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Wika (T1) Wika et la Fureur d’Obéron
Thomas Day et Olivier Ledroit
Glénat

Il était une fois, dans le monde féerique de Pan, une belle et tragique histoire d’amour. Il était une fois la douce fée du nom de Titania qui épousa par amour vrai le duc Claymore Grimm. De cet amour naquit la petit fée aux cheveux de feu Wika. Mais le destin allait détruire la paix de ce couple. Les ducs de Castlegrimm étaient depuis des générations les maîtres d’armes de la famille royale et leur château était une place forte imprenable. Mais dans sa jalousie, le prince Obéron voulut se venger de Claymore, celui qui lui vola celle qu’il aimait. Au côté d’Oberon se tenait la mère de ses sept rejetons, une louve cruelle rêvant de dévorer les fées, en particulier la chair de la fille du duc. Tel était le couple maudit qui guida les armées royales contre Castlegrimm. Malgré son savoir, le duc ne tint que peu de temps face à la puissance d’Obéron et de son âme damnée, Kabuguen, le tueur de fées. Voyant la défaire inéluctable, Titania confia sa fille à Haggis Cornelly, chevalier du clan des Haches, et accepta d’affronter son destin...



Affronter Rowena la louve, une descente directe de Fenrir, voila un défi qui pouvait apparaître bien trop grand pour Haggis, mais son honneur le poussait à défendre la petite Wika contre tous les ennemis qui se dresseraient contre lui, et son art du combat s’avéra supérieur à celui de la louve. Mais la blessure qu’il reçut était fatale. Il devait confier la petite fée à une famille qui n’attirerait pas Obéron et ses chiens, mais avant cela, Haggis fit ce que lui avait demandé la reine avant de mourir : il coupa les ailes de la princesse et cautérisa les plaies avec de l’encre elfique qui couvrit le corps de Wika d’un étrange tatouage, réagissant avec ses émotions. C’est ainsi que Shannon et Grey, deux félins ténébreux, découvrirent l’enfant et le cadavre de son sauveur. Wika fut donc élevée loin des batailles, chez un couple de petites gens. Mais la nature de Wika la rattrapa quand elle fut devenue femme et la poussa vers la capitale, vers la cité royale où siégeait Obéron, secondé de ses sept enfants loups devenus chacun à leur manière plus pervers que leur mère...

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Olivier Ledroit est un dessinateur de génie. Ceux qui ont pu savourer les premiers tomes des « Chroniques de la Lune Noire » savent de quoi je parle. Ce dessinateur a le don pour créer des univers steampunk sublimes. Chacune de ses planches est un véritable tableau fourmillant de détails et la couverture de « Wika » avait de quoi faire saliver d’avance les amateurs de vrais dessins originaux, magnifiquement colorisés par le dessinateur lui-même. Car qui mieux que Olivier Ledroit peut rendre sa superbe à son crayonné, faire exploser les couleurs et transformer une double page en chef-d’oeuvre. Oui, pour une fois, je connence par parler du dessin avant de me lancer sur le scénario. Car il faut bien l’avouer, peu importe qui est l’auteur du récit, une oeuvre illustrée par Olivier Ledroit se doit d’être dans la bibliothèque du véritable amateur de fantasy,de contes de fées revus et corrigés par un artiste n’hésitant pas à maltraiter les mythes. Car oui, les dessins de Ledroit sont d’une beauté hébétante, mais ils sont aussi d’une rare violence, ce qui ne signifie pas gore obligatoirement. Découvrez plutôt la page 15 montrant la reine Titania, les ailes arrachées, gisant sur un somptueux lit à baldaquin. Peu importe la scène, la beauté se mêlera à la mort et à la tragédie.

Olivier Ledroit a aussi une marque de fabrique : contrairement à nombre de BD, avec lui, c’est le dessin qui s’impose aux cases qui s’adaptent au grandiose que lui impose l’artiste. Les planches ont toute une structure différente, allant de la double page à une structuration que l’on pourrait qualifier de plus classique. Mais Olivier Ledroit est un génie du dessin. Certains pourraient le trouver trop lourd en couleurs, eh bien tant pis pour eux ! Qu’ils nous laissent à notre plaisir certes égoïste, mais un véritable plaisir ne l’est-il pas par définition ?

Bon, je vais quand même vous parler du scénario. Et Thomas Day se montre aussi à la hauteur de l’événement. Il nous transpose une tragédie grecque dans le monde des fées. Les références aux mythes et légendes qui ont offert tant d’idées à des auteurs comme J.R.R. Tolkien sont retravaillés avec beaucoup d’intelligence par Thomas Day. On pourrait croire qu’il s’agit d’une nouvelle mode, reprise par Walt Disney avec sa « Maléfique ». Mais Thomas Day ne fait pas dans le « happy end », il sera vraiment dans une dramaturgie classique où meurtres et vengeance se succéderont dans le monde des fées où la mythologie nordique (Wotan, Fenrir,...) se mélangera avec le petit monde qui inspira les frères Grimm, dont le nom est repris pour être porté par le père de Wika. Pour un premier scénario de BD, Thomas Day réussit une entrée tonitruante dans cet univers où la concurrence est rude

« Wika » est définitivement une BD sublime qui se rapproche parfois du beau-livre par la pureté et le détail de ses planches. Un méga coup de coeur pour finir 2014.


(T1) Wika et la Fureur d’Obéron
- Série : Wika
- Scénario : Thomas Day
- Dessins : Olivier Ledroit
- Couleurs : Olivier Ledroit
- Éditeur : Glénat
- Dépôt légal : 21 mai 2014
- Pagination : 72 pages couleurs
- Format : 24 x 32 cm
- Numéro ISBN : 9782723498043
- Prix public : 14,95 €


© Editions Glénat - Tous droits réservés


Frédéric Leray
22 décembre 2014






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