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Lunatique, la revue des Univers de l’Imaginaire
Collectif, revue littéraire trimestielle
« Éditions Éons, novembre 2005, 9,80 €


Et Jean-Pierre Fontana prit une fois de plus son bâton de pèlerin des littératures de l’Imaginaire pour se lancer dans une entreprise ô combien intéressante : ressusciter « Lunatique », revue mythique de science-fiction, créée par Jacqueline H. Osterrath en 1963 et stoppée en 1973.

Après deux courtes préfaces (Jacqueline H. Osterrath et Jean-Pierre Fontana) qui réussissent à présenter le bébé avec grâce et simplicité en peu de mots, un texte de Claude Dumont, agrémenté de précisions fort utiles de Francis Valéry, vous en apprendra plus sur l’aventure « Lunatique » et sur le rôle que tint cette revue en son temps.

Le présent numéro ne joue pas l’esbroufe, mais permet de se recentrer sur une présentation simple des choses : éditos et introduction de la bête, Nouvelles d’Europe (Allemagne, Russie, Italie), Nouvelles de Francophonie (2 textes), Perle du Passé (Pierre Barbet), un Dossier Jacqueline H. Osterrath (nouvelle plus interview) et Parlons-en (3 textes et un tableau analytique de lecture). Voilà bien une manière claire et directe pour accompagner convenablement le futur lecteur vers l’essentiel dans une grande logique éditoriale.

Dès la page 12, nous entrons dans le vif du sujet avec une nouvelle de l’écrivain allemande Uschi Zietsch, « La Paix Parfaite ». Variation crédible sur une évolution possible de la société humaine contemporaine, le texte s’avère stylistiquement très classique, ce qui ne nuit aucunement à sa lecture (au contraire !). « Une vie qui n’a pas encore eu lieu » de Henri Layon Oldie (pseudo de deux écrivains russes, en fait) est beaucoup plus littéraire et ambitieux. Il a donc les défauts de ses qualités. On accroche ou pas, on entre ou pas dans la petite mélodie présentée.
« Rendez-moi ma douce geisha » de l’écrivain italien Giandomenico Antonioli est, lui beaucoup plus jubilatoire et accrocheur. Le passionné de SF devrait plonger dans ce récit avec grand plaisir pour ce qui est sans doute un de mes deux coups de cœur de ce numéro 69. « Là-Bas » de Xavier Dollo revisite avec un certain charme et pas mal de poésie le mythe du Golem alors qu’arrive enfin « L’amour au creux du temps » de Michel Bassot, œuvre maîtresse immédiatement reconnaissable et qui classe d’emblée son auteur parmi les écrivains à suivre. À ne pas rater donc.
Le texte « Belle Jeunesse », déjà publié en 1967 dans la revue « Mercury » de Jean-Pierre Fontana, permet de lire avec grand plaisir un bon texte SF de Pierre Barbet. Un écrivain français qui fut pendant longtemps le seul à être traduit avec un certain succès aux Etats-Unis et dont le lectorat actuel connaît finalement fort peu de choses. La faute à une œuvre surtout publiée par le défunt Fleuve Noir et à un ostracisme de mauvais aloi.
Arrive ensuite « La Peau de l’Ours », un petit bijou à la fin abrupte et horrifique de Jacqueline H. Osterrath, une marque de fabrique que cette grande dame maîtrise parfaitement et régulièrement dans ses écrits.
Nous en sommes à la page 101 et cette septième nouvelle ouvre sur une passionnante interview de Jacqueline H. Osterrath, prolongée d’un triptyque assez éclairant (textes de Jacqueline H. Osterrath, Jean-Pierre Andrevon et Alain le Bussy) relatant les conventions d’Heidelberg 1970, de Glasgow et Tilff 2005.
« Lunatique Blues » de Pierre Gévart ressemble aux pages des petits carnets, si intimes et personnels, que nous adorons feuilleter. « Nouvelle d’Ailleurs » de Selene Verri dit l’essentiel sur l’actu SF italienne.
Et en guise de conclusion, un tableau de lecture passant au tamis 17 recueils récemment publiés vous permettra de constater qu’il faut lire toutes affaires cessantes le « Fritz Leiber » de Bragelonne, le « Sturgeon » d’Omnibus, la réédition du « Marionnettes Humaines » de Heinlein chez Folio, sans oublier l’anthologie « Les Continents Perdus » de Denoël. Le lecteur richement doté et disposant d’une machine à ralentir le temps, trouvera également d’autres conseils de lectures, moins unanimes mais tout aussi utiles (votre serviteur est aussi dans le coup), avis personnels d’une bien docte assemblée qui lui fait se demander en quoi il mérite bien d’y figurer. Jetez un œil sur les noms des présents et vous comprendrez qu’il en rougisse encore !

Au finish, ce « Lunatique 69 » vous propose pas moins de 135 pages d’imaginaire pour 9,80 €. Éons en est l’éditeur inspiré et vous offre la possibilité d’en télécharger à moindre coût la version informatique (sous pdf ou ebook).
Un bilan plus que positif pour une « nouvelle » revue à qui l’on souhaite le plus beau des succès et un vif soutien de votre part.

Lunatique N°69
Novembre 2005
Nouvelles, textes et essais de :
Jacqueline H. Osterrath, Jean-Pierre Fontana, Claude Dumont, Francis Valéry, Uschi Zietsch (Allemagne), Henri Layon Oldie (Russie), Giandomenico Antonioli (Russie), Xavier Dollo, Michel Bassot, Pierre Barbet, Jean-Luc Blary, Alain le Bussy, Jean-Pierre Andrevon, Pierre Gévart, Selene Verri (par ordre d’apparition).

Illustrateur : Yoz

Prochain numéro : Février 2006, spécial Nathalie Henneberg

Titre : Lunatique
Numéro : 69 (nouvelle série)
Couverture : Yoz
Abonnement : 1 an, 32 euros pour 4 numéros (France et Belgique), autres pays et autres supports (cf. site Internet Éons).
Éditeur : Éons, Château Vallée, 59190 Caëstre
Site Internet Éditeur : Éons
Page Internet revue : « Lunatique »
Pages : 135
Format (en cm) : 13 x 20 x 1,5 (broché)
ISSN : en cours
ISBN : 2 7544 0249 7
EAN : 9 782754 402491

Prix : 9,80 €


Stéphane Pons
13 décembre 2005






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