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Georges & Tchang - Une histoire d’amour au XXème siècle
Laurent Colonnier
Glénat - 12 BIS

1934, à Bruxelles, Hergé travail sur son prochain album qui se passera en Chine. Il a 27 ans, marié avec sa première femme (Germaine Kieckens) et travaille comme illustrateur dans un supplément jeunesse pour un journal catholique. Léon Gosset, aumônier des étudiants chinois de l’université de Louvain, lui fait rencontrer Tchang Tchong-jen (Zhang Chongren) afin qu’Hergé décrive une Chine plus réaliste. Tchang est né le 27 septembre 1907 à Xujiahui dans la banlieue de Shanghai, Georges Rémi est lui né, le 22 mai 1907, il n’y a donc que quelques mois qui séparent les deux jeunes hommes. Arrivé en 1931, il est venu en Belgique suivre des cours à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles.



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Sa participation sur « Le Lotus bleu » fut essentiellement documentaire, mais il modifia aussi la méthode de travail d’Hergé, méthode que le dessinateur pérennisera par la suite dans ses autres albums. Tchang interviendra sur les affiches écrites en mandarin présentes dans l’album, elles sont pour la plupart des slogans dénonçant l’impérialisme japonais. Pour rappel, le Japon, dans une politique d’expansion, avait envahi la Mandchourie chinoise en 1931. L’invasion démarre à la suite d’un attentat (Incident de Mukden) sur une section d’une voie ferrée japonaise dans cette région. Celui-ci fut probablement planifié par les Japonais eux-mêmes, leur donnant le prétexte d’une invasion immédiate de la province. Ce passage est évoqué dans l’album (page 21 et 22). Au fil de leur échanges, Tchang devient donc une doublure de papier du vrai Tchang. Il fut le héros d’un autre album : « Tintin au Tibet » (1960). Victime d’un incident d’aviation dans l’Himalaya, Tchang, seul survivant, est recueilli par le yéti. Tintin, convaincu de retrouver son ami vivant, part à sa recherche. En 1936, Tchang rentre en Chine, il ne retrouvera Hergé que le 18 mars 1981, 46 ans après leur séparation.

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Le point de départ de ce biopic romancé, provient d’une interview réalisée le 8 octobre 1973 dans l’émission « Ouvrez les guillemets » présentée par Bernard Pivot (vous pouvez consultez l’émission sur le site de l’INA). En s’exprimant sur son album, « Tintin au Tibet », Hergé se reprend sur un mot et change le mot amour à peine prononcé en celui d’amitié, lapsus révélateur ? Je ne polémiquerais pas sur ce sujet, mais à l’heure de la manif pour tous et de la polémique sur les genres, je trouve l’idée plutôt séduisante. Loin de l’image d’un Hergé statufié et mis sous cloche, la liberté qu’a prise Laurent Colonnier redonne un éclairage plus humain du créateur de Tintin. Bien sûr, il y avait le piège de tomber dans une caricature facile, mais l’auteur a su l’éviter adroitement. L’idée du récit, quoique surprenante au départ, trouve peu à peu sa place pour finir presque naturellement pas s’imposer. Il y a une progression dans les sentiments d’Hergé, une communion qui au départ ne semble que d’esprit et se transforme petit à petit en corps. L’intensité de cette relation intellectuelle sublimant la relation amoureuse est à l’instar d’Étienne de La Boétie et de Michel de Montaigne : « si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi ». J’ai été, par contre, beaucoup moins sensible à la dimension politique et manipulatrice du récit.

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Côté dessin, l’utilisation du noir et blanc amène une sobriété de bon ton. La finesse du trait réaliste renforce l’attachement au récit. Ici pas de graveleux, juste de l’humanité. L’ouvrage, parsemé de références aux différents albums de Tintin, fait des clins d’œil aux tintinophiles.

Laurent Colonnier, né le 31 janvier 1967 à Paris, est un dessinateur de presse, réalisateur de dessins animés, illustrateur et auteur de bandes dessinées. Il a travaillé pour Marianne, Le Point, Télérama ou Le nouvel Observateur. Il a été également chanteur.

« Tout est vrai, tout est faux, tout est vraisemblable, tout est faux-semblant » (Laurent Colonnier).

PS : Suite à un redressement judiciaire, le jeudi 6 septembre 2013, l’éditeur Glénat reprend l’ensemble du catalogue des éditions 12Bis, à l’exception toutefois des droits sur les ouvrages de François Bourgeon qui sont repris par Delcourt.


Georges et Tchang- Une histoire d’amour au XXème siècle
- Scénario : Laurent Colonnier
- Dessin et couleurs : Laurent Colonnier
- Éditeur : Glénat
- Collection : 12bis
- Dépôt légal : 31 octobre 2012
- Pagination : 72 pages
- Format : 215 x 293 mm
- ISBN : 978-2-35648-378-2
- Prix : 12 €


©12 bis édition 2012


arjulu
22 mai 2015






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