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Aubes trompeuses
Jean-Pierre Andrevon
La Clef d’Argent, KholekTh, nouvelles (France), fantastique, 144 pages, août 2014, 12€

Jean-Pierre Andrevon nous revient avec un recueil de science-fiction pessimiste. Bon, je ne vous apprends rien, à le lire on aura compris depuis longtemps que l’auteur n’est guère optimiste concernant notre avenir. Avec ces quelques textes écrits durant ces vingt dernières années, et probablement passés inaperçus même des aficionados tant les publications originales sont variées, Andrevon nous emmène dans des futurs qui déchantent, mais tantôt avec sa gouaille et une bonne dose d’humour, tantôt avec une poésie qui illumine tout.



Allez, classons un peu : “Némésis”, “Dernier appel pour le vol Transatlantic 2026”, “Je ne mourrai jamais” et “Aube trompeuse” entent dans la catégorie des nouvelles grinçantes et noires. Dans “Némésis”, un homme pervers erre dans une ville presque abandonnée, prenant son pied, ou essayant, en tuant les rares survivants rencontrés. “Dernier appel pour le vol Transatlantic 2026” décrit un avenir sans pétrole, dans la veine écolo de l’auteur, mais là encore le pessimisme noie tout, avec une vision de la France redevenue sauvage et le périple d’un scientifique qui pourrait changer les choses... Si la Nature ne l’en empêche pas. La Nature qui se révolte contre les catastrophes humaines, un thème récurrent chez Andrevon. “Je ne mourrai jamais” explore les possibilités du réseau, ses excès, tout cela grâce au fric encore et toujours omnipotent. Enfin, “Aube trompeuse” est un cauchemar, avec des humains traqués dans les ténèbres par des monstres mécaniques, vision entre des Morlocks mécaniques et la réalité de « Matrix ».

Bon, voilà pour les textes qui filent le bourdon, et parfois la nausée. Très immersifs, trop, car Andrevon sait nous glisser dans la peau des pires tordus autant que brosser un paysage apocalyptique de la France ou du monde.

Heureusement, si j’ose dire, Andrevon sait faire la même chose en rigolant. “Boulot... Boulot !” narre la folle journée d’un dépanneur qui court la planète et la sauve toutes les heures. Mais c’est juste pour s’occuper... “Solidarité” est une belle histoire : après un accident sur une station spatiale, chaque membre de l’équipage donne un bout de lui pour « reconstruire » celui qui par son sacrifice a empêché la catastrophe. Qui une main, qui une jambe, qui un poumon... Et le grand Black, il donne quoi ? Andrevon n’est jamais contre un peu de piquant, rien de vulgaire, juste une petite allusion.

Enfin, les plus beaux textes commencent avec le déroutant “Il se sent bien”, et un voyage en train qui se transforme en voyage dans le temps à contre-courant, “Le jardin extraordinaire” est une ode à la musique française, avec un personnage, cloîtré dans son appartement, qui s’immerge dans les archives 3D consacrés à ces artistes oubliés que sont Brel, Brassens et leurs contemporains... jusqu’à ce que le monde de dehors s’effondre. Et lui... part.
Enfin, “Les ailes ne poussent qu’une fois” pourrait, au premier degré, passer pour un texte sur l’immigration et ses dangers, puisqu’on suit une famille aux prénoms nord-africains qui grossit, grossit, s’enrichissant d’enfants comme autant de nouveaux bonheurs tandis que dehors le travail manque et la misère guette. Mais Jean-Pierre Andrevon signe là un texte solaire, qui parle de l’humanité toute entière, comme aux mythiques premiers temps, en une grande métaphore de l’Histoire du Monde, assortie d’un impérieux mais logique avertissement.
Parmi les multiples météorites de ce recueil, empreintes de violence et de peur, ce texte-là est sans conteste le plus beau.

Encore une fois, Jean-Pierre Andrevon n’a rien à prouver, ni son talent, ni son engagement, et cet excellent recueil tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme d’un futur plutôt sombre qui se rapproche à grands pas. Quelle sera la place de l’Homme, dans un univers où la diplomatie internationale, à coups de bombes, limitera les velléités de promenades de ceux que la pénurie d’hydrocarbures n’aura pas cloué chez eux et branché au réseau 24h/24 ?
Avec une pointe de nostalgie, profitons du passé, l’avenir arrivera bien assez tôt.


Titre : Aubes trompeuses (nouvelles)
Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Nouvelles :
- Némésis
- Il se sent bien
- Le jardin extraordinaire
- Boulot... Boulot !
- Solidarité
- Dernier appel pour le vol Transatlantic 2026
- Je ne mourrai jamais
- Les ailes ne poussent qu’une fois
- Aube trompeuse
Couverture : Jean-Pierre andrevon
Éditeur : La Clef d’Argent
Collection : KholekTh
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 27
Pages : 144
Format (en cm) : 17,5 x 11 x 1,2
Dépôt légal : août 2014
ISBN : 9791090662216
Prix : 12 €



Nicolas Soffray
17 septembre 2014






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