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Frankenstein, le Monstre est vivant (T1)
Steve Niles & Bernie Wrightson
Soleil, US Comics

Un des sommets de la carrière de Bernie Wrightson, c’est sans aucun doute le “Frankenstein” qui paraît en 1983 chez Marvel. Sous l’impulsion de Steve Niles ("30 jours de nuit), le dessinateur revient vers la créature créée par Mary Shelley, cette fois pour un comic book dont la trame s’installe immédiatement après la fin du célèbre roman gothique.



Le Monstre est de retour

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Tout recommence dans un de ces Freak shows, spectacles dont les Américains raffolaient et qui ont été célébrés par le fabuleux film de Tod Browning, « Freaks, la monstrueuse parade » en 1932. Il est là pour faire peur aux spectateurs, parmi d’autres monstres, travaille et est adopté par ces autres parias qui l’acceptent comme l’un des leurs. Ils l’appellent Frank, mais il n’a pas de nom, son créateur, le docteur Victor Frankenstein, n’a pas jugé bon de lui en donner un. Les souvenirs affluent, ceux d’un être monstrueux à l’âme enfantine, rejeté par tous et devenu meurtrier... Comment il a essayé en vain de mourir, dans les glaces de l’Arctique, puis dans les cendres d’un volcan... afin d’oublier la voix culpabilisatrice d’un créateur qui le hante.

Et Steve Niles fait renaître le Monstre

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Retrouvé tel un fantastique Golem fossilisé, il émerge de sa gangue de pierre, chez le Dr Simon Ingles, aussi surpris que ce dernier de se retrouver.. vivaaant !!!. Une nouvelle naissance, un homme qui le soigne, l’adopte et lui ouvre sa formidable bibliothèque de connaissances. Le Monstre aurait-il trouvé un havre de paix ? Steve Niles va vite le renvoyer vers ses cauchemars, vers d’autres terribles secrets entre le monde des vivants et celui des morts, vers ses colères qui l’incitent à tuer. Le Monstre recherche une part d’humanité que le regard effrayé de ceux qu’ils croisent lui interdit irrémédiablement.
Le scénariste s’est totalement inspiré de la trame du « Frankenstein » original pour ciseler une histoire fantastique à l’esprit littéraire, laissant la créature raconter sa nouvelle vie parmi les humains et leurs expériences inavouables. Un terreau bien fertile pour la patte magique de Wrightson...

Bernie Wrightson éblouissant

Steve Niles a construit un scénario sur mesure pour que Bernie Wrightson puisse redonner toute la mesure de son talent sur d’hallucinantes pages renvoyant à son célèbre travail des années 80, telle cette formidable immersion dans le laboratoire du Dr Ingles. Détaillées à profusion, elles sont un véritable régal pour l’amateur d’imagerie fantastique et révèle un travail époustouflant. Il y a d’autres formes d’hommages, comme l’ouverture du chapitre III qui fait penser aux travaux de l’auteur pour la revue Creepy. Mais surtout, on retrouve cette expressivité incroyable dans les regards, inquiets, effrayés, et cette humanité touchante, fébrile et si fragile que sait instiller Wrightson dans le regard d’enfant perdu de la créature de Frankenstein.

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Ce travail de deux grands noms de la BD d’horreur est sorti en 2012 aux États-Unis sous le titre de « Frankenstein Alive, Alive ! ». Un nouveau grand moment, qui passe certes trop vite, mais dont tout amateur de Bernie Wrightson se régalera et que tout fan de fantastique gothique se doit de découvrir.

Fabrice Leduc

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À la base cette œuvre est un roman gothique de Mary Shelley : Frankenstein ou le Prométhée moderne. Écrit à la fin des années soixante et dix et illustré en NB par Bernie Wrightson, il ne paraîtra en France qu’en 1984 chez Albin Michel. Rapidement épuisé il ne sera réédité qu’en 2010 chez Soleil.

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C’est de là qu’est parti Steve Niles pour créer cette BD sombre et philosophique sur la vie du monstre de Frankenstein après la disparition de son créateur.
Tâche ardue tant cette histoire a été mise à toutes les sauces que ce soit dans la littérature, la BD ou le cinéma. Il s’agit d’un véritable monument.
Il fallait donc trouver quelque chose de nouveau sans s’éloigner de l’original. Et cette trame ne déçoit pas pour l’instant.

On retrouve un monstre rempli d’autocritiques, de réflexions sur sa propre existence. Le lecteur finira même par le prendre en pitié. C’est principalement ce point qui en fait une œuvre philosophique : ne pas s’attacher aux premières impressions, mais si le temps le permet creusé pour connaitre les profondeurs de l’âme.
Ce sentiment qui nous habite rappellera à tous le fameux Elephant Man, ou pour les fans de comics Man Thing, et autre Swamp Thing.

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Mais Steve Niles n’a pas réussi que ce tour de force, il est aussi parvenu à convaincre Bernie Wrightson de faire la mise en images de son script.
Et là, mes amis, on rentre dans une autre dimension.
En ouvrant ce volume vous vous retrouverez face à ce qui se fait de mieux dans le monde de l’illustration horrifique.

Un monstre grandiose exprimant une puissance à couper le souffle, doté d’un visage plus cadavérique que reconstitué de fragments d’êtres humains, mais rempli d’un panel d’expressions parfaitement définies.
Un ouvrage d’une minutie extrême sur les décors gorgés de détails.
Les personnages sont tous d’un réalisme éloquent et tous parfaitement différentiables.
Un exercice que je n’avais que trop rarement vu depuis les années quatre vingt.

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Un talent, d’autant plus mis en valeur, qu’il est exprimé en noir et blanc dont B. Wrightson maîtrise parfaitement l’encrage, les jeux d’ombre, les proportions, les volumes et cela dans toutes les circonstances.
À aucun moment durant ma lecture je n’ai pu mettre en défaut ce graphisme.

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Une BD au scénario parfaitement réussi, mais surtout qui nous file une véritable claque en matière de visuel.
Un travail d’orfèvre qui nous fait un peu respirer dans ce nouveau monde de l’illustration où le subjectif et l’à-peu-près prennent trop souvent le pas sur la qualité et le réalisme.

Bison 13


Frankenstein, le Monstre est vivant (T1)
- Scénario : Steve Niles
- Dessin Bernie Wrightson
- Editeur : Soleil
- Collection : Soleil US Comics
- Pagination : 72 pages N&B
- Format : 31,3x20,5 cm
- Dépôt légal : 5 novembre 2014
- EAN : 9782302027602
- Prix : 15 €


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Illustrations © Bernie Wrightson et Éditions Soleil (2014)


Fabrice Leduc
Bison 13
17 décembre 2014






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