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Satanachias
Christophe Lartas
La Clef d’Argent, collection NoKhThys, n°4, fantastique, 91 pages, mai 2010, 9€

Les éditions La Clef d’Argent, qui publient du fantastique classique depuis deux décennies, ont fondé en 2007 une nouvelle collection baptisée NoKhThys. « Poètes à l’âme obombrée par la Ténèbre, philosophes noirs, chroniqueurs de la Nocturne et hagiographes du Néant : telle est la sombre cohorte des Enfants de NoKhThys ». Sous cette ligne directrice générale ont déjà vu le jour plusieurs volumes à la tonalité sombre et atypique. Le recueil de nouvelles intitulé « Satanachias », par Christophe Lartas, constitue le quatrième bouquet de ce florilège des ténèbres.



Quatre récits très noirs

Satanachias” , met en scène Untel, un personnage dont on ne sait rien d’autre que ce nom étrange, si ce n’est qu’il parcourt sans cesse le globe à la recherche du Diable. Si cette quête obstinée lui permet, contre toute attente, de rencontrer un démon dont il hasarde qu’il pourrait être également Dieu, sa confrontation avec Satanachias le fera repartir en une quête nouvelle, à la recherche du Dieu véritable - une quête tragique et dont la fin ne sera peut-être pas tout à fait celle qu’il attendait. Avec “Satanachias” , Christophe Lartas livre un conte à la fois symbolique et affreusement pessimiste qui inscrit d’emblée ce volume dans la ligne directrice de la collection.

Dans “Marssygnac” , l’auteur décrit la découverte d’une tour mythique et du destin tragique de l’imprudent qui croit y trouver l’aboutissement ultime de ses désirs et de ses rêves. Si l’ascension de cette tour impossible est porteuse de tous ses espoirs, la duperie sera aussi forte que ses attentes et la redescente bien pire que la chute.

C’est avec “Megalopolis ” et ses excès assumés que Christophe Lartas s’approche le plus de son but. Si cette nouvelle, dans sa démesure, prend par moments des aspects lovecraftiens (elle évoque, par ailleurs, certaines pages où le maître de Providence décrivait sa répugnance à côtoyer d’autres races), elle représente aussi une charge contre les travers de la société contemporaine que n’aurait pas renié un essayiste flamboyant comme Philippe Muray. En décrivant une sorte de « phase finale » des quartiers sensibles relevant à la fois de l’horreur pure et de l’anticipation sociale, Christophe Lartas pousse à leur ultime aboutissement les travers dont souffre une certaine société (notons par exemple les dérives alimentaires, environnementales, sanitaires, festives, comportementales, mais aussi de l’art et du consumérisme) pour travestir le présent en un futur proche qui tient de l’apocalypse. Si la dénonciation sociale apparaît systématique et souffre d’une légère tendance à faire quelque peu catalogue, si les scènes de dégénérescence et de déréliction sont trop nombreuses pour composer un tableau parfaitement cohérent, si Christophe Lartas force bien évidemment et volontairement le trait, on ne peut dénier à cette nouvelle une puissance évocatrice qui par moments fait frémir, et n’est pas sans évoquer, sur le plan pictural, certaines scènes de chaos et de bacchanales telles qu’elles furent imaginées par Philippe Druillet.

À travers “Le Cycle”, Christophe Lartas reprend de façon transparente, avec son goût pour l’excès qui parfois frôle la joyeuse potacherie, diverses thèses critiques jetées sur notre société, notamment par Philippe Muray pour l’omnifestivité et l’omniconvivialité et par Pascal Quignard pour la haine du jadis. Il y décrit l’agonie de notre monde à la dérive, subitement et violemment recolonisé par les animaux et végétaux que l’homme avait méthodiquement éradiqués de la planète – une nature cette fois ouvertement haineuse, dont le retour signera la fin de la civilisation. Un conte satirique, désespéré, et lui aussi parfaitement noir.

Une seconde œuvre plus ambitieuse, un auteur en devenir

Avec « Saturne », second volume de la collection NoKhThys publié en 2007, Christophe Lartas avait livré un récit sanglant, excessif (mais le « Saturne dévorant ses enfants » de Goya n’est-il pas, lui aussi, passablement sanglant et excessif ?), qui pouvait paraître souffrir d’une certaine facilité. Avec ces quatre nouvelles, l’auteur tend à élargir sa palette et à faire preuve de plus d’ambition.

On aura toutefois quelques reproches à lui formuler, essentiellement au niveau du style, et très particulièrement pour la nouvelle intitulée “Marssygnac”. L’écriture y apparaît en effet trop ampoulée pour être fluide, avec une certaine lourdeur née de la redondance et de l’emploi de formules toutes faites, ainsi que d’une profusion incontrôlée d’adjectifs. Une écriture qui n’est donc pas tout à fait maîtrisée et reste perfectible, pour une nouvelle qui détonne par rapport aux trois autres.

Quoiqu’il en soit, les récits de ce volume s’inscrivent parfaitement dans la ligne éditoriale de la collection NoKhThys. «  Poètes à l’âme obombrée par la Ténèbre, philosophes noirs… » : à n’en pas douter, l’auteur en fait pleinement partie. Ses récits ne laissent en définitive filtrer aucune lumière, n’accordent strictement aucun espoir. Et l’auteur se montre capable de s’inscrire tout aussi bien dans la veine moderne, pour “Megalopolis” et “Le Cycle” que dans le conte symbolique, avec “Marssygnac” et “Satanachias”

Si l’on en croit la notule consacrée à l’auteur, Christophe Lartas devrait publier, également aux éditions La Clef d’Argent, un recueil de poésies et des poèmes en prose intitulé « Howard Philips Lovecraft, bloc d’éternité ». On ignore s’il sera édité dans la collection NoKhThys, mais il est sûr en tout cas que ce volume méritera toute notre attention.

Texte - 437 octets
Satanachias coquilles

Titre : Satanachias
Auteur : Christophe Lartas
Couverture : Fernando Goncalvès-Félix
Éditeur : La Clef d’Argent
Collection : NoKhThys
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 4
Pages : 91
Format (en cm) : 11 x 17,5
Dépôt légal : mai 2010
ISBN : 978-2-908254-80-8
Prix : 9 €



À lire également sur la Yozone, dans la même collection :
-  Sentences létales de Nihil Messtavic
-  Les Poumons du Diable de Fernando Goncalvès-Félix


Hilaire Alrune
25 mai 2011






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