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Bifrost n°73
Rédacteur en Chef : Olivier Girard
Revue, n°73, science-fiction, nouvelles – articles – entretien - critiques, janvier 2014, 192 pages, 11€

Ce trimestre, H.P. Lovecraft est au centre de ce « Bifrost ». C’est un écrivain pour lequel il y a bien des idées reçues, notamment le désigner par le reclus de Providence. On lui prête aussi l’invention de nombre de dieux ou d’œuvres maléfiques, alors qu’une partie provient d’auteurs qui se sont jetés dans la brèche de son imaginaire, August Derleth en tête.



En charge de ce dossier, Bertrand Bonnet essaie de cerner la vie de Lovecraft, mais il n’est pas facile de balayer tout ce que l’on a toujours cru acquis sur lui. Il nous parle aussi de ses influences, de la réception critique de son œuvre en France, ainsi que des livres maudits évoqués et qui ont vu le jour sous une autre plume, perdant ainsi leur aura de mystère et de terreur.
D’autres collaborateurs l’assistent pour nous offrir un excellent et complet dossier sur le reclus de Providence... quoique, cette affirmation n’est pas très vraie, disons donc sur le créateur de Cthulhu.
À bien y regarder, on remarquera néanmoins que le dossier tourne beaucoup autour de Lovecraft, car il traite de ses précurseurs qui l’ont plus ou moins inspiré, de livres écrits par d’autres que l’imaginaire de Lovecraft a frappé... Cela n’entache en rien l’ensemble qui balaye bien le sujet et évite ainsi une lourdeur qui aurait peut-être été de mise en se concentrant sur le seul écrivain.

Sur les quatre nouvelles au sommaire, deux sont d’inspiration lovecraftienne, celles de Thomas Day et de China Miéville.
Thomas Day nous amène dans une demeure isolée aux alentours de Forbach, ville qui donne le titre à cette histoire intelligemment contée à rebours, ce qui lui conserve une grand part de mystère. S’il l’avait présentée chronologiquement, elle aurait perdu quasi tout son intérêt.
La petite amie de l’héritier disparu se rend dans une grotte dont elle a appris l’existence dans une lettre, lettre dont la teneur ne sera dévoilée que lors de sa rédaction. La caverne abrite une menace...
Ambiance plombée par ce qu’abrite le sous-sol du terrain de la demeure, récit présenté de façon à lever le voile petit à petit, “Forbach”, une réussite de plus à mettre à l’actif de Thomas Day.

Une femme vit recluse dans un appartement. Tous les mercredis, un garçon s’y rend pour lui amener à manger, lui faire la lecture... sans franchir le seuil de la porte. Un jour, elle lui révèle pourquoi elle passe ses journées dans un cocon blanc. “Les détails” s’avère subtil, la femme cherche justement à les gommer, car l’indicible peut se cacher partout !
China Miéville parvient à nous surprendre, à nous mener sur un chemin que nous n’attendions pas et au fort pouvoir évocateur. Très belle performance.

Une épouvantable odeur de Lavande” de Claude Ecken nous parle du pouvoir des odeurs. Un homme se réveille dans un hôpital, il est blessé et a perdu la mémoire. Une olfactothérapeute va l’aider à la recouvrer. Sur la distance, la conclusion perd un peu de sa force, car cette alternative se renforce au fur et à mesure, mais l’angle d’attaque de la nouvelle est suffisamment intriguant pour nourrir notre intérêt jusqu’à la fin.

Géomorpho” de Céline Zufferey n’est pas sans évoquer un jeu pour bébé afin de stimuler la reconnaissance des formes en devant les passer dans des trous adaptés à chacune d’elle. Sauf que l’auteure a l’imagination plus perverse que cela. Elle imagine des appendices sexuels présentant justement des formes... Non dénué d’humour et me faisant d’ailleurs penser à un dessin de Gotlib, sans toutefois atteindre l’imagination délirante et mal tournée de Marius Mars (« Brins d’Éternité n°32 ») ou Vanessa Vénus (« Brins d’Éternité n°33 »), ce court texte séduit par l’idée décalée qui y est traitée. Comme elle parvient aisément à la mener à bon terme, ce n’en est que plus prenant.

Assisté de Jean-Sébastien Steyer, le professeur Lehoucq démontre toute l’absurdité des jaegers et kaijus du film « Pacific Rim » de Guillermo Del Toro.
Et dorénavant, le premier numéro de l’année sera l’occasion d’annoncer les résultats du Prix des lecteurs de « Bifrost ».

Un très bon numéro de « Bifrost », dominé par la présence de Lovecraft à travers un excellent dossier et deux très bonnes nouvelles d’inspiration lovecraftienne.


Titre : Bifrost
Numéro : 73
Rédacteur en chef : Olivier Girard
Couverture : Nicolas Fructus
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, nouvelles, entretien, etc.
Sites Internet : le numéro 73, la revue (Bifrost) et l’éditeur (Le Bélial’)
Dépôt légal : janvier 2014
ISBN : 978-2-913039-70-4
Dimensions (en cm) : 14,9 x 21
Pages : 192
Prix : 11€



François Schnebelen
16 février 2014






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