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Léviathan, tome 1 : La Chute
Lionel Davoust
Don Quichotte Éditions, roman (France), thriller, 402 pages, septembre 2011, 19,90€

Michael Peterson, zoologiste marin à Los Angeles, s’apprête à partir en expédition en Antarctique. Au-delà du remords de laisser sa femme et son fils pendant 3 mois, à la veille de Noël, une blessure profonde le retient : enfant, il a survécu au naufrage d’un ferry, naufrage qui a coûté la vie à ses parents.
La veille de son départ, tout son entourage -oncle et père adoptif, beaux-parents, collègues du labo amicaux ou pas- lui fait part, de différentes manières, de son inquiétude à propos de ce voyage, car Michael a depuis l’accident une peur panique de la mer. Mais il est décidé à affronter sa peur.
Parallèlement, Masha tente de sauver sa peau. Ancienne mage de la Main Gauche, elle est attaquée dans sa planque des bas quartiers par une escouade de SWAT. Usant de ses pouvoirs, elle se sort de cette situation, et comprend que quelqu’un veut l’empêcher de mener son enquête sur Michael Peterson. Mais qui ? La Main Droite, les gardiens stoïques de l’ordre, conservateurs, fanatiques religieux, ou bien un rival de son mentor au Comité, un autre grand mage de la Voie de la Main Gauche ?



Je ne suis pas très thriller. Mais celui-là est teinté de fantastique. Et surtout, il est de Lionel Davoust.
J’avoue toutefois avoir éprouvé quelques craintes dans les 50 premières pages. L’auteur nous met en situation lors de la fête d’avant départ que donne Michael, et c’est l’occasion de rencontrer tous ses proches -et chacun lui déconseille un dernière fois le voyage. Heureusement que ce démarrage nous donne, au compte-gouttes bien dosé, les premières bribes d’informations sur l’accident d’enfance de Michael et nous laisse lentement mesurer la profondeur du traumatisme subi et de ses conséquences, car sur la partie formelle, j’ai eu peur !
Car l’auteur déploie tous les codes, limite les clichés, de la fiction de gare made in US post-2000 au premier rang de laquelle je classe Dan Brown. Tout est parfaitement calé, les personnages sont lisses, stéréotypés...
Je me suis pris à douter des qualités dont je pare Lionel Davoust depuis que je l’ai découvert. « La Chute » marquera-t-il sa propre déchéance, vers le Côté Commercial de l’Imaginaire ?

Mais mes doutes ont été balayés. Bien sûr, tout cela cachait quelque chose.

À mesure que les pages défilent, qu’on en apprend plus sur Masha et cet ordre de la Main Gauche, que la dimension fantastique croît, le filet tendu autour de Michael se resserre. Les clichés s’effacent pour devenir des rouages d’un plan machiavélique, car rien n’est laissé au hasard, par les protagonistes ou par l’auteur.
La lutte de Michael contre son traumatisme s’apparente à une course d’élan : chaque pas vers l’Antarctique semble plus assurer, le conforter dans sa détermination, et en même temps le rapproche de son échec par tous annoncé, de sa chute prévisible. Et plus tard elle se produira, plus dure elle sera... Chaque étape est un pas avant le grand saut, et la victoire, aussi mineure soit-elle, n’est jamais acquise... L’auteur nous laisse aussi stressé, tendu que son héros, et chaque bouffée d’oxygène laisse présager le pire à venir...
Si on pourra deviner (avant la 162e page, non, n’allez pas regarder) quel est le lien entre Masha et Michael, malgré les déductions et les évidences qui en découlent, j’avoue avoir été bluffé par la suite. Si certaines complicités semblent évidentes, j’ai été régulièrement surpris, et agréablement : porté par la lecture, je n’ai pas toujours poussé la logique (celle, perverse, d’un complot) jusqu’à ses limites, si elles existent. Ainsi, de me demander, à l’instar de Masha au fil de son enquête, si l’accident qui a rendu Michael Peterson orphelin était bien un accident, et si non, qui l’a provoqué...

Après Brown, déjà oublié, c’est un autre Dan qui m’est très rapidement venu à l’esprit : Simmons, surtout ce que j’ai lu le plus récemment de lui (avant le scandale sur son conservatisme d’extrême-droite), et qui emploie quelques ingrédients similaires : « L’Échiquier du Mal » (Denoël - Lunes d’Encre / Gallimard - Folio SF, 2 tomes fortement conseillés).
Les pouvoirs de Masha et des autres mages de la Voie de la Main Gauche sont limités, mais très efficaces : l’ardence, d’une part, un feu intérieur qui vous rend capable des plus grands exploits physiques, et l’accomodat, art mental de la suggestion, voire de l’auto-suggestion. Je vous laisse le soin de découvrir les détails au fil du roman, car Lionel Davoust ne se contente pas d’une énième variation sur la Force, et nous décrit une magie certes puissante, mais incroyablement exigeante. Dont Masha fait les frais. Si la Main Gauche est beaucoup moins rigide que la Droite, car elle prône la liberté individuelle, elle n’en est pas moins régie par une hiérarchie, au sommet de laquelle le Comité pilote depuis des années le projet Léviathan, et son principal élément, Michael Peterson. Ainsi que Masha va l’apprendre, dans ce “Jeu Supérieur”, tous ne jouent pas le même jeu, et certainement pas à découvert, et à travers elle, elle pense que c’est son mentor qu’on veut atteindre. À moins que...

J’en ai déjà beaucoup trop dit.

Après un double final allant crescendo pour les deux protagonistes, à vous donner des frissons, et l’épilogue aussi mystérieux que plein de promesses, Lionel Davoust nous tient en haleine jusqu’à la parution de la suite, au printemps 2012. Car c’est le seul défaut, bien mineur, que je peux trouver à « Léviathan - La Chute » : c’est un premier tome, et il va (me, nous) falloir attendre pour lire la suite...

Il va m’être difficile de dire encore plus de bien de Lionel Davoust, régulièrement nominé pour les prix de l’imaginaire. Si ma préférence va, par goût littéraire, à la fantasy de son univers d’Evanégyre (comme dans « La Volonté du Dragon »), force m’est de constater, comme me l’avait déjà révélé « L’importance de ton regard » (dont la novella éponyme a été finaliste du prix Rosny-Aîné et qui contient “Regarde vers l’Ouest”, premier aperçu de l’univers de la Main Gauche), qu’il est à l’aise dans tous les genres. Ou plutôt, qu’il sait transgresser les codes de chacun pour les mélanger. Si le cocktail thriller/fantastique n’est ici pas nouveau, la qualité de sa plume et la force d’évocation qu’il déploie dans ses scènes d’action comme dans les moments d’introspection de ses personnages le placent d’office sans mal un cran au-dessus des meilleurs best-sellers américains du genre.

Quoique... Un cran pour le fond, un cran pour la forme...
Deux crans au-dessus.


Titre : Léviathan - La Chute
Série : Léviathan, tome 1
Auteur : Lionel Davoust
Couverture : Alexandre Fort
Éditeur : Don Quichotte éditions
Collection : Fiction
Site Internet : page roman (site éditeur), présentation du roman sur le blog de l’auteur
Pages : 402
Format (en cm) : 14 x 22,5 x 2,8
Dépôt légal : septembre 2011
ISBN : 978-2-35949-009-1
Prix : 19,90 €


D’autres éloges sur la Yozone :
- « La Volonté du Dragon »
- « L’importance de ton regard »
et des nouvelles parues dans :
- « Rois et Capitaines »
- « Flammagories »
- « Magiciennes et Sorciers »
- « Victimes et Bourreaux »
- « Dimension de Capes et d’Esprits, tome 2 »
et j’en oublie sûrement...

MàJ : « Léviathan, tome 2 : La Chute »


Nicolas Soffray
1er septembre 2011






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