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YozoneLittérature Critiques

Algébriste (L’)
Iain M. Banks
Le Livre de Poche, n°32985, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), science-fiction, 789 pages, mai 2013, 8,10€

La Mercatoria : un empire humain qui, grâce à la très coûteuse technologie des trous de ver, a peu à peu essaimé à travers la galaxie. Si l’humanité spatiale a quelques milliers d’années d’existence, elle est confrontée à nombre d’espèces pensantes bien plus anciennes : Cincturias, Quantarchs, Ythyns, et bien d’autres. Et tout particulièrement les Habitants, qui ont colonisé une à une toutes les géantes gazeuses et représentent une civilisation vieille de plusieurs milliards d’années. Des individus fantasques, capricieux, volubiles, excentriques. Une civilisation, ou peut-être une absence de civilisation, totalement incompréhensible. Mais, avec une ancienneté aussi impressionnante, des archives forcément emplies de trésors. Fassin Taak, un humain, fait partie des Voyants : il est accepté parmi les Habitants et se livre avec eux aux échanges d’informations.


Un contexte complexe

Mais le contexte global est moins paisible. La Mercatoria, depuis des milliers d’années, est harcelée par les Dissidents et les Déconnectés du culte des Affamés. Des attaques sporadiques, sans stratégie décelable, incapables d’ébranler la toute-puissante Mercatoria mais responsables d’un grand nombre de victimes et de dégâts considérables. Un harcèlement continu, sur ses marges, que la Mercatoria nomme le Bourdonnement. Mais un bourdonnement qui n’est pas toujours à bas bruit : quand les Dissidents parviennent à détruire le portail d’un trou de ver, ils isolent un système entier pour des décennies, sinon des siècles, imposant à la Mercatoria d’en apporter un nouveau à vitesse infra-luminique. Une débauche de coûts et d’énergie considérable, même à l’échelle de cet empire.

Une vieille légende, un poème épique

Les trous de ver sont à tel point cruciaux qu’une vieille légende court dans l’espace. Les Habitants auraient eux aussi, dans leur longue histoire, maîtrisé cette technologie. Et ils auraient mis en place un réseau de trous de ver en nombre infiniment supérieur à ceux que sont parvenus à construire les humains. L’espèce qui trouverait leurs coordonnées s’assurerait la maîtrise de la galaxie. Mais l’essor des Habitants a été infiniment lent : une telle fable apparaît donc peu vraisemblable. Une liste de coordonnées de portails circule, la fameuse « Liste », qui ne mène strictement à rien. Mais il existerait une clef, une équation qui à partir de cette liste mènerait aux véritables emplacements.

« Il y est question de mathématiques, de la navigation comme une métaphore, de devoir, d’amour, d’attente, d’honneur, de longs voyages de retour. Ce genre de choses. »

C’est en marge du second volume d’un ancien poème épique nommé L’Algébriste, obtenu par Fassin Taak auprès des Habitants, qu’est découverte la mention de cette clef. Cette clef figurerait dans les volumes un et deux, auxquels Fassin n’a jamais eu accès, mais qu’il lui suffirait peut-être de demander à Valseir, son correspondant parmi les Habitants. Mais, dès lors, la mécanique s’emballe, et toutes les forces en présence convergent bientôt vers le système d’Ulubis, là où Fassin essaie tant bien que mal de mener son enquête.

Une odyssée ambitieuse

Le lecteur trouvera donc dans « L’Algébriste  » son lot d’aventures et de péripéties, d’espionnage, de combats spatiaux, d’espèces effarantes, de personnages excentriques, de religions bizarres, de révélations inattendues, de surprises finales, de mystères enfin résolus. Mais apparaît aussi, comme souvent chez Banks, à travers la mise en scène des errements et des violences de multiples espèces intelligentes, dont la nôtre, une part de critique sociale, souvent aiguë, de la société humaine future mais aussi contemporaine – la Mercatoria est sans doute une allusion transparente aux orientations actuelles – et de réflexion sur ce qu’est, et sera sans doute encore longtemps, l’essence même de l’humanité.

On connaît Banks : il n’hésite pas à manier tour à tour la férocité, l’humour noir, le théâtral, la dérision. Il n’empêche : dans « L’Algébriste  », certains extra-terrestres apparaissent à tel point décalés, avec des dialogues évoquant l’humour britannique, que l’on se croirait plus sur la scène d’un music-hall que dans un space-opera ; quant au méchant de service, il est certes au-delà de l’immonde et du sadisme, mais son nom ridicule – l’Archimandrite Luseferous – et ses aspects grand-guignolesques viennent ruiner ses aspects horrifiques. Et l’on a bien du mal à comprendre pourquoi l’auteur vient jeter pêle-mêle tant de tonalités différentes : on ne peut attendre d’un roman évoquant quelques milliards d’années d’Histoire et bien des espèces pensantes totalement dissemblables qu’il n’ait que des aspects cohérents, mais l’on a l’impression que l’auteur est venu ajouter, dans son traitement, un manque d’homogénéité volontaire et difficilement explicable.

Dialogues étirés, descriptions longues et inutiles, digressions exobio-ethnographiques pas toujours intéressantes et soliloques intérieurs superficiels viennent par ailleurs alourdir un roman qui atteint presque les huit cents pages. Un format ambitieux mais excessif, défaut classique du space-opera, comme parfois, par exemple, chez Peter F. Hamilton ou Stephen Baxter. Avec « L’Algébriste  », Iain M. Banks souhaite manifestement trop en faire, sans que la densité soit toujours à la hauteur. « La Plage de verre » atteignait les sept cents pages mais contenait suffisamment de délires, de trouvailles, de scènes marquantes pour laisser une excellente impression. Et si en définitive « L’Algébriste  » est riche, plaisant et facile à lire, il souffre néanmoins de la comparaison avec les meilleures œuvres de Banks, et l’on ne peut que rêver de ce que ce roman aurait pu être avec cent ou deux cents pages de moins.


Titre : L’Algébriste (The Algebraist, 2004)
Auteur : Iain M. Banks
Couverture : Corey Ford
Traduction de l’anglais (Grande-Bretagne) : Nenad Savic
Éditeur : Le Livre de poche (édition originale : Bragelonne, 2006)
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 32985
Pages : 789
Format (en cm) :11 x 18
Dépôt légal : mai 2013
ISBN : 978-2-253-16970-3
Prix : 8,10 €



Iain M. Banks sur la Yozone :
- La chronique de « L’Essence de l’art »
- Une chronique de « La Plage de verre »
- Une autre chronique de « La Plage de verre »
- Le cycle de la Culture
- Iain M. Banks par Gérard Klein



Hilaire Alrune
14 juillet 2013







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