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Green War
Jean-Marc Ligny
Intervista, 15-20, roman (France), polar d’anticipation, 360 pages, mars 2010, 16,90€

2020, en banlieue lyonnaise.
La vie de Malik Azzedine est bouleversée lorsque son père est tué dans l’explosion d’une usine pétrochimique. Il apparaît vite que les normes de sécurité n’étaient pas respectées, mais que nul ne sera inquiété…
Sa révolte est canalisée par Fiora, militante écologique avec qui il fonde les EcoWarriors.

Mais ceux-ci se retrouveront vite amenés à pactiser avec le diable, et ce de bien des façons…



Il est tout de même dommage qu’en cette époque de bouleversements, Pierre Bordage et Jean-Marc Ligny soient les deux seuls auteurs (ou presque) de SF à se soucier encore d’humanisme… et pire encore, de faire des vrais romans où il se passe des choses, pas des thèses laborieuses sur la SF déguisées en livres visant à conforter l’intelligentsia auto-proclamée dans sa « spécificité ». Entre la tentation de l’élitisme nombriliste et celle du space-opéra décérébré, il est à craindre que le genre en pâtisse au moment où il serait le plus à même à poser les bonnes questions, à défaut d’y répondre…

D’où ce roman… qui remet à la fois en question la notion de littérature dite « jeunesse » et de SF.

Pour cette dernière, elle se limite à quelques vagues termes pseudo-futuristes pas vraiment indispensables dans une histoire qui pourrait se dérouler de nos jours. Jeunesse (ou ici adolescence) également, puisque les thèmes évoqués — la responsabilité de l’engagement, ses conséquences et la presque inévitable perversion des idéaux de base — sont on ne peut plus adultes et pertinents. Le fait de prendre des personnages « jeunes » débarrassés de l’apparat djeunz démago suffit-il ?
Lorsque Samuel Benchetrit publie « Le cœur en dehors », le classe-t-on en jeunesse parce que le protagoniste est ado ? Et que dire de « La vie devant soi » d’Ajar ? Ou de cette chère « Zazie » ?

Livre à lire à tout âge donc tant ses personnages sont crédibles. À tel point qu’on ne peut révéler grand-chose de l’intrigue sans gâcher le plaisir de la découverte !
Qui plus est, les thèmes graves évoqués et réellement traités (pour une fois) ne donnent pas un pavé indigeste, mais s’insèrent de façon toute naturelle dans un récit qui finit par prendre les atours implacables d’une tragédie.
Évidemment, il y aura toujours des bobeaufs hystériques pour se décrier dès qu’on touche au sujet du terrorisme d’une façon choquant leur petit confort intellectuel (les bons, les méchants, tout ça…), mais seuls les ayatollahs de service jugeant sans prendre la peine d’ouvrir le livre pourront accuser l’auteur d’une complaisance quelconque…

On évite même le schéma classique de l’ascension suivie de la chute, également commun aux histoires dites « de gangsters », tant les germes d’une fin tragique sont là dès le départ.

Roman psychologique réussi, il s’agit également d’un thriller (appellation générique utilisée faute de mieux) haletant grâce à l’ingrédient qui tue : une narration tendue et sans temps morts servie par un style certes sans fioritures, mais d’une précision au scalpel.
Cocktail détonant qui donne un roman remplissant une double fonction : être excessivement distrayant sans sacrifier l’intelligence, ou réciproquement.

On aimerait que bien des romans à thèse dits adultes s’en inspirent…


Titre : Green War
Auteur : Jean-Marc Ligny
Éditeur : Intervista
Collection : 15 - 20
Format (en cm) : 14,5 x 21
Pages : 360
Dépôt légal : mars 2010
ISBN : 978-2357-560192
Prix : 16,90 €



Thomas Bauduret
4 janvier 2011


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