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YozoneLittérature Critiques

Angor
Frank Thilliez
Fleuve, thriller, 618 pages, octobre 2014, 21,90€

Après « Fractures », après « Le Syndrome E », après « Gataca », après « Atomka », revoilà Lucie Hannebelle et Franck Sharko pour une cinquième enquête (et non pas la quatrième, comme l’annonce une quatrième de couverture légèrement réductrice.) Lucie Hennebelle et Franck Sharko en couple, avec, miracle entre tous les miracles, une nouvelle vie qui démarre : deux jumeaux sont en effet nés de leur rencontre, qui font leur bonheur et leur donnent à voir une facette de l’humanité moins délétère que celles auxquelles leur métier les a accoutumés. Mais, on le devine, les biberons, ça va un moment : lorsque l’on porte en soi l’instinct du prédateur, lorsque l’on a, gravés en soi par des années de travail, les réflexes de l’enquêteur, il est impossible de ne pas se jeter sur la première affaire d’envergure qui s’annonce. Une affaire qui à vrai dire est de très grande envergure.


«  Sa vie, c’étaient des tranches de muscle cardiaque entre des lamelles et des clichés de poitrails sur des surfaces rétroéclairées . »

Camille est flic dans le Nord. La fée ne s’est pas vraiment penchée sur son berceau quand elle était petite. Malformation cardiaque, enfance passée dans les hôpitaux, puis greffe. Abonnée, dit-elle, aux faibles probabilités, elle n’a pas plus de chance pour autant. Des visions étranges, des envies qui ne sont pas les siennes. Le cœur qui lui a été greffé pourrait-il lui transmettre, sinon une personnalité nouvelle, des souvenirs ? Elle mène une quête acharnée, découvre que son cœur est celui d’un tueur. Qui va faire une victime de plus, elle-même : elle est victime d’un rejet de greffe et, appartenant à un groupe tissulaire rare, n’a aucun espoir de pouvoir bénéficier d’une nouvelle opération.

«  Tuer, corrompre, considérer la race humaine comme ce qu’elle est réellement : un troupeau de bestiaux qui méritent d’être abattus comme de vulgaires porcs.  »

Ailleurs, Franck Sharko, Lucie Hennebelle et leurs associés font une série de découvertes hideuses. Des jeunes filles séquestrées, manifestement traitées comme du bétail. Une femme fascinée par les tueurs en série, qui se livre à un étrange commerce. Un flic qui, avant d’être abattu au cours d’une interpellation banale dans l’exercice de ses fonctions, semblait lui aussi fasciné par le mal. Un journaliste spécialisé dans les bas-fonds de l’âme humaine et par les exactions les plus immondes, et qui, pour une raison inconnue, avait investigué sur ledit flic, retrouvé mort, torturé, énucléé. Quels peuvent être les liens entre toutes ces affaires ?

«  À l’observateur de chercher, de faire le lien, de saisir la substance même de l’image pour palper l’horreur du monde. De notre monde.  »

C’est dans la fusion entre les deux quêtes, entre les deux enquêtes, celle en solo de Camille et celle de Sharko et Lucie, que les réponses, peu à peu, vont faire surface. Les réponses, mais aussi de nouvelles horreurs, de nouveaux trafics, de nouvelles épouvantes. Une enquête désormais commune qui va conduire les investigateurs dans des méandres complexes qui finiront par confluer pour atteindre de nouveaux sommets dans l’horreur. Une enquête qui va s’inscrire dans les abominations commises sous la dictature franquiste en Espagne et la dictature militaire en Argentine. Des horreurs et des trafics qui n’appartiennent pas qu’à l’histoire récente, mais perdurent encore de nos jours.

«  Nous, les flics, on est des hamsters qui courent dans des roues. On s’arrête de temps en temps pour décortiquer une petite graine, on l’avale et on se remet à courir . »

Un thriller de plus consacré au Mal. Il était inévitable qu’il y ait, dans ce roman dense et touffu, quelques redites propres au genre. Ainsi, par exemple, la scène où l’enquêteur vient interroger en prison un célèbre tueur en série : une scène qui depuis « Le Silence des agneaux » est devenue un véritable rituel, reprise et déclinée à l’infini. Certains auront le plaisir d’en trouver dans « Angor » une nouvelle variante, d’autres, peut-être, s’irriteront de ce cliché. Autre exemple, le « Marché interdit » mis en scène par Frank Thilliez n’est pas sans évoquer un autre marché sinistre, la « Cour des miracles » de l’underground new-yorkais décrit dans « Maléfices  » par Maxime Chattam (lui aussi membre d’une « Ligue de l’imaginaire » au sein de laquelle il n’est pas étonnant de retrouver les mêmes gènes), épisode qui, en levant de manière inévitable la nécessaire suspension d’incrédulité (comment être sûr que les articles proposés sont bien… etc.) bute sur le même écueil. À la décharge de Franck Thilliez, notons que des impressions de déjà-vu sont inévitables sur de telles thématiques, et l’on peut aussi considérer de telles redites comme des hommages aux prédécesseurs.

Mais pour l’essentiel, « Angor » atteint parfaitement son objectif. En n’abordant qu’avec prudence, et de manière tangentielle, la théorie de la mémoire cellulaire (qui, sur le plan scientifique, est difficilement argumentable), en mêlant avec soin Histoire et fiction, en multipliant les protagonistes, en nourrissant constamment son récit avec un souci manifeste de cohérence, Franck Thilliez parvient à tisser une histoire à la fois complexe, astucieuse et solide et qui évite le piège des invraisemblances énormes que l’on ne voit que trop souvent dans les thrillers. Certes, nos enquêteurs sont bien les seuls à ne pas avoir deviné dès le départ le véritable motif des enlèvements, mais ils sont pris dans une telle spirale de découvertes et à tel point pressés par le temps – le suspense est constamment présent – que le lecteur, s’il a de son côté subodoré dès le début du récit le destin final des jeunes filles, ne voit pas passer les six cents pages.

Si l’on ne sent pas le temps s’écouler en lisant « Angor », c’est aussi parce qu’une fois de plus Franck Thilliez compose un équilibre harmonieux entre aspects humains et sordides, entre psychologie et action, entre quotidien et mystères. Il sait ancrer son récit dans le monde réel, s’y entend pour faire rebondir son intrigue, et remonter la tension. S’il égratigne au passage Justin Bieber ou « Cinquante nuances de Grey », il rend par ailleurs hommage à Stéphane Bourgoin et Maurice Leblanc, dénonce quelques horreurs déjà oubliées de l’Histoire, ou, de manière plus contemporaine, le culte rendu par certains aux serial-killers, ainsi que l’innommable commerce des murderabilia. Quant à la théorie des « cercles du mal », sorte de cible de l’ignominie pour détraqués et morbides, qui cherchent à tout prix à entrer dans le cercle central tant convoité, elle est aussi là pour terminer « Angor  » sur une fin ouverte. Il existerait des individus pires encore que ceux que l’enquête a permis de découvrir. Voilà qui promet sans doute une nouvelle aventure à venir pour Lucie Hennebelle et Frank Sharko… mais combien de temps le lecteur devra-t-il attendre ?

Texte - 406 octets
Coquilles Angor

Titre : Angor
Auteur : Franck Thilliez
Couverture : Axel Mahé / Didier Cohen
Éditeur : Fleuve
Collection : Fleuve Noir
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 618
Format (en cm) : 14 x 22,7 x 4
Dépôt légal : octobre 2014
ISBN : 978-2-265-09869-5
Prix : 21,90 €



Franck Thilliez sur la Yozone :

- « Atomka »
- « Puzzle »
- « Vertige »
- « La mémoire fantôme »
- « L’anneau de Moebius »
- un entretien avec Frank Thilliez



Hilaire Alrune
17 octobre 2014







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