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Porte du messie (La)
Philip Le Roy
Le Cherche midi, collection thrillers, 332 pages, mai 2014, 19,50€

Après des études de théologie, le jeune Simon Lange devient globe-trotter, se cherche, erre ici et là, peine réellement à se trouver. Mais son destin le rattrape : en voyage en Israël, ses parents sont victimes d’un accident de voiture. Lors des funérailles, Simon fait la connaissance de Markus, un ami de longue date de son père, et apprend que ce dernier avait déposé à l’abri d’un coffre de banque, pour Simon, des informations capitales le concernant.



Mais lorsque Simon et Markus arrivent à la banque, le coffre est vide. Peu après, alors que tous deux, quelque peu éméchés, traînent nuitamment à travers Jérusalem du côté des lieux saints, ils sont témoins, et peut-être même acteurs, d’un événement non seulement improbable, mais également impossible. Lorsque Simon s’éveille, le lendemain, dans la cellule de dégrisement d’un poste de police, son aventure commence : Markus semble s’être volatilisé, son appartement a été dévasté. Et bientôt Simon lui-même, pourchassé par des individus qui ne lui veulent pas que du bien, comprend qu’il aurait tout intérêt à devenir à son tour introuvable.

Disons-le d’emblée : si « La porte du Messie » peine à s’inscrire dans le registre des thrillers qui tiennent de bout en bout en haleine, c’est en raison de toute une série de défauts certes mineurs mais qui heurtent la lecture. À commencer par le manque de cohérence du héros : il est diplômé en théologie, mais (dialogues à l’usage exclusif du lecteur aidant), ses interlocuteurs doivent tout lui expliquer comme s’il ne connaissait rien à rien. C’est par ailleurs tantôt un simple naïf et ivrogne, tantôt un expert en filatures et en techniques de combat. On ne peut que regretter certaines scènes inutiles et gratuitement invraisemblables (le chapitre sept, le chapitre vingt-cinq). La répétition de certaines situations, même si elles sont propres au genre – les consultations d’experts, les tentatives d’enlèvement urbaines – compose, malgré le périple suivi par le narrateur, une intrigue assez linéaire. Certains dialogues (les retrouvailles avec sa tante) sont trop superficiellement écrits pour sonner juste, et les scènes d’action (« il déplia ses jambes comme une grenouille, roula sur le dos comme un chat, se recroquevilla comme un ver, se plaqua au plafond comme un gecko ») souvent caricaturales.

Malgré ces scories – peut-être Philip Le Roy a-t-il voulu faire trop simple, trop accessible – l’intrigue avance à grands pas, et sans aucun temps mort.Tel-Aviv, Berlin, Paris, Londres, Jérusalem, Beyrouth, et d’autres lieux moins connus : Simon Lange, lancé dans une quête effrénée à la recherche de ses origines familiales et de sa nature véritable, cherchant à élucider le mystère de la mort de ses parents, puis le mystère pour lequel ils sont morts, passe de lieu en lieu et d’expert en expert pour trouver enfin la vérité. Quelle vérité ? La sienne et également celle des autres, car il s’agit des religions et plus particulièrement, à travers le problème des origines du Coran, de la vérité d’une bonne partie de la population de la planète. Un Coran figé, comme le veut la tradition, une parole divine apparue telle quelle, pleine et entière, au septième siècle de notre ère, ou bien des origines moins caricaturales, plus fines, plus complexes, un véritable héritage des siècles antérieurs ? S’il était une telle vérité, bien peu, dans le monde de la fiction comme dans le monde réel, seraient prêts à l’accepter…

Dès lors – on s’en doute – nombreux sont ceux qui voudraient bien se débarrasser du jeune homme. Lequel, qui ne devrait valoir sa survie qu’à son audace et à sa débrouillardise, constate bientôt que dans l’ombre ne se dissimulent pas que des assassins potentiels, mais aussi des individus qui suivent sa quête et même le protègent. Mais qui peut avoir intérêt à la voir aboutir ? Et, surtout, pourquoi le laisser s’exténuer à chercher une vérité que d’aucuns, sans doute, connaissent déjà, ou tout au moins devinent ? Quelle peut-être l’importance dans tout cela d’un simple individu à la dérive ?

Rebondissements, ambigüités, surprises, pointe d’humour dans les dialogues, retournements de situation : les rituels du thriller se succèdent jusqu’à un final inattendu. Mais « La Porte du Messie » n’est pas pour autant un simple ouvrage de divertissement, comme le prouve la riche bibliographie sur laquelle, avec l’aide de Guillaume Hervieux, Philip Le Roy s’est appuyé pour bâtir son intrigue. (À noter que de telles bibliographies deviennent une mode discutable, ne serait-ce que parce qu’il est rare que les romanciers, tout comme les thésards, aient lu l’intégralité des sources citées ; quant à guider le lecteur de thrillers vers de tels compléments, il faut supposer que celui-ci parle couramment anglais, allemand et latin…) Nazoréens, Esséniens, Sumériens, codex divers, philologues et orientalistes viennent enrichir la trame historique du roman.

Distraction, donc, mais aussi ambition et érudition : en proposant, en même temps qu’un thriller, une manière d’exégèse historique et critique, « La Porte du Messie » prend tout son sens. On lui reconnaîtra le mérite d’inciter le lecteur à réfléchir rien moins que sur les fondements géopolitiques et religieux du présent, et à poser des questions sur les grands courants qui traversent, animent, menacent ou enrichissent notre monde.


Titre : La Porte du Messie
Auteur : Philip Le Roy
Couverture : Rémy Pépin
Éditeur : Le Cherche-Midi
Collection : Thrillers
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 332
Format (en cm) : 14 x 22
Dépôt légal : mai 2014
ISBN : 9782749140001
Prix : 19,50€


Philip Le Roy sur la Yozone :

- Un entretien avec Philip Le Roy
- « L’Origine du Monde »
- « Evana 4 »
- « La Brigade des fous, 1 : Blackzone »
- « La Brigade des fous, 2 : Red Code »
- « La Brigade des fous, 3 : White Shadow »


Hilaire Alrune
3 janvier 2015






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