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Le Spirou de... (T6) Panique en Atlantique
Lewis Trondheim et Fabrice Parme
Dupuis

L’affaire avait plutôt mal débuté, l’emploi de Spirou étant menacé de suppression par suite d’une restructuration globale.
Une menace à laquelle notre entreprenant héros échappe en acceptant sans barguigner l’alternative qui consiste -intrusion de présent dans un récit rétrospectif- à se délocaliser pour faire le groom ailleurs dans l’entreprise : soit sur Le Roi de mers, deuxième des paquebots ultra luxueux du groupe.



Le Roi des mers et sa clientèle de nantis qui se vouent au farniente dans un lieu hors du temps. Un monde où l’art de vivre consiste à tuer le temps, précisément. Et où, comme de juste, rien ne se passe d’autre que des intrigues de surface, qui sont autant de prétextes à quiproquos et chassés-croisés. C’est d’ailleurs ce qui fait tout le sel - humour marin - de la première partie de l’album. Des effrois de la dame au chien qui prend Spip pour un rat aux gadgets technos du Comte de Champignac, en passant par les interventions distanciées d’un Fantasio s’improvisant paparazzi à l’affût des amours de la starlette Marinella Cabotini, c’est sur un rythme endiablé que se succèdent des saynètes qui doivent autant à la comédie de boulevard qu’au burlesque à l’américaine, voire au non-sens des Marx Brothers.

La croisière en folie, quoi. Une approche exclusivement ludique du mythe, tout en superficialité délibérée, truffée de références jubilatoires à une esthétique des sixties dans laquelle Fabrice Parme s’avère un maître inégalable, multipliant les trouvailles et clins d’œil en des vignettes où les couleurs vives de Véronique Dreher, jouant sur les contrastes, instillent fraicheur et dynamisme. Un album où, si rien ne se passe vraiment, tous s’agitent et sarabandent... Un divertissement de l’instant, le temps d’une traversée, le temps d’une lecture... Le rêve, quoi...

Mais alors, qu’est-ce qu’il lui prend à notre Lewis Trondheim de vouloir intégrer de force une intrigue à ce monde qui ne voulait surtout pas d’histoire ? Peur de tourner à vide ? Quand le comique de situations fait précisément son miel de la vacuité de toute chose... Crainte de ne rester qu’en surface ? Alors que c’est bien là que résidait le charme...

Toujours est-il qu’au lieu de folâtrer comme en apesanteur, le scénariste nous envoie du côté des abysses, faisant couler paquebot, équipage et passagers au plus profond des flots, les préservant toutefois d’une funeste noyade par la grâce d’un champ de force dont notre Champignac est comme par hasard le génial concepteur. Après quoi, s’accumulent d’autres scènes plus lourdingues, assorties de précisions pseudo-scientifiques plombant le propos, sans ces effets d’espièglerie et d’inventivité joyeuse qu’un Franquin insufflait à ses scénarios les plus tarabiscotés.

Un passage à vide, une façon de tunnel (au propre comme au figuré, vous comprendrez à la lecture) au sortir duquel on déchanterait donc assez... Avant que par chance se réenclenche en fin de parcours le mécanisme d’un dérisoire désopilant et que fusent à nouveau des salves de paroles en l’air, nous laissant sur l’image d’un Spirou plus groom que groom, irrémédiablement. De sorte que le charme n’est pas définitivement rompu, une fois refermé un album à la couverture d’un bleu aussi tendre et chaleureux qu’un ciel de vacances.


(T6) Panique en Atlantique (site éditeur]
- Série : Le Spirou de...
- Textes : Trondheim
- Dessins : Parme
- Couleurs : Véronique Dreher
- Éditeur : Dupuis
- Collection : Dupuis
- Dépôt légal : 16 avril 2010
- Pagination : 64 pages couleurs
- Format : 24 x 32 cm (cartonné)
- ISBN : 978-2-8001-4738-3
- Prix public : 13,50 €


À lire sur la Yozone :
- Le Spirou de... (T2) Les Marais du Temps
- Le Spirou de... (T4) Le Journal d’un Ingénu
- Le Spirou de... (T5) Le Groom Vert-de-Gris


Illustrations © Fabrice Parme et Éditions Dupuis, 2010


Alain Dartevelle
20 juin 2010






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