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Léviathan, tome 2 : La Nuit
Lionel Davoust
Don Quichotte Éditions, roman (France), thriller, 472 pages, avril 2012, 22€

Miraculeusement retrouvé après sa chute dans les eaux glacées de l’Antarctique, Michael est dans le coma. A Los Angeles, c’est la panique : Julius craint que le projet Léviathan ne soit en péril, et que le Comité lui en attribue l’échec. Il fait rapatrier Michael et son équipe loin de Palmer. Mais son espoir de laisser là-bas ce qui a été réveillé s’évapore bien vite : une Ombre, entité surpuissante, s’en prend aux mages de la Main Gauche, et notamment à ceux qui encadrent la vie de Michael.
Ce dernier, débarrassé de ses cauchemars d’enfance, écope d’un autre mal : il « voit » les meurtres commis par l’Ombre, et finit par se croire fou, ou coupable.
Et pendant que les deux Voies, Main Gauche et Main Droite, revoient leurs plans, un agent du FBI, féru de recherches sur les manifestations mesurables de l’esprit humain, met le doigt dans ce mortel engrenage...



Bon, je crois avoir dit tout le mal que je pense de Lionel Davoust dans la chronique de « La Chute ». J’attendais « La Nuit » impatiemment, un comble pour qui n’aime pas spécialement les thrillers.
Mais voilà : l’auteur, recroisé sur un salon il y a quelque temps, m’avait prévenu (je cite) : [dans « La Nuit »,] “ça va charcler !
Et effectivement, ça charcle. Si « La Chute », à l’inverse de son titre, est un irrésistible crescendo vers ce que tous les protagonistes membres du Comité redoutent, « La Nuit » est l’affirmation du bien-fondé de leur terreur. Oui, ce qui avait été enfoui en Antarctique est bien de retour, l’esprit de l’Orque, une force brute vaincue autrefois, et cette Ombre est bien décidée à se venger. Dans le sang, traçant un sillage de mort, imprimant à chaque victime sa marque, signal d’avertissement pour les membres du premier cercle du Comité : leur tour viendra, en représailles de ce qu’ils ont fait il y a une génération, et de ce qu’ils font subir à Michael pour garder Léviathan endormi.

Si l’intrigue est de facture classique (une « simple » histoire de vengeance), la grosse goutte de fantastique du premier volume est devenue gigantesque vague et nous submerge. Un raz-de-marée dans lequel je me suis laissé emporter en frissonnant de délice.
Car Lionel Davoust déploie encore une fois une langue d’une grande richesse, avec un vocabulaire aussi varié qu’érudit, hissant son public vers une littérature intelligente mais d’une lecture toujours fluide, que ce soit dans ses scènes d’action, ses passages de pur fantastique, jusqu’à la moindre réflexion ou réplique de ses personnages. Les 470 pages de ce second volume se dévorent comme un orque le ferait d’un banc de maquereaux : avec une insatiable gourmandise, quand bien même on voudrait faire durer le plaisir.
Car, thriller oblige, l’unité de temps du roman est relativement brève, l’action se concentrant sur quelques jours, très éprouvants pour les principaux protagonistes. On saute de l’un à l’autre, très naturellement. Lionel Davoust accorde une grande part de son texte aux pensées et réflexions de ses quatre principaux protagonistes, et on entre au plus profond de l’âme de ses personnages, fusionnant avec eux jusqu’à battre au rythme de leur cœur, à la limite de réveiller notre (éventuelle) ardence (nous ne sommes que des profanes) à force d’auto-suggestion et d’affirmation de notre moi profond. Cela pourrait être long, pénible, répétitif : bien au contraire, les pages défilent tandis que notre perception, notre vision Main Gauche du monde s’affirme. Même l’ignoble Julius nous transcendera lors de son duel contre l’Ombre. Alors que dire de Masha, qui a choisi son camp, et à qui le pâle (pour le moment, du moins) Michael ne pourra disputer le rôle du héros de cette histoire.
Car oui, on s’en était déjà douté à la fin du premier volume : « Léviathan », sous des dehors de thriller fantastique, de vengeance d’une force mystique, est en fait le combat d’une femme, mère et épouse, contre qui ose s’en prendre aux siens. Véritable louve, Masha défend son foyer, elle l’ancienne guerrière libre de toute attache. Cet attachement, cet... amour, inconciliable avec la Voie de la Main Gauche, ne va-t-il pas être une faiblesse létale ?
À moins de trouver une troisième voie, comme le suggère l’énigmatique et terrifiant Puck, joker insaisissable...

L’histoire prend une nouvelle dimension avec l’arrivée de l’agent du FBI Andrew Leon. Créateur d’un petit appareil mesurant l’influence de l’esprit dans la nature (je vous laisse découvrir les détails, simples, clairs et ingénieux), il introduit un début d’explication scientifique aux pouvoirs de l’ardence. S’il ne le comprend pas encore, ce n’est pas le cas des joueurs des deux Voies qui y voient là une arme puissante dans le Jeu Supérieur. Et la Main Droite d’entrer franchement dans la danse, s’immisçant dangereusement près de ce projet majeur du Comité, faisant grimper la mise pour Julius : la réussite pourrait prendre des accents d’éclatante victoire sur le camp adverse, mais l’échec pourrait être bien plus lourd de conséquences...

« La Nuit » est enfin l’occasion de lever une partie du voile tendu au-dessus de « La Chute ». Lionel Davoust distille au compte-gouttes les révélations, et il faudra attendre la fin de ce second tome pour changer nos hypothèses en certitudes quant à l’identité de l’Ombre et appréhender la dimension réelle du mystère entourant la vie inventée pour Michael Peterson. L’enjeu doit être en conséquence, et on ne doute pas que le finale de la trilogie sera de même : époustouflant.
Craignons que la conclusion se joue sur la Lande d’Alors, cet endroit hors du temps et de l’espace, dont les premières vagues esquisses s’affinent dans « La Nuit » : c’est dans ce non-endroit terrifiant, même pour les mages de la Main Gauche, que tout a semble-t-il commencé, et que Michael rencontre l’Ombre, dans une des scènes les plus terrifiantes du livre. Nul doute que la boucle se bouclera sur cette grève de cauchemar. Tous trembleront alors face à Léviathan. Ses adversaires, ses alliés. Même nous.
Et là, “ça va charcler !

Vivement...


Titre : Léviathan - La Nuit
Série : Léviathan, tome 2
Auteur : Lionel Davoust
Couverture : service artistique Seuil d’après Bertrand Desprez (Agence VU)
Éditeur : Don Quichotte éditions
Collection : Fiction
Site Internet : page roman (site éditeur), présentation du roman sur le blog de l’auteur
Pages : 472
Format (en cm) : 14 x 22,5 x 3,2
Dépôt légal : avril 2012
ISBN : 978-2-35949-070-1
Prix : 22 €



À lire aussi sur la Yozone :
- la chronique du tome 1 : « Léviathan : La Chute » (et autres références sur Lionel Davoust en complément)


Nicolas Soffray
15 avril 2012






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