YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire


BD
Brèves
Albums
Comic-books
Mangas
Intégrales
Dossiers
Agenda
Archives
Cinéma
Annonces
Brèves
Critiques
Dossiers
Extraits
Interviews
Making of
Imagin'Arts
Brêves
Chronic'Arts
Archives
Littérature
Brèves
D&D
Critiques
Jeunesse
Dossiers
Télévision
Brèves
Séries TV
Dossiers
DVD
Cinéma
Séries TV
Japanimation
Game Zone
Brèves
Jeu vidéo
Jeu de Rôles
Figurines
Kiosque
Divers
Yo-Sphère
Rédaction
Liens
Partenaires

Contact
RSS - XML
Suivre yozoneFR sur Twitter



RSS XML
Add to Netvibes Add Google Add to Yahoo
Visiteurs

54 visiteurs en ce moment


YozoneLittérature Critiques

Moi, Lucifer
Glen Duncan
Gallimard, Folio SF, roman (Grande-Bretagne), monologue hallucinant, 349 pages, décembre 2013, 7,90€

Lucifer, le déchu, se voit offrir une opportunité de rédemption : contre un mois dans la vie d’un mortel, il pourra remonter Le rejoindre.
Lucifer accepte. Mais pas pour rentrer à la maison, oh non ! juste pour mettre un peu plus le boxon, et apprécier les plaisirs de la vie charnelle durant 30 jours.
Incarné dans un écrivain raté et grassouillet, Declan Gunn (qui vient juste de se trancher les veines dans son bain), il use et abuse (discrètement) de ses pouvoirs pour se rendre la vie plus cool (avec un compte en banque à six chiffres, déjà, et des costumes dignes de ce nom) et se lance dans l’écriture. D’abord, avec le soutien d’une productrice destinée aux flammes éternelles, il pond le scénario du film du siècle : la Vraie Histoire de la Chute.
Mais surtout, pour nous lecteurs, il nous raconte tout, la vérité vraie sur la Création et son bannissement. Parce que dans cette affaire c’est quand même lui la victime. Et depuis le temps, il a pris goût à sa tâche, nous détourner de Dieu, qui n’est pas vraiment le gars sympathique.


Glen Duncan a écrit « Moi, Lucifer » comme un long monologue, une interminable confession de celui que les Anges appellent Satan. Il en profite pour faire le point sur lui-même, balayer les clichés et les contre-vérités sur sa personne et les Enfers (un club de vacances comparé au Paradis), raconter comment Tout a commencé, et régler une partie de ses comptes avec Le Vieux Barbu.

Tout en profitant de la vie physique.

Cela fait beaucoup, surtout que Lucifer est le roi de la digression dans la digression. 350 pages, d’une traite ou presque, où il passe d’un sujet à l’autre, et saupoudre le tout de petites anecdotes plus ou moins en rapport, revient sur des trucs qu’il avait oublié de nous expliquer, ou détaille des choses qui serviront par la suite.

Le fouillis produit, rehaussé de la truculence de Lucifer, pourra en perdre quelques-uns, tant on peut passer en un clin d’œil du récit réel de la Création et de la Chute (une petite connaissance des événements est un plus, mais n’allez pas vous inscrire au catéchisme pour cela) à la version cinéma qu’il développe pour Hollywood, ou aux petites misères passées de la vie quotidienne de Declan Gunn qui reviennent hanter sa nouvelle vie de fêtes, d’alcool et d’autres substances.

Lucifer a un mois pour tout expérimenter. Pour enfin goûter à la vie de cette race que Dieu a préféré à ses anges. Il adore le silence, les crèmes glacées, des drogues plus puissantes à ses sens que la coke ou la vodka. Et les sentiments ! Bon sang, les errances amoureuses de Declan (entre son ex qui l’a brisé et une petite amie nympho et arriviste), si elles foutent un peu le bazar dans son planning, en deviennent même une source d’expériences stimulantes ! Lucifer, par jeu, fait presque de ce pauvre type un mec bien.

Mais bon, toutes ces incartades sont loin du mois de rédemption que Michel, Gabriel et leurs potes coincés de l’auréole avaient prévu. Ressortant cuirasses et lances, ils viennent lui souffler un peu dans les bronches, et ça fait un peu mal à l’incarné. Ah, mais les pauvres, s’ils savaient que Lucifer ne fait pas que révéler la vérité aux humains... Car tout cela fait aussi partie d’un plan plus vaste pour Lui botter les fesses.

Tantôt d’un humour grinçant, tantôt truculent au fil d’anecdotes guère légendaires et de désacralisation des grandes figures angéliques, parfois d’une tristesse désabusée devant ce que nous faisons de notre si riche humanité, « Moi, Lucifer » est une œuvre à tant de facettes qu’il sera difficile de l’apprécier immédiatement et en totalité. Au plaisir immédiat de la lecture de certains passages savoureux s’ajoutera plus tard la vision globale, complexe, de ce mélange chaotique où les larmes affleurent souvent sur un vernis de sarcasme, de distance et d’humour noir.


Titre : Moi, Lucifer (I, Lucifer, 2002)
Auteur : Glen Duncan
Traduction de l’anglais (Grande-Bretagne) : Michèle Charrier
Couverture : Bastien Lecouffe Deharme
Éditeur : Gallimard (édition originale : Denoël, Lunes d’encre, 2011)
Collection : Folio SF
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 468
Pages : 349
Format (en cm) :
Dépôt légal : décembre 2013
ISBN : 9782070456208
Prix : 7,90 €




Nicolas Soffray
1er juillet 2014







JPEG - 13.1 ko