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Étranges Soeurs Wilcox (Les) (T.3) : Les Masques de Sang
Fabrice Colin
Gallimard Jeunesse, Roman (France), fantastique, 323 pages, février 2011, 13,50€

Rien n’allait plus à la fin de « L’Ombre de Dracula » !
Trahis par l’un des leurs, les Invisibles sont plus affaiblis que jamais, et les sœurs Wilcox, bien que réunies, s’éloignent l’une de l’autre après leurs aventures respectives qui pourtant devraient les rapprocher : Amber est devenue plus circonspecte après le cataclysme de Central Park, et Luna est sortie de sa réserve durant son voyage à Liverpool. Néanmoins, les deux sœurs peinent à partager leurs expériences, et à retrouver leur complicité.

Les temps sont pourtant à l’union et à la confiance : trahis par un Invisible, Holmes et les sœurs, accompagnés de Conan Doyle et du jeune Will, doivent fuir l’Angleterre, direction Venise, où les insaisissables Mystères pourraient leur révéler où se trouve le quatrième et dernier fragment du Venefactor.

Mais dans l’ombre, Sekhmet rôde. La vampire millénaire impose sa volonté au comte Dracula, contraint de s’incliner devant elle.

Du moins pour un temps...



L’aventure est donc encore de la partie dans ce troisième tome des « Étranges Sœurs Wilcox ».
Le titre, « Les Masques de Sang », ainsi que les détails de la couverture annoncent directement l’escale vénitienne. Néanmoins, la route est longue pour y parvenir, et encore, une fois sur place, la clé du mystère (ou des Mystères, ces mages secrets qu’ils sont venus chercher) ne leur est pas livrée sur un plateau d’argent. Bien au contraire.

Après leur séparation dans le tome précédent, et donc l’alternance de la narration dans les chapitres, les deux sœurs sont réunies. Tout au mieux Fabrice Colin insère-t-il quelques passages sur ce qui se passe dans le camp adverse ; les héros, ensemble, doivent rester unis face à l’urgence de la situation. L’équilibre des forces a été renversé par le traître : l’Invisible les a dénoncés aux forces de police britanniques, et Holmes et les siens doivent quitter Londres, puis l’Angleterre, en échappant à la fois aux vampires et à Scotland Yard. La tension de cette fuite est palpable, et vient s’ajouter aux soucis de chacun (Luna pleurant encore le chat Watson, les questions des deux sœurs sur leur père, l’incompréhension du dernier Invisible face au traître). Le détective, vieillissant, adopte un visage de plus en plus paternel vis-à-vis des deux « pestes aux dents longues » (dixit l’auteur), même s’il demeure délicieusement désinvolte et cachottier à tout bout de champ.

Nos héros ont la sensation d’aller d’échecs en échecs au fil des pages, dans leurs projets individuels ou collectifs. L’arrivée à Venise et la quête des Mystères, avec l’aide du poète déchu et agonisant Robert Browning, va les laisser errer longtemps sur le chemin des fausses pistes et des désillusions.
Les multiples « incidents » dont ils sont victimes, de la part des Drakuls, des Mystères ou résultant de leurs propres tentatives ratées minent leur moral, fragilisent chacun d’eux à son tour.
Finalement, seul l’acharnement des deux sœurs à sauver leurs amis et en apprendre plus sur elles-mêmes les conduira au but, et à un indice crucial : l’emplacement du dernier fragment, qu’il suffira de détruire pour priver leurs ennemis de l’immortalité et la toute-puissance. Ce sera pour le prochain et dernier volume, d’ici l’automne.

Les sœurs Wilcox grandissent, découvrent leurs pouvoirs, et leur face obscure.
À plusieurs reprises, elles se retiennent de franchir la limite qui ferait d’elles l’égale des monstres qu’elles combattent : mordre des humains, et faire d’eux des âmes malheureuses ; utiliser leur force phénoménale sans contrôle, et frapper sans relâche, avec plaisir, par vengeance ou par envie de faire souffrir l’autre, fût-il leur pire ennemi...

La plume de Fabrice Colin n’est plus à encenser, (du moins par moi, au risque de me répéter).
Il allie ici encore un style fluide, idéal pour un roman d’aventures pour adolescents, à une toile de fond riche, documentée, saupoudrée de références (pour les plus grands) qui hissent son texte un ou deux crans au-dessus du « tout-venant » de la littérature fantastique jeunesse. Peut-être même trois ou quatre, si on pense à la bit-lit formatée qui nous inonde ces derniers temps.
Avec ses « Étranges Sœurs Wilcox », Fabrice Colin joue avec des classiques sans les trahir, et donnera certainement envie, à qui ne les connaît pas encore, de se plonger dans les œuvres de Conan Doyle ou Bram Stoker.

Sobriété et simplicité de la forme, sans céder à la facilité, richesse du fond jamais imposée ni étalée, Fabrice Colin fait une fois encore de l’excellent travail avec ces aventures trépidantes des sœurs vampires.

L’édition est également à la hauteur, avec une poignée de coquilles typographiques, dont certaines peut-êtres dues à l’impression. (liste sur demande, je m’épargne du travail)

Peut-être l’ai-je déjà dit, et cela fait slogan à quatre sous, mais Fabrice Colin, c’est drôlement bien.


Titre : Les Masques de Sang
Série : Les Étranges Sœurs Wilcox, tome 3
Auteur : Fabrice Colin
Couverture : Erwann Surcouf
Éditeur : Gallimard Jeunesse
Site internet : page roman (site éditeur)
Pages : 323
Format (en cm) : 15,5 x 22, 4 x 2,4
Dépôt légal : février 2011
ISBN : 978-2-07-063716-4
Prix : 13,50 €


À lire également sur la Yozone :
- la chronique du tome 1 : « Les Vampires de Londres »
- la chronique du tome 2 : « L’Ombre de Dracula »


Nicolas Soffray
31 mai 2011






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