.
Patient zéro” porte bien son titre, mais de quelle infection ? Là est toute la surprise réservée par Daniel Morellon qui a choisi un traitement original.
Julia Milora nous livre une nouvelle assez classique. “Le canal” ne sort pas du lot, elle semble datée, ce qui n’est pas le cas.

Le monstre dans le placard” de Nicolas Saintier relève également des peurs enfantines du monstre caché dans la chambre, sous le lit ou comme ici dans le placard. Mais des monstres, il y en a plus d’un dans la maison. Là réside l’intérêt de ce texte avec un enfant déchiré entre la peur de son père entrant vite dans des colères noires et celle du monstre tapi dans le placard et attendant son heure. La conclusion est particulièrement évocatrice et forte.
Brainstorming” d’Alexandre Ratel s’avère assez brouillon. L’histoire que veut faire passer l’auteur n’est pas très claire. Il y a de l’idée, mais l’ensemble mal canalisé peine à convaincre.
Forme très originale pour Sham Makdessi. Jeff n’accepte pas que Marie soit partie. Il ne cesse de laisser des messages sans réponse sur le répondeur de Marie, se répandant en excuses pour se faire pardonner. “Rappelle-moi” s’avère d’une efficacité redoutable. Bravo pour ce beau moment !
Raconte”, curieuse demande d’un électricien revenant souvent dans la vie d’un futur père. Cette responsabilité lui pèse tant qu’il fuie la réalité, préfère travailler loin de sa compagne comme pour nier l’évidence. Je n’ai pas vu en quoi ce texte de Thomas Spok relevait de l’épouvante. Évoquer le diable, du moins l’étrange, ne suffit pas à suggérer ce sentiment. Un peu hors sujet.
Le rituel des dieux Mânes” de David Mons expose la détresse d’une mère qui a perdu son enfant et est prête à tout pour le récupérer. Dérapage garanti !

Quelques nouvelles manquent leur but, mais dans l’ensemble, les auteurs se tirent bien de l’exercice, même si l’on peut regretter que l’on parlera surtout de lectures agréables et non de grands uppercuts à l’estomac.
Malgré tout, le lecteur n’en sort pas indemne, il retiendra le nom d’Eva Aernout, qu’il faut se méfier des cactus, que les monstres dans la chambre peuvent devenir réalité, que les traditions n’ont pas toujours du bon...

Pour cette première, Yves-Daniel Crouzet se sort donc plutôt bien de cette mission qu’il a accepté entre la poire et le fromage et nous enverrons les curieux sur le site de l’éditeur pour commander l’ouvrage.


Titre : Moisson d’épouvante
Anthologiste : Yves-Daniel Crouzet
Couverture : © fat*fa*tin - Fotolia.com
Éditeur : Dreampress.com
Site Internet : Anthologie (site éditeur) 
Pages : 242
Format (en cm) : 14,7 x 21
Dépôt légal : décembre 2014
ISBN : 978-2-84958-012-7
Prix : 15 €



François Schnebelen
26 janvier 2015






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