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YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Gankutsuou : Interview exclusive de Mahiro Maeda
Rencontre avec un graphiste venu d’ailleurs
4 septembre 2005

C’était une fin de matinée ensoleillée du mois de juin et nous avions rendez-vous avec le réalisateur japonais Mahiro Maeda.
Sa série animée, « Gankutsuou » (adaptation SF du “Comte de Monte Cristo” d’Alexandre Dumas), allait être lancée sur les écrans TV français dès la rentrée (à partir du 4 septembre 2005, tous les dimanches soirs à 20h30 sur Ciné Famiz).

Les premières images nous avaient frappés par leur beauté graphique profondément originale.




C’est donc avec une impatience certaine, que la Yozone se retrouvait dans le très select Hôtel Costes. Nous croisions dans le patio, l’aréopage habituel du microcosme médiatique parisien.
Quelques figures de la TV, du cinéma, du monde de la haute finance, des serveurs affairés, une ambiance calme et placide régnait sur l’endroit.
Une pièce était transformée en studio d’interview. Mahiro Maeda était là.
Assis sur un fauteuil, les mains posées sur les accoudoirs, il attendait, calmement, sereinement. Class et confiant, le personnage rayonnait et impressionnait.

Yozone : Mahiro Maeda, nous sommes enchantés de vous rencontrer. Pour débuter cette interview, nous souhaiterions savoir comment vous est venue l’idée d’adapter « Le Comte de Monte Cristo » ?

Mahiro Maeda : J’avais lu le roman d’Alexandre Dumas et je trouvais cette histoire profondément originale. Mais je voulais aussi transformer ce classique de la littérature en un drame sur l’humanité et la vengeance. Mon intention première était là.

Y : Vous avez pris la décision artistique d’orienter votre version sur une trame de science-fiction pure et dure. Était-ce un choix délibéré ou est-ce venu petit à petit ?

M : J’ai souhaité donner ce côté science-fiction dès le départ. Mais, peu à peu, j’ai compris qu’il s’agissait avant tout d’un drame humain. Je suis donc revenu vers une mise en scène plus classique.

Y : Dans « Gankutsuou », le personnage de l’abbé Faria est transformé en une sorte d’extraterrestre maléfique, ce qui est finalement une assez grosse différence avec le personnage originel qui est plus positif et neutre. Cette mutation du personnage était-elle rendue nécessaire par le concept SF du projet ou était-ce juste pour introduire une distance supplémentaire avec le roman de Dumas ?

M : Tout d’abord, j’ai approfondi les sentiments de Monte Cristo, intérieurement et psychologiquement. Puis, j’en suis arrivé à penser que cette mutation du personnage de l’Abbé Faria augmenterait encore plus les contrastes du récit. J’avais le désir de montrer davantage l’intérieur... la psychologie de Monte Cristo, plutôt que les détails extérieurs.
Quand j’ai traduit à ma manière l’histoire, le concept de « l’Abbé Faria » avait changé en moi. Voilà, l’explication de cette mutation !

Y : Reprendre des classiques de la littérature mondiale et les « recréer » sous forme d’œuvres typiquement SF semble être une piste créative très japonaise et contemporaine. Était-ce aussi votre démarche ou aviez-vous d’autres ambitions ?

M : J’ai utilisé cette petite astuce narrative comme un argument technique démontrant que l’œuvre n’appartient ni au passé, ni au présent, ni au futur. La SF permet de faire exister d’autres dimensions dans le temps... c’est... intemporel !

Y : Pour en revenir à la structure graphique de l’animation, on perçoit assez nettement l’influence d’un peintre comme Gustave Klimt. A priori, cela semble volontaire. Pourquoi ? Est-ce un choix artistique, personnel ? Est-ce qu’il y a une filiation avec votre dessin ?

M : C’est bien de l’avoir noté car il s’agit d’un des mes peintres préférés ! Mais vous savez très bien qu’au milieu du XIXème siècle, c’étaient les impressionnistes qui étaient influencés par l’Ukyo-e (NDLR littéralement : Images du monde flottant, Ukyo-e désigne l’estampe et la peinture populaire japonaises du 17ème au 19eme siècle). « Gankutsuou » me permet de démontrer les liens qu’il y a entre la tradition picturale japonaise et les influences occidentales impressionnistes.

Y : Une espèce de retour à vos sources culturelles graphiques ?

M : Voilà, voilà !

Y : À quel âge avez-vous su que vous seriez un dessinateur de Manga ? Et quel parcours avez-vous suivi ?

M : Dans mon enfance, je regardais la télé et des animations que je trouvais intéressantes. J’aimais beaucoup, mais pour mon boulot, comme profession, je n’ai décidé de devenir mangaka que vers 15 ans.

Y : Techniquement, est-ce que vous avez une manière de travailler classique, c’est-à-dire : crayons, pinceaux, etc., ou est-ce que vous utilisez plutôt des outils « modernes » comme l’ordinateur, la palette graphique ou autres ?

M : Comme mangaka, je suis assez vieux jeu, vieille génération, donc j’adore dessiner à la main. Pour moi, dessiner, c’est inné.

Y : Vous avez travaillé dans les plus grands studios d’animation japonais et tout particulièrement avec Miyazaki. Quelle était votre liberté de création par rapport aux projets d’origine ?

M : (Rires) Je n’avais aucune latitude. J’ai juste exécuté un travail commandé. Soyons clairs, Miyazaki c’était le professeur et moi, j’étais l’élève.

Y : Est-ce que l’on n’est pas un peu surpris au Japon, du succès international obtenu par les créations locales -tout particulièrement en France, d’ailleurs ?

M : Je considère que ce sont des animations travaillées. Une forme d’artisanat pur qui prend beaucoup de temps et utilise beaucoup de monde. Donc je suis heureux que nous obtenions cette reconnaissance.
Je suis sûr qu’ici, puisque à l’origine de « Gankutsuou » il y a Alexandre Dumas, que les Français reconnaîtront l’histoire de Monte Cristo. J’ai juste traduit tout ça à ma façon, d’un point de vue japonais et intime et j’espère que cela sera bien compris par le public français.

Y : Savez-vous qu’un roman inédit d’Alexandre Dumas, vient juste d’être découvert et publié en France ?

M : D’Alexandre Dumas ou d’un de ses “nègres” (sourires) ?

Y : Les historiens et les spécialistes sont formels ! Pour en revenir à Monte Cristo c’est quand même une histoire finalement mythique. Vous nous dites que c’est l’aspect humain qui vous a motivé mais, n’avez-vous pas eu un peu peur quand vous vous êtes attaqué à ce sujet ?

M : Oui, bien sûr que j’ai eu peur ! C’est un roman complet, long, donc la peur d’entreprendre était là. En même temps, il y avait le challenge : jusqu’où j’allais pouvoir arriver avec les images ? Parce que si lire est une façon d’apprécier les choses, mon monde, c’est l’image !
Donc, oui, j’ai pesé le pour et le contre mais, à la fin, c’était parti, il fallait le faire ! Ma décision était prise !

Y : N’avez-vous pas eu des difficultés à adapter certaines parties du roman ?

M : En fait, à la fin, j’ai eu beaucoup de mal à terminer l’histoire. Le thème de la vengeance devenait problématique et je n’étais pas très sûr de la conclusion à apporter...

Y : Une partie de la musique est signée par Jean-Jacques Burnel (Ex Stranglers, NDLR). Est-ce que c’était un choix de départ, votre volonté parce que vous êtes fan du musicien ?

M : C’est moi. J’aime beaucoup sa musique. Je suis allé voir Jean-Jacques à Londres. Je lui ai expliqué sur quel genre d’animations je travaillais et puis il a créé un thème musical. Un petit coup d’ordinateur et d’internet afin d’arranger le tout et c’était arrivé au japon. Il restait juste à procéder à quelques ajustement avec le rythme de l’animation et des images... et voilà !

Y : Pour vous, aujourd’hui, la série « Gankutsuou » c’est une histoire ancienne...

M : Oui ! Il y a six mois de décalage entre la diffusion française et la sortie japonaise.

Y : Dernière question, Mahiro Maeda êtes-vous actuellement en vacances ou en train de travailler sur d’autres projets ?

M : Je voudrais faire du cinéma ! De l’animation. En fait, j’ai un projet original et trois ou quatre sujets d’adaptation. Honnêtement, j’espère que je pourrai tourner mon propre projet.

Y : Mahiro Maeda, nous vous remercions et vous souhaitons un grand succès à votre « Gankutsuou » !

M : Je vous remercie et n’oubliez-pas que ce soir vous allez entendre la musique originale avec Jean-Jacques Burnel !

Fin de l’interview, signature d’une affiche (désolé mais nous n’avons pas honte de rester des fans de base devant un tel créateur) et le rendez-vous est pris pour le soir même au Régine’s, un établissement bien connu des nuits parisiennes où la Yozone est gentiment conviée. Une soirée des plus agréables pour le lancement “mondain” et parisien de « Gankutsuou ». Jean-Jacques Burnel interprétera deux morceaux à la guitare accoustique et au chant. Nous applaudirons beaucoup ce musicien, croiserons des gens charmants et garderons finalement une impression bon enfant de cette soirée. Les écueils de la soirée VIP où tout le monde se regarde d’un œil curieux et distant étant évités grâce à la gentillesse et à la simplicité des hôtes des lieux.
Nous ne partirons pas sans avoir salué une dernière fois Mahiro Maeda, un homme exquis et d’une extrême courtoisie. Nous n’oublierons pas non plus d’adresser un grand merci à Carinne, Antoine et à toute l’équipe d’Absolument ainsi qu’à Mounia Aram et à Rouge Citron Production pour leur dévouement.
Que ce soit à l’Hôtel Coste pour l’interview ou au Regine’s pour la soirée VIP, nous n’avons rencontré que des personnes “aux petits oignons” avec la Yozone.
Aujourd’hui, il nous reste les souvenirs, le plaisir d’avoir découvert un vrai créateur et quelques photos que nous vous livrons en prime.
Il y a aussi « Gankutsuou » sur Ciné Famiz, ne l’oubliez-pas !

Interview réalisée par Bruno Paul et Stéphane Pons - Hôtel Coste, Paris, le 14 juin 2005 (© textes, illustrations & photos : ayant droits et/ou Yozone).

LIENS INTERNET

Article série Yozone

Retranscription, correction, relecture : Ketty Steward & Stéphane Pons


Stéphane Pons
27 août 2005



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Mahiro Maeda, créateur talentueux.



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Et Mangaka classieux !



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Maeda en dédicace Yozone où...



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...la Yozone devint YOUzone ! Sympa et charmant.



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Gakutsuou, un graphisme ébourrifant !



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Klimt, une influence certaine (Hygieia)



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Et Monte Cristo en versions SF Manga !



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