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Goût de l’immortalité (Le)
Catherine Dufour
Mnémos 2005 - 17,5€


« La vie est une drogue terrible », même lorsque, privée des plaisirs de la chair et de la bonne chère, sans couleur, sans joie, sans espoir, sans amour, elle semble l’antithèse du bonheur.
Aucun sacrifice n’est trop grand pour quelques jours de plus parmi les vivants.

« Le goût de l’immortalité » est la lettre dans laquelle, deux siècles dans notre futur, elle expose cela à son vieil ami Marc, « fait et refait » à partir des organes de ses clones de survie.
Elle lui raconte son enfance de fille ingrate, pétrie de colère, dans la tour de Ha rebin (Mandchourie) où elle vivait avec sa mère ; puis, elle explique comment, gravement contaminée par un jouet à la mode, elle est passée de vie à trépas. Grâce à la bouillie de iasmithine, sa sorcière-guérisseuse-allergologue-naturologiste de voisine, elle est pourtant là, figée dans la putréfaction de son corps prépubère et âgée de plus de 100 ans.
Elle lui parle aussi de son béguin pour le beau cmatic, jeune entomologiste mourant, que son enquête sur les activités occultes de iasmithine a conduit près d’elle adolescente.
Au fur et à mesure de la lecture de cette lettre, on s’interroge avec elle sur l’essence et les sens de la Vie et de la Mort, bien sûr, mais on découvre aussi l’existence des refuges des sous-sols, celle de ceux du dessus avec leur ciel jaune de pollution, on accompagne dans leurs péripéties les personnages divers et fascinants qui gravitent autour de cmatic et elle. Enfin, on en apprend davantage sur ce qui relie la sorcière de Ha rebin, le Dieu des Chiens de l’enfer régnant dans son sous-sol, et les insectes assassins de la polynésie.

« Le Goût de l’immortalité » est aussi l’histoire des relations d’une fille, elle, avec ses mères :
- la vieille pollenisatrice, ainademar, qui incarne, la nature, la sagesse, la tendresse, et disparaît, mystérieusement et trop tôt.
- une génitrice qui a choisi de vendre son corps pour éviter la misère et offrir à sa fille une vie sans privations matérielles. Pour elle le mépris, la haine, et le froid.
- iasmithine, belle comme Kali aux pieds assassins, qui donne, dans un même élan, la vie et la mort.
Trois femmes : la tendresse sans pouvoir, l’amour sans les bras et le pouvoir agissant du mal... trois mères incomplètes qui assaisonnent son immortalité du goût persistant de l’égoïsme. Car au bout du compte, elle qui n’a pas de début, pourquoi aurait-elle une fin ?

Il est assez difficile de mettre en mots l’impression que peut laisser le roman de Catherine Dufour.
C’est un texte étrange et quelque peu dérangeant, où les noms de matériaux, d’animaux et de plantes portent la majuscule qu’ont perdus les noms propres.
« Le Goût de l’immortalité » est un tout terriblement sombre, constitué cependant d’une mosaïque d’instants piquants, colorés.
C’est un tableau morbide, parsemé d’éclats de rire ; un livre qu’on ne voudrait jamais avoir à refermer, sauf peut-être pour regarder, encore et encore, sa couverture : une œuvre du grand Caza, qui rend parfaitement l’atmosphère si particulière du récit.
« Le Goût de l’immortalité » est de ce genre d’ouvrages capables de produire des miracles. Par exemple : transformer le crayon rongé-rageur de la maniaque de l’orthographe, en collecteur joyeux de citations, toutes ces expressions stupéfiantes d’horreur, de poésie et de vérité qu’on aurait tant aimé avoir écrites soi-même.

On savoure « Le Goût de l’immortalité » comme jadis on suçotait ces colliers de bonbons acidulés, délicieusement agaçants pour les papilles.
On en redemande !

Titre : Le Goût de l’immortalité
Auteur : Catherine Dufour
Éditeur : Mnémos
Collection : Icares SF
Illustration : Caza
ISBN : 2-915159-52-1
Nombre de pages : 249
Internet : Mnémos
Le site de Catherine Dufour


Ketty Steward
28 octobre 2005






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