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Lord Démon
Roger Zelazny et Jane Lindskold
Denoël, Lunes d’encre, roman traduit de l’anglais (USA), démons et merveilles, mai 2001, 382 pages, 22,11€

Kai Wren, Lord Démon, l’Exterminateur de dieux, vit retiré dans sa bouteille depuis la fin des guerres démoniaques. Immortel, il consacre des années, voire des siècles à fabriquer d’autres bouteilles magiques, contenant de petits mondes ou de vastes univers.
Lorsque son serviteur de 300 ans Oliver O’Keefe est tué par des démons miteux en revenant de la pizzeria, Lord Démon sort de son ermitage et cherche à venger celui qu’il considérait comme un ami. Une enquête rapide le conduit à Tuvoune le Fantôme-Fumée, le fils de Viss, son ancienne maître d’armes. Kai Wren comprend vite qu’un complot se trame, et qu’on cherchait à lui faire tuer Tuvoune, puis qu’il soit tué par Viss.
Définitivement sorti de son exil volontaire, Lord Démon renoue avec la communauté de démons installés sur Terre. Avec l’aide d’un vieux magicien humain, et de sa petite-fille experte en feng shui, il va tenter de démêler le vrai du faux...



Dois-je vous présenter Roger Zelazny ? Prix Hugo ex-aequo avec « Dune » pour son premier roman « Toi l’immortel » (un prix qu’il recevra à 6 reprises !), auteur du cycle « Les Princes d’Ambre » et de nombreuses nouvelles, il est un incontournable de la SF américaine.

Disparu en 1995, il laisse la charge à son épouse Jane Lindskold d’achever ses deux derniers romans, « Donnerjack » et le présent « Lord Démon » publiés respectivement en 1997 et 1999.

Narré à la première personne, « Lord Démon » nous place donc derrière les orbites d’une créature apparemment effrayante mais qu’on réalise vite sage et posée. L’esthétique chinoise s’impose d’elle-même, à la sonorité des noms, sans parler de la magnifique couverture de Guillaume Sorel pour l’édition Denoël (je suis plus réservé sur le dessin pourtant évocateur de Philippe Gady pour la version poche en FolioSF, mais mes goûts me portent davantage vers le zen tarabiscoté que ce rouge plutôt violent).
Kai Wren n’est plus le grand guerrier qu’il a été, depuis la dernière guerre contre les dieux, perdue par les démons qui ont dû renoncer à vivre sur l’Origine, pour se « contenter » d’un plan intermédiaire, où ils ont tenté de reproduire leur monde merveilleux, et de la Terre, à laquelle ils se sont bien acclimatés. Il s’est retiré dans sa bouteille et est devenu artisan, créant des merveilles en prenant son temps, limitant ses contact avec l’extérieur. La mort de son serviteur va mettre fin à cette retraite, et lui faire redécouvrir, et à nous par la même occasion, la société des démons.

Très vite, on réalise que malgré les codes d’honneur et l’impossibilité de mentir, le jeu des intrigues et des alliances est très complexe. Et quand, tout aussi vite, les attentats contre Lord démon se multiplient, à coups de sorts divins redoutables ou d’armes théroniques, capables de raser une montagne, on sent que la mort d’Oliver n’était que le déclic d’un engrenage mortel.

Kai Wren va faire les frais de son enquête. Sa demeure attaquée, ses alliés neutralisés, il va croiser la route d’un dieu, et découvrir quels démons ont trahi les leurs pour se payer une place au soleil... Transformé en humain, lui qui était déjà le plus humain des démons, Kai Wren va devoir compter sur les quelques amitiés sincères qui lui restent pour recouvrer sa nature, ses pouvoirs, et punir les comploteurs. Tout cela en navigant entre les plans les plus étranges (celui des Cintres ou des Chaussettes, entre autres), alternant la diplomatie, les parties de go et l’action plus directe, à coups de sabre ou de sorts.

Je n’ai pas assez lu Roger Zelazny pour déceler la patte de Jane Lindskold. Le roman est magnifiquement écrit, parfaitement construit, et il est difficile de le lâcher une fois entré dedans. L’alternance entre ambiances zen (bon, avec des démons en kimono) et bagarres magiques meurtrières en fait presque un thriller magico-fantastique. Entre deux complots, on étudie les humains, et on est étudié par eux. On se voit aussi proposé un mariage. Car en plus, dans « Lord Démon », il y a de l’amour, du vrai, pas celui qui fait pleurer les midinettes, non, des vrais sentiments qu’on ne parvient pas à comprendre ni à nommer, et qui finalement se révèlent comme une évidence entre adultes libres de leurs choix.

Y trouverai-je quelque défaut ? J’ai été surpris par le langage un peu familier, limite racaille, que Kai Wren est capable d’adopter parfois, face aux démons miteux ou aux mages humains ennemis, qui contraste avec le verbe châtié qu’il emploie tout au long du récit. Mais c’est bien là chercher la petite bête...

Placez-vous dans une pièce gouvernée par le feng shui, coulez-vous dans votre futon, concentrez votre chi, et délectez-vous donc de cet excellent roman.

Les adeptes de Zelazny trouveront dans l’édition Denoël, et malheureusement pas dans le poche, la bibliographie complète et très détaillée de l’auteur, établie par Alain Sprauel.


Titre : Lord Démon (Lord Demon, 1999)
Auteurs : Roger Zelazny et Jane Lindskold
Traduction de l’anglais (USA) : Brigitte Mariot

- Édition originale (version lue)
Couverture : Guillaume Sorel
Appendice : Bibliographie complète de l’auteur (25 pages !), par Alain Sprauel
Éditeur : Denoël
Collection : Lunes d’encre (dirigée par Gilles Dumay)
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 382
Format (en cm) : 14,2 x 20,6 x 2,6
Dépôt légal : mai 2001
ISBN : 2207252159
Prix : 22,11 € (145F)

- Réédition poche
Couverture :
Éditeur : Gallimard
Collection : FolioSF
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 115
Pages : 426
Format (en cm) : 10,8 x 17,8 x 1,9
Dépôt légal : octobre 2003
ISBN : 2070304736
Prix : 7,80 €



Nicolas Soffray
15 décembre 2011


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