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Perle et l’Enfant (La)
Paul Beorn
Mnémos, Icares, roman (France), fantasy, 240 pages, août 2010, 18€

Jéhanne est élève à la Scolia de Paray-la-Royale, où elle apprend des rudiments d’escrime et à connaître la Loi, la magie... Tout ceci pour devenir une « rouge », une lieutenante du Bailli. L’école d’officiers a été ouverte à la gente féminine pour pallier la pénurie d’hommes, due à la guerre civile qui fait rage au sein du Royaume.

Fille de saltimbanques, Jéhanne subit les railleries de ses camarades, nobles pour la plupart, qui la surnomment le « caillou » à cause de sa faculté à ne pas subir l’influence de la magie. C’est d’ailleurs pour cette raison que Dame Isabèl, la Sylve (magicienne) de la Scolia, l’envoie à Diable-Vert afin d’accompagner un vétéran qu’une blessure au genou a éloigné des batailles, et une autre aspirante, aristocrate celle-ci.

Une fois sur place, des faits tous plus mystérieux les uns que les autres ne tardent pas à se produire...



Que l’on soit bien clair, si l’on cherche une quelconque originalité dans ce roman, on ne la trouvera pas au niveau du scénario. À part peut-être au tout début, où l’auteur nous plonge directement dans l’action, plaçant quelques flash-back explicatifs assez intéressants et surtout bien intégrés au récit, celui-ci devient ensuite très vite beaucoup trop linéaire. On suit alors les aventures de Jéhanne, d’une péripétie à une autre, d’un rebondissement à un autre. La linéarité est l’une des grandes faiblesses de ce roman qui, à ce niveau-là, manque d’une certaine profondeur.

Outre la linéarité du récit, l’autre point faible demeure la pauvreté de certains personnages. Hormis bien sûr l’héroïne, Jéhanne la pucelle, que l’on suit d’un bout à l’autre du roman. Sa personnalité est fouillée et l’on apprécie ses doutes, ses forces et ses questionnements. Il existe un autre personnage intéressant, mais je vous laisse le plaisir de le découvrir. Par contre, tous les autres protagonistes m’ont semblé manquer de relief. Même la sorcière, censée être d’une méchanceté absolue, se révèle sans grande consistance, plutôt désincarnée. Et c’est bien dommage...

L’originalité du roman de Paul Beorn ne réside pas non plus dans le monde qu’il décrit. Quoique...
En effet, de par la simplicité du système politique du Royaume imaginaire qu’il met en place, avec une région centrale et cinq provinces périphériques, et les noms signifiants qu’il donne à ses régions (Royales-Terres avec la capitale du Royaume, Paray-la-Royale, et Basses-Terres, Terres-Marées... pour les autres régions), l’auteur s’épargne la réalisation d’une carte (ouf !), mais aussi et surtout des descriptions trop importantes, évitant ainsi d’alourdir son propos.

Par contre, on trouvera dans ce roman une grande originalité dans le vocabulaire utilisé. Outre le niveau de langage assez soutenu – on ne demande pas moins à un auteur que d’employer le mot juste –, c’est dans les néologismes que Paul Beorn se révèle dès à présent comme un grand auteur. Il n’hésite pas à inventer des termes tels que “pégasel”, “baba” (dans le sens de bébé), “ensorcellance”... Ce qui est incroyable c’est que l’on n’est jamais heurté par ces termes nouveaux. Mieux, ils donnent même une certaine cohésion à l’exotisme créé par l’auteur. Là encore, il lui évite les lourdeurs des explications à rallonges.
De même, on peut aussi remercier l’auteur de nous épargner les sempiternels noms propres à consonance celtique ou elfique (dans la lignée du célèbre professeur d’Oxford) qui émaillent tant de romans de fantasy actuels. Ça nous change vraiment...

Arrivons à présent au point d’orgue de cette critique : l’écriture de Paul Beorn.
« La Perle et l’Enfant » fait partie de ces livres que l’on a beaucoup de mal à refermer une fois ouverts.
Oh, certes, je vous ai exprimé mes réserves quant à la linéarité d’une partie du récit et à la platitude de certains personnages rencontrés par Jéhanne. Eh bien, en vous plongeant dans les pages de ce livre, vous oublierez tout cela tant vous serez captés par l’incroyable niveau d’écriture développé par cet auteur. Malgré ses faiblesses, ce roman se trouve sublimé par une plume ciselée, précise et si rythmée qu’elle coule sous la langue avec une fluidité impressionnante. Et si elle est économe en descriptions, c’est que le style de Paul Beorn va à l’essentiel pour nous offrir une dentelle de mots. Avec cette « Perle et l’Enfant », l’auteur niortais nous fait cadeau d’un diamant brut : malgré les petites impuretés, on peut tout de même apprécier toute l’ampleur de son éclat.
Bien sûr, n’oublions pas que ce livre est le premier roman publié par cet écrivain prometteur. On risque d’ailleurs de retrouver cet auteur parmi les plus grands de l’imaginaire francophone, s’il corrige les petits défauts qui ternissent légèrement son immense talent. C’est du moins tout le mal qu’on lui souhaite...

À noter que le 23 octobre 2010 est sorti, toujours aux éditions Mnémos bien sûr, le deuxième tome du diptyque de la Pucelle de Diable-Vert : « Le Hussard Amoureux ».
Il me tarde donc de replonger dans l’écriture de Paul Beorn, pour continuer enfin l’aventure avec Jéhanne des Basses-Terres...

À signaler également la splendide couverture illustrée par un Julien Delval très inspiré.


Titre : La Perle et l’Enfant
Série : La Pucelle de Diable-Vert, Tome 1/2
Auteur : Paul Beorn
Couverture : Julien Delval
Éditeur : Mnémos
Collection : Icares
Site Internet : fiche du roman (site éditeur)
Pages : 240
Format (en cm) : 15,5 x 23,5
Dépôt légal : août 2010
ISBN : 978-2-35408-091-4
Prix : 18 €



Antoine Chalet
5 novembre 2010






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illustration de Julien Delval



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