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Effacée, tome 1
Teri Terry
La Martinière, Fiction J., roman traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), anticipation sociale, 379 pages, juillet 2013, 15€

Au milieu du XXIe siècle, en Angleterre, les délinquants juvéniles et autres criminels mineurs sont Effacés : leur mémoire est remise à zéro, leur agressivité annihilée. Ils redeviennent des bébés béas. Au poignet, un Nivo, qui contrôle leur état d’esprit : si leur moral baisse trop, ils risquent le coma.
Kyla vient d’être effacée et rééduquée. Mais tout juste sortie de l’hôpital et placée dans une famille, elle sent bien que tout n’est pas normal : ses cauchemars continuent, et ils semblent si réels qu’il pourrait s’agir de souvenirs.
Et pourquoi est-elle moins béate que les autres ?
Pourquoi n’a-t-elle pas perdu son niveau scolaire, ni son talent pour le dessin ?
Pourquoi a-t-elle l’impression que rien ne va autour d’elle ?
Mais à chaque fois qu’elle pose des questions, la menace d’un nouvel Effacement plane...
Puis ce sont ses proches qui commencent à disparaître, emportés par les Lorders, cette police qui contrôle tout et tout le monde...



Je suis tenté de ne pas vous en dire beaucoup plus, car « Effacée » m’a franchement conquis.
Raconté à la première personne par Kyla, à partir de sa sortie de l’hôpital, le roman plonge le lecteur dans le même nouveau monde que celui que son héroïne (re)découvre jour après jour.

On ne sait rien de son passé (c’est le but de l’Effacement), ni du passé en général. Quelques informations historiques sont distillées çà et là : l’Angleterre a subi une grande réforme suite à des attentats, et dans un objectif de « plus jamais ça » le parti au pouvoir, avec l’Effacement, offre une seconde chance aux jeunes criminels, plutôt que la mort ou la réclusion. Kyla vit chaque jour avec cette idée : avant, elle a fait du mal ; c’est sa seconde chance, probablement la dernière. On apprend toutefois que l’Effacement peut être demandé volontairement par des ados ayant subi un traumatisme.
Est-elle donc victime ou coupable ?

La principale inquiétude de Kyla est de faire bonne figure et de ne pas trop penser à tout cela, car cela signifie une chute de son Nivo, un risque de perdre connaissance et d’être renvoyée à l’hôpital. Or elle tient à cette liberté retrouvée, malgré toutes ces interrogations incessantes.

Et il y a Ben, un beau garçon avec qui elle va courir, car se dépasser physiquement produit de l’endorphine, l’hormone naturelle du bonheur. Mais voilà, on lui serine qu’elle est encore trop fragile émotionnellement pour fréquenter un garçon... alors qu’elle voit bien, sur son Nivo, que cela ne lui fait pas de mal !

Au-delà d’un schéma adolescent classique (la mémoire n’est rien, l’instinct fait beaucoup dans les relations amoureuses), « Effacée » fait la part belle au mystère, avec une société autoritaire, où les Lorders sont omniprésents et omnipotents, où les proches de Kyla sont emmenés on ne sait où (mais on se doute) dès qu’ils émettent la moindre critique. Kyla rencontre un dissident, membre des groupes que les Lorders qualifient de terroristes, qui lui parlent d’un fichier des personnes effacées, et d’un monde sans Nivo...

Par de nombreux aspects, « Effacée » m’a rappelée le monde tout aussi totalitaire et inhumain de « La Déclaration » de Gemma Malley, publié chez Naïve, où les enfants nés en dehors des lois sur les quotas de population sont élevés en orphelinat et destinés à une vie d’esclave-domestique.
Si dans le roman de Teri Terry on donne une vraie seconde chance aux enfants « égarés », c’est bien toute la société qui est malade. Du moins on se l’imagine, car le seul regard de Kyla dans cette histoire laisse beaucoup de zones d’ombre : entre les passe-droits de ses parents et le très faible nombre d’adultes présents dans cette histoire, la société anglaise de 2054 est assez floue. Sans doute en apprendrons-nous plus par la suite...

Car oui, et hélas pourrais-je presque dire, c’est un tome 1 !
Il va donc falloir attendre pour voir levés bon nombre de mystères !
Bon, la bonne nouvelle, c’est que le tome 2 (« Fractured » en VO) est sorti en avril en anglais, donc la traduction ne devrait pas tarder, et le 3 (« Shattered ») est daté pour avril 2014. Tout ça est sur le site de l’auteure avec les couvertures originales classiques et percutantes. Mais là où la VO joue la rébellion, le concept de l’édition française est certes plus délicat mais émotionnellement plus puissant, et représente mieux l’état d’esprit général de Kyla. La rébellion ne viendra qu’en fin de volume.

J’espère juste que ce thriller dystopique adolescent ne s’étalera pas trop (la trilogie approchera les 1000 pages), car si le rythme de ce premier tome va lentement crescendo, une fois la machine lancée, les choses ont tendance à inévitablement s’accélérer...


Titre : Effacée (Slated, 2012)
Série : Effacée, tome 1/3
Auteur : Teri Terry
Traduction de l’anglais (Grande-Bretagne) : Maïca Sancole
Couverture : Guido Meith / Getty Images
Éditeur : La Martinière
Collection : Fiction J.
Pages : 379
Format (en cm) : 15 x 22 x 3
Dépôt légal : juillet 2013
ISBN : 9782732456041
Prix : 15 €


Une seule bizarrerie relevée : les parents de la camarade de Kyla s’appellent West, mais son oncle s’appelle Best. Coquille ?

La chronique du tome 2 : « Fracturée »


Nicolas Soffray
5 novembre 2013


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