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Livre de Perle (Le)
Timothée de Fombelle
Gallimard, roman (France), féérie désanchantée, 296 pages, novembre 2014, 16€

Dans le monde des contes de fées, un méchant prince orphelin, jaloux de son jeune frère dont la naissance lui a volé sa mère, va le bannir hors son monde, grâce à un génie des marais.
A la fin des années 30, arrive un jeune homme perdu à la confiserie parisienne Perle. Il ressemble à leur fils trop tôt disparu, M. et Mme Perle le prennent sous leur aile. Vient 39, la guerre, la rumeur : le jeune Joshua disparaît, s’engage. Connaît l’horreur de la guerre, des camps. La fuite, encore. La Résistance.
20, 30 ans plus tard, un jeune garçon, photographe amateur, tombe sur une étrange maisonnette au fond des bois, et son habitant mystérieux autant qu’excentrique. Et dans la maison, des valises, jusqu’au plafond, qui recèlent, enveloppés dans du papier de soie de la confiserie Perle, de drôles d’objets, insignifiants mais chargés de souvenirs...



Tout cela est sur la couverture de Jeffrey Fisher : le conte de fées, la guerre, les valises. Je ne vous ai presque rien dit de plus que ce que vous découvrirez dans le premier quart du livre. Et je n’ai presque pas envie de vous en dire plus, parce que je sais que j’aurai du mal à m’arrêter.

En un mot, ce livre est merveilleux.

J’avais adoré « Tobie Lolness », me fustigeant d’avoir tant attendu, la fin de l’engouement général, pour m’y plonger. De même que je n’ai toujours pas trouvé le temps d’entamer « Vango ».

Lire Timothée de Fombelle, ce n’est pas facile à raconter. L’auteur a son imaginaire bien a lui, et il le prouve une nouvelle fois avec « Le Livre de Perle ». Mais,surtout, il sait générer l’émotion à chaque page.

Trois voix, trois mondes alternent dans cette histoire.
Le livre s’ouvre sur une scène choc, l’exil d’Ilian de l’univers des contes. Une scène d’autant plus violente que nous n’en maîtrisons pas les codes, le paysage ou la dimension des protagonistes présents ou évoqués. Nous reviendrons ensuite sur ce monde de contes, avec la mort de la reine, la naissance du second prince, ses découvertes d’adolescent, sa rencontre avec la fée qui pleurera son départ, et la jalousie mortelle de son frère, le prince Ian.

Après l’exil, la pluie. Une arrivée à Paris d’un être déboussolé, dont nous ignorons encore tous, mais dont le lecteur devine l’origine. Une adoption, de fait. Un semblant de retour à la vie. Et puis la guerre. Les camps. Fombelle évoque sans fard l’horreur du conflit et de l’extermination des Juifs. Tout comme il raconte, ensuite, sans héroïsme la Résistance.
Pour celui qui s’appelle désormais Joshua Perle, l’intermède douillet et protégé de la fabrique de guimauve n’aura pas duré. Il retrouve la violence, pire encore que de là d’où il vient.

Enfin, la troisième voix. La plus subtile, peut-être, car l’auteur emploie cette fois une narration interne. Difficile de ne pas sourire à la confusion auteur-narrateur devant ce personnage de jeune garçon, qui tombe sur un mystère teinté de beauté et de magie, au hasard d’une balade en forêt, courant après l’image d’une nymphe, lui qui fuit un chagrin d’amour. Difficile de plus hésiter lorsqu’en fin d’ouvrage, nous le retrouvons plus âgé, et déterminé à lever le voile sur cette histoire de valises et d’objets incongrus. De le voir se faire enquêteur du dimanche, vite acharné, pour comprendre cette histoire, et l’écrire ensuite.

« Le Livre de Perle », c’est l’espoir. L’espoir que la magie existe toujours en ce monde de violence, de guerre et d’horreur. Et qu’il suffit d’y croire. Ou d’en trouver la preuve.

Parce que ça parle d’amours (fraternel, filial, passionnel, inoubliable), de beauté et de monstruosité, de moments de paix et de périodes de frénésie, d’espoirs déçus, perdus et ravivés, « Le Livre de Perle » m’a pris aux tripes, de plus en plus fort tandis que les fils entrecroisés se resserrent, inexorablement, et qu’on commence à discerner le pourquoi et le comment.
Quand, en une révélation qui tient en deux lignes, on comprend la quête effrénée qui aura occupé Joshua Ilian Perle toute sa vie.
Jusqu’aux retrouvailles finales, au constat, explicite, de cette vie sur les routes du monde, à chercher la porte pour revenir dans le sien. Son abandon. Son ange gardien, la quatrième voix, secrète, de ce livre, dont le récit, filigrane de la vie de Perle, serrera encore plus le cœur.
Car si lui croit avoir tout perdu, elle a tout sacrifié, jusqu’à elle-même, pour lui.

Je le savais, j’en ai trop dit. Ou pas assez, me direz-vous. J’espère. Comme je souhaite que vous n’ayez qu’une envie, ne pas attendre et ouvrir ce « Livre de Perle ». De le lire, pas trop vite, d’en ressentir chaque chapitre comme l’émotion violente qu’il décrit et celle qu’il procure. Car c’est tout simplement une très belle histoire, de celles qui vous marquent longtemps, qui vous laissent des images dignes du cinéma, avec à la réalisation la magie inégalable de deux imaginaires, le vôtre et celui de Timothée de Fombelle.


Titre : Le Livre de Perle
Auteur : Timothée de Fombelle
Couverture : Jeffrey Fisher
Éditeur : Gallimard Jeunesse
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 296
Format (en cm) : 22,5 x 15,5 x 2,5
Dépôt légal : novembre 2014
ISBN : 9782070662937
Prix : 16 €



Nicolas Soffray
16 décembre 2014






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