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Dionysos le Conquérant
Louise Roullier
Les Netscripteurs, roman (France), mythologie réactualisée, 262 pages, avril 2014, 12,50€

Dionysos, vous connaissez, n’est-ce pas ? Le dieu du vin et des fêtes mémorables. Ah là là, ces raccourcis, ces clichés. Mais ce n’est pas que cela : Dionysos, c’est une enfance tragique, une jeunesse protégée, un amour déçu, et des conquêtes militaires qui, comme les conquêtes féminines, sont plus faciles quand le vin coule littéralement à flots !



Après « les Tribulations Amoureuses de Poseïdôn », Louise Roullier, comme elle l’avait promis, s’attaque à Dionysos, à contre-pied. Loin de tomber dans la redite et de nous narrer des bacchanales où les femmes souffrent encore (et toujours) du pouvoir masculin, physique ou moral, elle s’intéresse aux « Dionysiaques » de Nonnos de Panopolis, grande fresque épique dans la lignée d’Homère, qui voit Dionysos conquérir l’Asie, avant Alexandre.

Donc aussi surprenant que cela soit, le dieu des excès sera l’occasion d’un récit guerrier. Comme de juste, et ainsi que fait avec Poséidon, deux parties de récit, comédie et tragédie.

“La croisade alcoolique de Dionysos” va donc réussir l’exploit de désacraliser totalement l’épopée. Dionysos, pas entièrement divin et poursuivi par les foudres d’Héra (comme tout bon bâtard de Zeus), entreprend de gagner sa place sur l’Olympe par un haut fait. Il va donc conquérir de nouveaux territoires et y répandre son culte via sa création : le raisin, et son sous-produit qui tend actuellement à surclasser le traditionnel miel dans les linéaires des échoppes grecques
de l’Antiquité.
Le vin et autres alcools plus forts deviennent donc une arme de conquête, tant pour vaincre l’ennemi que pour le convertir ensuite... eh bien, au vin, justement. Parce que côté militaire, Dionysos, c’est pas les légions disciplinées de l’Inde. C’est plutôt un fatras issu des forêt de sa mémé, son hagiographe de satyre en tête.
Il lui faudra donc beaucoup d’astuce et un peu de chance, plus un coup de main de ses frères et sœurs olympiens quand Héra se mêlera de vouloir faire gagner le camp adverse.
On retrouvera nombre d’anecdotes où la gent féminine, comme dans l’opus précédent, a fort à faire pour éloigner les relous et les barbares, et préserver sa virginité, ses droits et son libre-arbitre.

C’est donc drôle, saupoudré juste ce qu’il faut d’anachronismes pour rendre cela vivant et hilarant. Ce qu’Alexandre Astier a fait à la légende du Graal avec « Kaamelott », Louise Roullier le fait subir à la puissance 10 à la mythologie, la matière initiale, déjà toute en excès de toutes sortes, s’y prêtant parfaitement.

La seconde partie, “Ampélos”, moins importante, fait le contrepoint tragique, comme il était de mise dans l’Antiquité, et revient sur un épisode antérieur de la jeunesse du dieu, vaguement évoqué par le satyre. Premier amour du demi-dieu, liaison difficile entre un être qui se sachant immortel regarde avec un peu de pitié les mortels qui s’ébattent autour de lui, et un jeune satyre, bouillonnant, refusant cette pitié qu’il assimile à du mépris. Mais dès que leur réconciliation, et le début de leur liaison, Dionysos se met à avoir peur, peur pour son impétueux amant, craignant pour sa vie à lui. Que forcément, dans son intrépidité, et un coup de pouce d’Héra, il va perdre, brisant le cœur du dieu. Éveillant sa vengeance, son désir de conquérir sa place sur l’Olympe. D’où la croisade contée avant.

Dans le récit tragique, on appréciera tout particulièrement la pudeur avec laquelle Louise Roullier aborde cette relation physique, charnelle entre deux mâles, dans un contexte où l’homosexualité n’est évidemment pas mal vue. On y retrouve les éléments de toute histoire d’amour : le désir, la passion, la jalousie, la colère. Mais vous pouvez remplacer le jeune dieu et le satyre par deux jeunes hommes d’aujourd’hui, issus de milieux différents, remplacer les bêtes sauvages qui prendront la vie d’Ampélos par tout autre excès ou interdit moderne (au choix : les courses de voitures, les sports toujours plus extrêmes, voire une métaphore de la drogue...), la puissance du récit est là.
Preuve que Louise Rouiller, même si elle prend visiblement plaisir à raconter des bêtises (mais elle le fait consciencieusement), est parfaitement capable de produire une prose forte et émouvante digne de la littérature générale.

Gageons que d’autres aventures divines viendront d’ici quelques temps remplir le panthéon, et notre bibliothèque. Mais c’est comme le bon vin, il faut être patient, la dégustation n’en est que meilleure, et l’ivresse plus agréable.


Titre : Dionysos le Conquérant
Auteur : Louise Roullier
Couverture : Michel Borderie
Éditeur : Les Netscripteurs
Site Internet : page roman (site éditeur), blog spécial Dionysos
Pages : 262
Format (en cm) : 17 x 11 x 2,3
Dépôt légal : avril 2014
ISBN : 9791091736022
Prix : 12,50 €



Nicolas Soffray
9 décembre 2014


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