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YozoneLittérature Critiques

Pucelle et le Démon (La)
Benedict (Bénédicte) Taffin
Asgard, reflets d’Ailleurs, roman (France), pastiche historique, 316 pages, juin 2012, 17€

Chargé de ramener au dauphin une prophétesse qui l’aidera à récupérer le trône de Falatie, le capitaine mercenaire Sidoine arrive trop tard : des démons, qu’il connaît bien (il est lui-même possédé par l’un d’eux), ont rasé les villages à des lieues à la ronde. Plutôt que rentrer bredouille, il décide de remplacer la pucelle Jehanne par Oriane, la prostituée avec qui il a couché la veille.
Et si le chemin est semé d’embûches, n’est-ce pas le résultat qui compte ? Avec un coup de pouce de manœuvres politiques et un soupçon de magie, c’est une catin qui va bouter les Azuléens hors de Falatie.


Bénédicte Taffin (au prénom ici volontairement américanisé), l’auteure des « Yeux d’Opale », se penche ici sur le cas de Jeanne d’Arc, dans un ouvrage dont elle est la première, en postface, à réfuter tout travail historique. À l’origine, quelques lectures (plus sérieuses) sur l’héroïne française, des travaux d’historiens qui mettent à bas la légende de la Pucelle d’Orléans qu’on enseigne encore à l’école primaire. Et donc, de reprendre ce qui semble l’hypothèse la plus logique (elle ne fut qu’un symbole, habilement manipulé pour exalter les troupes et le peuple, et dont on s’est ensuite débarrassé), d’y ajouter un soupçon de fantasy en y mêlant démons et mages, et une touche d’amour.
Car c’est là le plus du roman, qui sans cela se contente de reprendre l’épopée de Jeanne d’Arc. Sidoine, le vaillant mercenaire, est tombé amoureux de sa prostituée, et souffre qu’elle le rejette, d’abord quand elle perd son amante par sa faute, ensuite lorsque, sous l’emprise de son démon, il la viole, et enfin parce qu’adulée par la foule, ivre de gloire, elle ne lui accorde plus un regard. Lui qui prenait sa mission comme une corvée est tombé follement amoureux, et bientôt, tandis que tous les soldats suivent l’élue de Dieu, lui reste fidèlement attaché à la femme derrière ce rôle.

Oriane évolue de façon fulgurante, sous l’influence du mercenaire, des politiciens et du zéphyr qui la protège. On l’aimera pour sa force de caractère, un peu moins pour ses sautes d’humeur et l’ambition qui la dévore une fois dans son rôle (avant de découvrir qu’elle est sous influence). Sidoine est quant à lui un réel tragique, l’amoureux rejeté, incompris, torturé par ses sentiments. Il lui est interdit de montrer son amour pour la sainte icône du champ de bataille, et en privé, la jeune femme tantôt le bat froid, tantôt se réfugie dans ses bras avec des conséquences désastreuses.
Car bien entendu, être possédé par un démon assoiffé de sang et de sexe n’est pas pour faciliter les choses. Si l’auteure ne nous épargne rien de l’horreur des champs de bataille, elle sait aussi détailler les ébats violents de Sidoine et Oriane, Et ces passages n’ont rien à envier à la prose de Michel Robert (voir son cycle « l’Agent des Ombres », chez Mnémos, et son héros surnommé « Membre d’Airain » !), tant dans la description, les actes que le vocabulaire.

Bénédicte Taffin n’en est cependant qu’à son second roman, et si « La Pucelle et le Démon » est bien meilleur que « Les Yeux d’Opale », il n’en est pas pour autant exempt de petits défauts. La plume de l’auteure manque un peu de rigueur, ses personnages alternant langage soutenu et populaire. Les incipits des chapitres, inspirés d’un poème héroïque - et qui permettent de faire le parallèle entre Jehanne et Oriane - prennent vite un ton et une syntaxe dignes de Maître Yoda pour faire des vers de mirliton loin d’une chanson de geste. Heureusement, le temps de s’en agacer, le texte reprend des accents médiévaux bienvenus et une grammaire moins ampoulée.
Néanmoins, si le parallèle permet d’anticiper le contenu du chapitre, il embrouille un peu au niveau des noms propres : si certains personnages sont transparents (Yolda pour Yolande d’Aragon...), d’autres ont des sonorités très étranges (Xircis...). La géographie subit le même sort (Ortillan pour Orléans, Teleims pour Reims...). Bénédicte Taffin aurait pu choisir de préserver les lieux pour plus de clarté, de placer son histoire en France, elle ne fait que nous perdre un peu plus loin de la « vraie » Jehanne, avec des toponymes plus ou moins évocateurs. Il faudra donc choisir : ou vous avez quelques notions d’Histoire de France, et vous vous casserez un peu la tête ; ou pas, et face à la pléthore de lieux et de personnages, les échos Histoire/fiction feront une bouillie plus ou moins homogène.

Si l’auteure fait l’effort, dans la forme, d’user sans abuser de termes médiévaux, il demeure hélas pas mal de coquilles malheureuses dont certaines suffisent à briser l’immersion dans cet autre Moyen-âge. Mais c’est un ancien étudiant d’Histoire et un tatillon sur l’orthographe qui parle.

Sans être une œuvre impérissable, et malgré quelques défauts factuels de jeunesse, « La Pucelle et le Démon » s’avère tout de même un bon roman de fantasy historique. Si, en collant à la réalité, il ne réserve pas de surprise sur le déroulement des évènements, l’auteure sait reprendre le mythe à son compte et l’enrichir de bons éléments fictionnels. Son postulat de base, remplacer une pucelle par une catin, a le mérite de proposer sous forme de roman des éléments d’études universitaires sur une figure de notre patrimoine historique, et de casser cette image d’Épinal pour la remplacer par une hypothèse bien plus plausible.
Quoi de mieux qu’un roman mené tambour battant, alignant batailles, magie et passion, pour faire passer une (petite) leçon d’Histoire ?


Titre : La Pucelle et le Démon
Auteur : Bénédicte Taffin
Couverture : Pascal Quidault
Éditeur : Asgard
Collection : Reflets d’Ailleurs
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 316
Format (en cm) : 23,5 x 15,5 x 2,7
Dépôt légal : juin 2012
ISBN : 978-2-91914017-6
Prix : 17 €


MAJ 2016 : suite à la fermeture d’Asgard/Lokomodo, le roman est disponible en numérique chez Mythologica pour 2,99€



Nicolas Soffray
11 juillet 2012







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